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Procès Thomas Sankara : « Le 15 octobre, nous avons transmis, sous pli fermé, le rapport de renseignement intitulé dénouement sanglant de la crise à 15h », Victor Zongo, ex chef de service de la contre-expertise

L’audition des témoins s’est poursuivie ce 22 novembre 2021 au Tribunal militaire de Ouagadougou. A la barre, Arsène Bognessan Yé, Boukary Kouliga Douamba, Patrice Ouédraogo et Victor Zongo. L’essentiel des témoignages a été autour du service de renseignement et la table d’écoute avant la survenue des évènements du 15 octobre 1987.

Arsène Bognessan Yé qui passait pour son 2e jour d’interrogatoire, faisait face aux questions des avocats de la partie civile.

Sur la question de savoir comment est-ce qu’il a commencé à travailler au CNR, le témoin a indiqué qu’il a intégré le bureau politique du CNR en 1984 après sa thèse en médecine à l’Université de Dakar. A l’en croire, au moment des faits, il était de service à l’infirmerie. Et lorsque nous nous sommes retrouvés au Conseil de l’entente, « je me souviens du commandant Lingani qui a regardé le portrait de Sankara et il a dit ceci : le pauvre », a-t-il indiqué. Et il a regretté que c’est dommage que ce soit terminé ainsi.

Et qu’en est-il de la réunion de 20h ?

« La réunion avait pour objectif de créer un nouveau parti », répond le témoin

Après Arsène Yé, c’était au tour du témoin Kouliga Boukary Douamba de se prêter aux questions des juges et des avocats du Tribunal militaire. « J’étais le chef de service de la table d’écoute au moment des faits », a-t-il indiqué lors de sa déposition. Sans préciser avec exactitude les dates des faits de façon chronologique, le témoin à laissé entendre que quelques jours après le coup d’Etat, leur service aurait reçu la visite d’un français et le capitaine Jean Pierre Palm. Les deux sont venus démanteler la table d’écoute qui était installée par des russes. De ce qui ressort de son témoignage, le blanc en question l’aurait indexé en instruisant à Jean Pierre Palm de l’arrêter parce qu’il est dangereux. Ce qui a été fait quelques temps après leur visite. « J’ai été gardé dans la salle C avec d’autres prisonniers tel que l’ex ambassadeur du Burkina à Tripoli en Libye. Nous étions en mi-novembre », a-t-il précisé. Et c’est en mi-décembre que M. Douamba sera finalement libéré et mis à la disposition du ministère de l’administration territoriale et affecté à Kombissiri avec la fameuse liste de 1% (une liste de personnel militaire mis à la disposition du MATD parce qu’ils étaient considérés comme étant des éléments des récalcitrants qu’il fallait muter). Il sera, par la suite, rappelé à la gendarmerie par Jean Pierre Palm, le nouveau commandant de la gendarmerie de l’époque, pour les mêmes services. « Lorsque j’ai réintégré le corps, le matériel n’était plus le même. C’était d’autres matériels qui étaient plutôt installés et c’est avec ce matériel que j’ai servi », a-t-il précisé. A l’en croire, jusqu’à ce 22 novembre 2021 où il témoigne, il n’a su ce pourquoi il a été arrêté.

Comment cette table d’écoute fonctionnait- elle ? interroge le président de la chambre.

Les numéros qui devraient faire l’objet d’écoute nous sont remis par le commandant de la gendarmerie. Et avec l’ONATEL, une connexion est établie. Après avoir enregistré les appels, on les retranscrivait et on les transmettait par la suite à notre supérieur hiérarchique. Et on effaçait l’enregistrement.

Vous avez tantôt parler d’un Palm qui serait venu dans votre service accompagné d’un français, de quel Palm s’agit-il ? demande le président du tribunal.

De Jean Pierre Palm bien sûr, rétorque le témoin.

Et c’est à période des évènements ?

Deux jours après les évènements. Après, j’ai été arrêté et conduit à l’escadron où j’ai retrouvé Djibril Bassolé, Gaspard Somé et Jean Pierre Palm lui-même.

Quel lien  établissez-vous entre votre arrestation et les évènements du 15 octobre ?

Monsieur le président, je ne sais vraiment rien du tout.

Moi je dirai plutôt que vous en savez beaucoup sur les évènements du coup d’Etat, indiqué Me Urbain Méda.

Mais avant le putsch, quelles sont les voix que vous avez reconnues surtout ceux que se donnaient rendez-vous ?

La voix de Blaise Compaoré et celle de Jean Pierre Palm, rassure le témoin.

Après M. Douamba, c’était au tour de Patrice Ouédraogo, du service de renseignement et de Victor Zongo dit Naaba-Sida, ex chef de service de la contre-expertise. Les deux ont tour à tour égrainé le chapelet des résultats du renseignement. « Le 15 octobre à 9h, nous avons transmis des documents confidentiels (une enveloppe sous pli fermé et une cassette des écoutes) à travers la personne de Kola Tenga Boubacar au président Thomas Sankara. Et sur l’enveloppe, il était intitulé : le dénouement sanglant de la crise à 15h ». Lorsque M. Kola est revenu de la présidence du Faso, il nous fait comprendre que le président Sankara a dit que c’était « irréparable ». Et Naaba Sida d’ajouter qu’après les évènements, le Capitaine Jean Pierre Palm a convoqué tous les responsables des services de la gendarmerie pour une réunion de crise. Et lorsqu’ils sont arrivés, il a lâché ceci : « C’est à cause de vous les mounaficats (les taupes) que tout ceci est arrivé, c’est à cause de vous autres ». Il a, en outre indiqué, qu’après ils ont repris service sans motivation. L’audience est suspendue pour être reprise le 24 novembre prochain au Tribunal miliaire de Ouagadougou.

Franck ZINGUE

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