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VALIDATION DE LA CANDIDATURE DE NKURUNZIZA PAR LA COUR CONSTITUTIONNELLE : Un quitus pour mieux réprimer le peuple

Décidément, plus rien ne va actuellement au pays de Pierre Nkurunziza. C’est le moins qu’on puisse dire quand des manifestants sont tués par des tirs à balles réelles par des forces dites de sécurité et quand un juge constitutionnel est obligé de prendre la poudre d’escampette pour préserver son indépendance. En effet, dans sa volonté de briguer un 3e mandat malgré l’interdiction légale qui pèse sur lui, le chef de l’Etat burundais, Pierre NKurunziza, ne lésine sur aucun moyen pour se dégager la voie. Ainsi, les forces de sécurité qui lui sont fidèles répriment dans le sang ceux qui ont l’audace de dire non à la volonté du camp NKurunziza d’enterrer l’Accord d’Arusha et la Constitution du pays. On s’imaginait bien que la pression était à son maximum sur toutes   les institutions ayant leur mot à dire dans ce bras de fer entre NKurunziza et son peuple meurtri, mais debout.

La communauté internationale et le peuple burundais doivent se donner les moyens d’arrêter NKurunziza 

Ce que vient de révéler le vice-président de la Cour constitutionnelle burundaise, Silvère Nimpagaritse, est extrêmement grave. Les juges constitutionnels ont reçu des injonctions dans le sens de donner une légalité aux lubies du chef de l’Etat. Il indique que la majorité de quatre juges sur les sept que compte la Cour constitutionnelle, était opposée à ce qu’un blanc seing soit donné à NKurunziza pour se présenter. Ces juges ont l’intime conviction, comme les manifestants d’ailleurs, que ce projet d’un 3e mandat présidentiel viole la Constitution et l’Accord d’Arusha. Sous le poids des menaces, les trois autres juges ont plié l’échine en décidant de rejoindre le camp de ceux qui sont favorables à cette 3e candidature de NKurunziza. Le vice-président de la Cour constitutionnelle était dès lors isolé et dans l’œil du cyclone, lui qui refusait d’entériner cet arrêt dicté en réalité à la Cour, depuis les cercles de la présidence du pays. En refusant d’épouser la thèse des tenants du pouvoir à Bujumbura, il est devenu l’homme à abattre.

Sa sortie sonne comme un cri du cœur. La communauté internationale doit le prendre à sa juste mesure. Elle ne doit pas continuer de regarder de façon passive ce qui se passe au Burundi. Il est intolérable que dans un pays dit démocratique, les juges constitutionnels soient réduits à prendre des décisions, le pistolet sur la tempe. Silvère Nimpagaritse qui a refusé de sacrifier son sens de la dignité et de la responsabilité face aux menaces que le pouvoir faisait peser sur sa vie et sur celles des membres de sa famille, est à protéger. Les siens aussi. Les six autres membres restants n’avaient visiblement pas d’autre choix que de valider la candidature du président-pasteur. Car, il est évident que ces juges étaient marqués à la culotte et leurs moindres mouvements étaient  épiés. Leurs téléphones étaient aussi probablement sur écoute. Ils étaient pris dans une sorte de nasse invisible. Ces otages avaient ainsi des raisons évidentes de craindre pour leur vie, NKurunziza étant décidé à employer les grands moyens pour imposer son projet de briguer un 3e mandat présidentiel. On connaît la réaction de tous ces malades du pouvoir face à la moindre contradiction. Pour eux, la fin justifiant les moyens, ils n’hésitent pas à tuer. La communauté internationale et le peuple burundais doivent se donner les moyens d’arrêter NKurunziza. Car, au Burundi, comme partout ailleurs dans les pays qui se réclament du modèle démocratique, les décisions de la Cour constitutionnelle doivent être fondées sur le droit, rien que le droit. Dans un Etat de droit qui se respecte, une juridiction ne saurait être un instrument des princes régnants.

NKurunziza aurait tort de croire que la partie est terminée

Silvère Nimpagaritse, lui, peut être fier de son attitude. L’Afrique a besoin de personnalités qui s’assument, d’institutions fortes et non d’hommes forts. Sa fuite courageuse rappelle le refus de la présidente de la Cour constitutionnelle du Niger, de valider le projet de tripatouillage constitutionnel de Mamadou Tandja. Contrairement à ce qu’a fait Paul Yao N’Dré en Côte d’Ivoire à propos des résultats de la présidentielle de 2010. Les gardiens des institutions doivent prendre leur courage à deux mains, chaque fois que nécessaire. On croyait que le courage de Nimpagaritse allait avoir un effet d’entraînement sur les autres membres de la Cour Constitutionnelle burundaise qui a décidé de prendre le parti du prince au détriment de celui du peuple.

Quant à NKurunziza, il aurait tort de croire que la partie est terminée. En persistant dans sa volonté de violer la Constitution de son pays et les dispositions de l’Accord d’Arusha, le professeur de gymnastique s’est lancé dans une course d’obstacles périlleuse. Il continue de réunir pour lui et les siens, les conditions d’un exil forcé. Ces dictateurs, après avoir fauché bien des vies humaines au nom de leur boulimie du pouvoir, ont généralement le culot, quand vient l’heure de la reddition des comptes, de dire qu’ils n’ont rien à se reprocher. Pourtant, c’est simple : quand on ne se reproche rien, on ne fuit pas. Celui qui est convaincu de n’avoir rien fait contre son peuple et d’avoir agi dans la droiture, ne tourne pas le dos à son peuple. A vrai dire, quand ces gens prennent leurs jambes à leur cou, c’est bien parce qu’ils savent qu’ils ont fait beaucoup de mal à leur pays. Les pays d’accueil de ces pyromanes devaient même les refuser sur leur sol. Seulement, bien de ces dirigeants qui accordent l’exil à ces satrapes déchus, sont eux-mêmes des dictateurs confirmés ou en herbe. Ne dit-on pas que « qui se ressemble, s’assemble» ?

C’est vraiment dommage. Un ancien dirigeant doit pouvoir rester dans son pays d’origine pour continuer à servir autrement. Si tel n’est pas le cas, c’est qu’il a échoué. Malheureusement, sous nos cieux, tout se passe comme si les princes régnants africains de la zone francophone, à quelques rares exceptions près, étaient destinés à l’exil forcé.  NKurunziza   n’échappera sans doute pas au même au sort. La communauté internationale, pour sa part, doit comprendre qu’il faut plus que des dénonciations pour ramener les satrapes africains à la raison. Son attentisme est assimilable à de la non-assistance à peuple en danger. Il faudra, sans plus tarder, prêter main forte aux Burundais pour arrêter les tueries et les autres atteintes aux droits de l’Homme dont se rendent coupables NKurunziza et ses soutiens. En tout état de cause, le peuple burundais doit rester mobilisé et déterminé à défendre ses textes fondamentaux.  Car, si ce vaillant peuple venait à flancher dans ce combat, ce serait une vraie catastrophe pour la démocratie dans toute la région, qui se porte déjà très mal là-bas.

« Le Pays »

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