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Institution d’une journée des coutumes et des traditions au Burkina: une décision salutaire, selon l’ATR/DI

Ceci est une déclaration de l’TR/DI sur l’institution d’une journée des coutumes et des traditions au Burkina. Pour l’ATR/DI cette décision du gouvernement de la transition est salutaire.

15-Mai, Journée des coutumes et des traditions au Burkina Faso ! Ainsi en a décidé le Conseil des ministres du 06 mars 2024. Les objectifs de l’institution de cette journée sont les suivants selon le compte rendu de la séance dudit Conseil : « réaffirmer la laïcité de l’Etat, renforcer l’équité dans le traitement des expressions religieuses et offrir aux adeptes de la religion traditionnelle un cadre de promotion des valeurs et des pratiques ancestrales. »

Une décision moralement conforme, socialement juste et politiquement opportune s’il en est et dont il faut se réjouir à l’instar de beaucoup de Burkinabè parmi lesquels se trouvent les membres de l’Association pour la tolérance religieuse et le dialogue intercommunautaire (ATR/DI). En effet, notre association qui a été portée sur les fonts baptismaux le 18 septembre 2018 en a fait son cheval de bataille à travers des déclarations, des émissions radiophoniques et télévisuelles, des séminaires et ateliers, des actions de plaidoyer et de relations publiques et l’organisation d’une journée d’information et de partage, le 20 août 2020. Cette activité a réuni un échantillon représentatif des chefs de terre ou de leurs représentants de l’ensemble du Burkina Faso sur la décision, prise le 06 août 2020, par le gouvernement du Président Roch Marc Christian Kaboré, d’intégrer les religions traditionnelles africaines (RTA) au sein l’Observatoire national des faits religieux (ONAFAR) en en modifiant le décret n°2015-985/PRES/TRANS/PM/MATD/MEF du 17 août 2015 portant création, composition, attributions et fonctionnement de cette structure. En rappel, ce décret a été adopté pendant la première transition sous le magistère du Président Michel Kafando. Ainsi, l’ATR/DI a contribué et contribue encore à alimenter en réflexions le mouvement d’idées qui, au sein de la société burkinabè, est partisan du traitement égal des confessions religieuses. Lors de la création du Conseil interreligieux pour la paix au Burkina Faso (CIRP-BF) sous l’égide de Religions pour la paix en août 2019, notre association avait également regretté que les RTA n’eussent pas été représentées. Les acteurs regroupant des membres de la Conférence épiscopale Burkina-Niger (CEB-N), de la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) et de la Fédération des églises et missions évangéliques (FEME) avaient promis d’y réfléchir et d’œuvrer à corriger cela ultérieurement.

Pour rendre justice à l’histoire, il est convenant de noter que la création de l’ONAFAR plonge ses racines dans les recommandations issues du Forum national sur la laïcité, tenu du 27 au 29 septembre 2012 alors que le pays était dirigé par le Président Blaise Compaoré. Là, il s’agissait de mettre sur pied un observatoire national sur la laïcité dont les attributions et les missions devaient être plus ou moins similaires à celles de l’ONAFAR. La problématique de la prise en compte des RTA a refait surface, sous le Président de la transition le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, pendant les travaux d’élaboration de l’avant-projet de loi portant libertés religieuses au Burkina Faso. Un document consensuel a été produit par les quatre organisations faîtières que sont la CEB-N, le Conseil supérieur de la chefferie coutumière et traditionnelle (CSCCT), la FAIB et la FEME avec les techniciens de l’ancien département en charge du dossier à savoir le ministère des Affaires religieuses et coutumières. Des organisations de la société civile dont la nôtre et des personnalités de notoriété et d’autorité en la matière y ont apporter leur quote-part. Avant les mutations institutionnelles intervenues au plus haut sommet de l’Etat le 02 octobre 2022, les observations du Comité technique de vérification des avant-projets de loi (COTEVAL) avaient également été prises en compte pendant la dernière semaine de septembre 2022 et il restait à introduire ledit avant-projet de loi en conseil des ministres pour adoption dans la première quinzaine du mois d’octobre 2022.

Le constat est donc on ne peut plus clair : les différentes personnalités qui se sont succédé à la tête de l’Etat ont fait peu ou prou de la problématique des religions en général un élément central de leur gouvernance, dont la religion traditionnelle africaine constituait directement ou indirectement un des aspects. L’institution de la Journée des coutumes et des traditions, décrétée par le président de la transition le capitaine Ibrahim Traoré est la résultante de la capitalisation de ce qui a été dit, écrit et disséminé à ce sujet depuis 2012 par les    d’une part et d’autre part des choix politiques actuels des gouvernants. Le temps des collectivités politiques n’étant pas un temps qui tourne à la vitesse grand V, il ne faut pas s’étonner de ce que le processus de sédimentation des idées ait pris près de douze (12) pour arriver son terme.

