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VERS UNE MISE EN BERNE DE LA VIE POLITIQUE AU LIBERIA : Eviter d’exploiter Ebola à des fins politiciennes

Fortement critiquée pour sa gestion de la crise liée à Ebola, la présidente libérienne Jonhson Sirleaf avait finalement réussi à mettre d’accord l’ensemble de ses compatriotes et même de la communauté internationale grâce aux résultats largement positifs de sa décision de confinement de la population. Plus de 60 personnes malades du virus avaient été prises en charge par les agents commis à ces tâches et plus d’une dizaine de cadavres conservés au fond des habitations, avaient été découverts.

Aujourd’hui, c’est à un nouveau front que la dame de fer va devoir faire face. En effet, son opposition politique commence à élever le ton, depuis que les autorités ont décidé du report des élections sénatoriales initialement prévues pour ce mardi 14 octobre. La commission électorale qui approuve cette décision des autorités, estime de son côté qu’au regard de la situation sanitaire du pays et des mesures de protection prises dans le cadre de la lutte contre Ebola, il est difficile d’organiser « des mouvements de masses, des rassemblements, ainsi que des déploiements de personnes. » En d’autres termes, il faut donner toute la priorité à la lutte contre la propagation du virus, en mettant en berne toute activité politique. Chose que l’opposition politique n’entend pas de la même oreille. En réalité, l’opposition politique libérienne veut éviter que sous le prétexte de la lutte contre Ebola, la présidente Jonhson Sirleaf ne s’arroge des pouvoirs absolus, avec pour conséquence, un musèlement pur et simple de la classe politique et de la société civile libériennes. En fait, un pas vers une confiscation de toute liberté démocratique. Doit-on, au nom de la lutte contre le virus Ebola, suspendre toute activité politique dans le pays ? N’est-on pas en train de créer les conditions pour que s’installe une véritable dictature ?

Jonhson Sirleaf reste avant tout une bête politique

Comment les institutions de l’Etat continueront-elles à fonctionner en cas de mise en berne de toute activité politique ? De quelle légitimité se prévaudront les actes et décisions de l’Exécutif ? La présidente n’est-elle pas en train de créer les conditions pour l’instauration d’une dictature qui refuse de dire son nom ? Autant de questions qui devraient mettre mal à l’aise la présidente, pour qui la lutte contre Ebola étant assimilable à une guerre, toutes les énergies du pays doivent y être consacrées. Du reste, il ne sert à rien d’organiser une élection juste pour sauver les apparences. Encore faut-il que cette élection traduise réellement la volonté du plus grand nombre de citoyens et que ses résultats ne fassent pas l’objet de contestations ou ne soient pas le point de départ d’une nouvelle crise sociale du genre de celle que le Libéria a connue dans le passé. Surtout que la CENI reconnaît ne pas pouvoir organiser une élection « libre, juste, indépendante et crédible dans les conditions actuelles ». Cela dit, Jonhson Sirleaf reste avant tout une bête politique et en tant que telle, on ne saurait lui donner le bon Dieu sans confession. Mais à sa décharge, on peut admettre qu’il est effectivement difficile d’organiser un grand rassemblement dans le contexte actuel, « sans mettre des vies en danger » du fait de la persistance de l’épidémie à virus Ebola.

Ainsi donc, autant il faut saluer la décision du parlement qui a fait preuve d’indépendance en refusant d’ouvrir un boulevard à Sirleaf, autant il faut saluer l’engagement de cette dame qui n’hésite pas à prendre courageusement toute décision qu’elle estime nécessaire pour gagner la guerre contre Ebola. Même si cela doit lui attirer les foudres de la classe politique de son pays.

C’est sans doute dans le même esprit qu’il faut comprendre l’appel qu’elle a lancé au personnel soignant de son pays, l’invitant à ne pas aller en grève suite au mot d’ordre du syndicat des travailleurs de la Santé, qui exige le paiement des primes de risque promises aux infirmiers et infirmières qui soignent les malades de la fièvre rouge.

Mais comment ne pas soutenir la revendication du personnel de santé, quand on connaît en effet les risques qu’il prend au quotidien pour soulager les malades ? Revendication sans aucun doute légitime, surtout que promesse lui en a été faite. Toutefois, il vaut mieux engager un dialogue pour trouver une solution acceptable par tous, et qui prenne en compte la situation des nombreux malades dont la survie dépend essentiellement du personnel soignant. Sinon, que dira-t-on des humanitaires qui viennent travailler bénévolement pour les Libériens au prix de leur vie, puisque certains, en effet, finissent par contracter la maladie et par en mourir ?

Dieudonné MAKIENI

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