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Drame de Perkoa : le MBDHP/Sanguié demande que les responsabilités soient situées

Ceci est une déclaration du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDH) section de la province du Sanguié, sur la situation  des (08) travailleurs de la mine de zinc de Perkoa, coincés dans les galeries souterraines depuis le 16 avril dernier. 

Depuis le samedi 16 avril 2022, la province du Sanguié, et plus particulièrement la commune de Réo, est dans l’émoi.  En effet, depuis cette date, huit (08) travailleurs de la mine de zinc de Perkoa, village de la commune de Réo, sont coincés dans les galeries souterraines complètement envahies par l’eau suite à la pluie de ce jour-là. Il s’agit de BAMA Charles, BAYALA Thierry, BATIONO Jean Noel, BATIONO Fulgence Aimé, BAYALA Hervé, BAYALA Isaïe, MARCO Bwire, NUNE Ndonje.  Ces huit travailleurs dont un Tanzanien, un Zambien et six (06) Burkinabè sont portés disparus dans les méandres de la mine souterraine, leur lieu de travail quotidien, devenu pour la circonstance un lieu de tous les dangers, un lieu où leur sort est plus qu’incertain.

En ces moments d’inquiétude, d’angoisse et de hantise, la section MBDHP du Sanguié nourrit encore l’espoir de les voir retrouvés sains et saufs. Aussi, à travers cette déclaration, elle se veut solidaire des familles, collègues, amis et proches de ces huit frères pris au dépourvu par les eaux de pluie de ce 16 avril 2022.

Mais comment en est-on arrivé à un tel drame ?

Tout porte à croire que c’est l’exploitation hasardeuse de la mine à ciel ouvert qui est à l’origine du sinistre. L’exploitation de cette mine à ciel ouvert qui était restée fermée pendant des années puis rouverte en 2021, se faisait à travers le dynamitage de la roche pour accéder plus facilement aux minerais et cela, sans garanties de sécurité. Selon nos informations, cette mine à ciel ouvert exploitait prioritairement du plomb, ce qui en principe n’était pas prévu dans le contrat initial. C’est ainsi que les explosions ont fini par endommager le dispositif tenant lieu de digue, ce qui a créé une communication, une ouverture par laquelle les eaux se sont infiltrées pour envahir ainsi les galeries, faisant des huit travailleurs des prisonniers sans marge de manœuvre.

Dans notre douleur commune, nous devons transcender l’émotion pour nous poser certaines questions :

  • Cette mine à ciel ouvert d’où est parti le drame était-elle autorisée (officielle) ou clandestine ?
  • Comment peut-on procéder à une telle exploitation sans mesures de sécurité suffisantes ?
  • Pourquoi avoir attendu trois semaines avant de mobiliser du matériel de secours à la hauteur de la situation ?
  • Pourquoi le gouvernement a-t-il attendu une semaine après le drame pour effectuer le déplacement sur les lieux et prendre la mesure de la situation ?

En attendant que l’enquête ouverte par qui de droit situe les responsabilités, le MBDHP Sanguié déplore la lenteur et la timidité de la réaction de la Direction de la mine ainsi que du Gouvernement, lenteur et timidité qui montrent que la situation n’avait pas été cernée dans les justes proportions de sa tragédie.

Le MBDHP constate néanmoins que ces derniers jours, le Gouvernement et la Direction de la mine travaillent en tandem et s’emploient à réunir plus de moyens afin de donner une chance de succès aux opérations de sauvetage, si tant est que cette chance existe encore ! Il n’en demeure pas moins qu’on peut trouver à redire sur la composition et le fonctionnement de la cellule de crise mise en place par le gouvernement. A titre d’exemple, le MBDHP qui est membre de cette cellule n’a été convié qu’à deux rencontres, une au niveau régional le 30 avril et une autre au niveau provincial le 06 mai. Dans tous les cas, notre souhait est que les équipes de secours parviennent le plus rapidement possible au fond de la mine et à la chambre de refuge, et que BAMA Charles et ses sept (07) compagnons d’infortune soient retrouvés sains et saufs afin que ce drame devienne très vite un souvenir !

Mais il est important de noter que même avant cette inondation du 16 avril 2022, l’activité de la mine a souvent suscité la polémique autour de préoccupations essentielles des populations riveraines, que la mine n’a jamais pris en compte. Ainsi, au-delà du constat que l’exploitation minière n’a pas apporté grand-chose à Perkoa en matière d’infrastructures et autres, il y a que l’utilisation de certains produits toxiques a exposé depuis des années la nappe phréatique et l’environnement à une pollution certaine, hypothéquant de ce fait la vie des générations actuelles et futures.

Que dire alors de la répression barbare des jeunes de Perkoa en début septembre 2015 lorsqu’ils manifestaient pour demander un bilan de la gestion des fonds versés par la mine à la Fondation Nantou ? Certains d’entre eux ont été arrêtés, détenus, jugés et condamnés ; d’autres ont perdu définitivement leur emploi en tant que travailleurs de la mine.

En remontant plus loin dans le temps, on se souviendra de la grande déception des paysans expropriés de leurs terres à l’installation de la mine, en raison du dédommagement dérisoire reçu.

Sur toutes ces questions, le MBDHP et la Coalition contre la vie chère (CCVC) du Sanguié avaient attiré l’attention de la Direction de la mine, mais aussi de l’Etat burkinabè à travers l’autorité provinciale. Hélas, nos démarches n’ont jamais reçu la suite escomptée. Au contraire, nous avions l’impression que la mine pouvait tout se permettre, et que l’Etat fermait les yeux sur tout et en toute complicité (laxisme, complaisance…). De manière globale, l’exploitation minière au Burkina Faso rime bien souvent avec pillage des ressources nationales, ce qui ruine l’économie nationale et freine le développement du pays.

L’exploitation de la mine a donc bien souvent été jalonnée d’épisodes douloureux pour les populations. Mais leur détresse est à son comble avec la situation actuelle, qui n’aurait jamais dû arriver.

En tout état de cause, le MBDHP Sanguié :

  • Exprime sa solidarité aux familles des huit travailleurs.
  • Dénonce la lenteur teintée de négligence (de la part de la mine et du Gouvernement) dans le déploiement des opérations de secours.
  • Demande que les responsabilités dans ce drame soient clairement situées.
  • Exhorte les différentes équipes de secours à plus de courage et d’ardeur dans cette course contre la montre pour sauver nos frères.

                                                                                                                                                Réo, le 17 mai 2022

                                                                                                                            Pour le MBDHP Sanguié

                                                                                                            Le bureau de la Section

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