Cela étant, le caractère salutaire de la décision doit induire une réflexion proactive sur les conditions à créer pour que ce qui est une solution au problème du traitement des religions par l’Etat ne génère pas d’autres difficultés autrement plus complexes à gérer et à solutionner.

Dans ce sens, on citer :

  1. La nécessité pour l’Etat, comme l’avait recommandé le Forum national sur la laïcité, de donner un contenu sémantique consensuel à la laïcité au Burkina Faso. En cela, l’étude portant sur l’état des lieux et les perspectives, commanditée par le Centre d’analyse des politiques économiques et sociales (CAPES) en 2021, constitue une bonne base de travail. Ce travail est d’autant plus impératif que chaque acteur (étatique, religieux, associatif ou communautaire) semble conférer à ce concept des contours définitionnels en fonction de son appartenance institutionnelle ou de ses propres intérêts de groupe. Potentiellement, cette situation est cause de contradiction ou de crise, voire de conflit. Avec l’institution de la Journée des coutumes et des traditions, il risque fort d’y avoir une lecture supplémentaire différente de la laïcité par les acteurs des RTA, qui pourrait complexifier davantage la compréhension du phénomène.
  2. La dynamisation, par les pouvoirs publics, de l’ONAFAR tant du point de vue des moyens humains, matériels et financiers dont l’institution a tant besoin que sur le plan d’une plus grande visibilité de ses actions et de son implication publique concrète et palpable dans la prévention, la gestion et la résolution des différends, crises et conflits inter et intra-religieux. Des dispositions idoines devront également être prises pour l’intégration effective des RTA au sein de l’ONAFAR car il semble que malgré la relecture du décret, les représentants de celles-ci ne sont toujours pas connus. Les institutions de tutelle administrative (ministère en charge des cultes) et technique (Conseil supérieur de la communication) de l’ONAFAR devront y contribuer grandement.
  3. L’impérativité, pour le gouvernement, de faire adopter la loi portant libertés religieuses au Burkina Faso. La multiplicité des religions, les différences doctrinales intra-confessionnelles, la vocation des religions abrahamiques à convertir le maximum de personnes, l’entente cordiale des hautes autorités religieuses contrastant avec les discours extrémistes et intolérants de certains adeptes des religions abrahamiques, les grands meetings religieux non encadrés et dont on n’a aucun ou peu d’éléments sur le profil des orateurs et le contenu des prêches, l’utilisation dévoyée des Saintes Ecritures et la manipulation des croyants par nombre de leaders religieux, etc. constituent déjà un cocktail explosif en puissance qu’il faut œuvrer à désamorcer avec des outils législatifs, règlementaires et administratifs.
  4. L’obligation morale pour les pratiquants et les promoteurs des RTA d’avoir le triomphe modeste. Il serait mal venu que ces derniers soient tentés, tout en dédiabolisant les RTA, de diaboliser les religions abrahamiques dont la spiritualité et certains traits relevant des traditions séculières font partie désormais du patrimoine culturel subsaharien. Dans cette optique, on peut citer des aspects laïcs tels l’architecture soudanienne et les modes vestimentaires qui sont, entre autres, d’inspiration islamique. D’un autre côté, il urge de rappeler que la bible a été d’abord une réalité cultuelle subsaharienne avant d’être européenne et nord-américaine : l’exemple de l’eunuque et dignitaire politique éthiopien dont il est fait cas dans le nouveau testament atteste que, s’il est vrai que le christianisme ne s’était pas propagé jusqu’en Afrique de l’Ouest, il est faux d’affirmer que cette religion a été importée d’Occident. L’Afrique subsaharienne a été belle et bien chrétienne avant l’Europe, n’en parlons pas de l’Amérique du Nord. En outre, il faut ajouter que l’Ethiopie compte des Juifs (ou beta Israël pour Maison d’Israël) depuis des millénaires et donc avant l’Europe et l’Amérique du Nord. Enfin, les éléments constitutifs de la culture sont soit le fait d’inventions, soit celui des diffusions diachroniques (par héritage) ou synchroniques (spatiales ou géographiques). On peut dire donc que l’islam et le christianisme sont le résultat d’une diffusion dont nous nous sommes appropriés ; et ce n’est tant le fait de la diffusion que les usages fourvoyés qui sont sujets à caution.

Les sociétés humaines ne se construisent, ni ne se développent en faisant table de l’œuvre des générations antérieures car l’humain n’est pas un deus ex-machina mais la résultante (en principe) bonifiée de ses ascendants.

Ouagadougou le 16 mars 2024

Pour le Bureau exécutif national, 

Le Président

Issaka SOURWEMA

Dawelg Naaba Boalga

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