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XENOPHOBIE EN AFRIQUE DU SUD : Un comportement indigne de la Nation arc-en-ciel

La République sud-africaine est en proie à une poussée xénophobe. Les violences contre les étrangers ont déjà causé des morts et créé la psychose dans le pays. Après un temps de silence relatif, les autorités politiques du pays ont réagi vigoureusement. Le chef de l’Etat, Jacob Zuma, a annulé son voyage en Indonésie. Il a décidé de rester au pays en ces temps douloureux, pour s’assurer que tout est mis en œuvre pour arrêter ces violences, venir en aide aux étrangers dans le besoin. Ces actes xénophobes, faut-il le rappeler, ne sont pas une première dans le pays. On se souvient qu’en 2008, des violences de ce genre avaient occasionné la mort d’une soixantaine de personnes. Ces plaies à peine cicatrisées,  voilà le pays de Mandela qui retombe dans ses travers.

Il est inacceptable que l’Afrique du Sud se rende coupable de tant d’ingratitude

Cette xénophobie est un comportement indigne de la Nation arc-en-ciel. Il met à mal l’image d’un pays qui devait être le symbole du melting-pot africain. Les auteurs de ces violences ont enlaidi les couleurs de l’Arc-en-ciel. Ce pays, on le sait, a tant souffert dans sa chair, des effets de l’apartheid et s’en est sorti grâce à l’action conjuguée certes, de Sud-africains, mais aussi de ressortissants des autres pays africains et du reste du monde. Il est incompréhensible qu’un peuple qui a bénéficié du soutien multiforme et multidimensionnel d’autres peuples aux heures sombres de son histoire, en vienne à se comporter de la sorte, à chasser de façon si violente les étrangers de son territoire. Le peuple sud-africain qui sait ce que veut dire l’exclusion, la violence contre un groupe d’hommes, devait plutôt être le chantre de la lutte contre le racisme, la xénophobie et toutes les formes de violation des droits humains. Il est inacceptable que l’Afrique du Sud se rende coupable de tant d’ingratitude et d’une telle barbarie. Ceux qui se sont battus aux côtés du peuple sud-africain dans sa longue marche vers la liberté, sont ainsi payés en monnaie de singe.

Le chef zulu du Kwazulu- natal, qui a suscité, par ses propos, cette flambée de violence contre les étrangers, et ses sujets, ne se sont pas montrés dignes de la Nation arc-en-ciel. Leur attitude est de nature à vendanger   l’œuvre monumentale de Madiba. L’icône du pays et fierté de l’Afrique, a dû se retourner plus d’une fois dans sa tombe. Le combat pour le respect de tout homme, qui ne peut se faire sans le respect de son droit à la vie, que Nelson Mandela a mené toute sa vie, est mis à rude épreuve une fois encore, par de sinistres individus. On peut comprendre l’amertume de la jeunesse sud-africaine en proie au chômage et à la cherté du coût de la vie. Et c’est dire si les élites politiques ont échoué à améliorer substantiellement leurs conditions de vie. Jacob Zuma qui avait promis monts et merveilles au peuple sud-africain pour être président, n’a manifestement pas tenu parole. En tout cas, pour le moment, le taux de chômage des jeunes avoisine les 40%. Dans ces conditions, on peut comprendre que les populations ne soient pas contentes. Mais ce qui n’est ni compréhensible, ni admissible, c’est le fait de rendre les étrangers responsables de tous les malheurs du pays. Certes, la xénophobie n’est pas le propre de l’Afrique du Sud. Dans bien des pays, les étrangers sont indexés quand la situation économique et sociale n’est pas reluisante. Face au chômage et à la misère, les populations autochtones ont tendance à chercher un bouc émissaire. L’étranger devient de facto   l’ennemi à abattre par tous les moyens.  Et bonjour les dégâts. Mais de tels amalgames doivent être   évités, surtout dans un pays qui se veut symbole du mélange des populations.

Tout doit être mis en œuvre pour que les étrangers ne soient plus inquiétés

La vérité est que très souvent, les immigrés se battent bec et ongle pour réussir. Ils travaillent dur pour s’en sortir dans le pays d’accueil. Ils mènent parfois des activités que les autochtones refusent de faire puisqu’elles les trouvent avilissantes ou peu porteuses. Et quand, à force de sacrifices et d’abnégation, leurs affaires finissent par prospérer, il s’en trouve des individus parmi ceux qui sous-estimaient ce qu’ils faisaient, pour jalouser leur succès. Bien entendu, certains étrangers ne sont pas toujours exempts de reproches. Mais cela ne saurait justifier la violence aveugle dont ils sont l’objet, comme c’est le cas en  Afrique du Sud actuellement. Il y a de petites querelles, des incompréhensions inhérentes à toute cohabitation. Et les problèmes de cohabitation doivent se régler de façon civilisée et apaisée. Ceux qui estiment que les étrangers sont la cause de leur  malheur doivent se remettre en cause. Ils doivent se demander s’ils ont fait, eux-mêmes, les efforts nécessaires pour gagner leur vie, s’ils ont travaillé à se doter des compétences nécessaires à la réussite dans tel ou tel autre domaine d’activités.

Ironie du sort, ces violences xénophobes ont lieu dans le pays dont est originaire la présidente de la Commission de l’Union africaine (UA). Quand on connaît le rôle de l’UA en matière de promotion de l’intégration des populations, du vivre-ensemble, on ne peut qu’être interloqué quand un tel drame se joue dans le pays d’origine de la présidente de sa Commission. De plus, ces violences ont lieu dans un pays qui se bat pour représenter le continent africain tout entier au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Il est évident que de tels comportements sont de nature à compromettre les chances de la République sud-africaine d’obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, si la réforme de l’ONU venait à être une réalité. Ce sont des éléments qui viennent plomber les ailes d’une candidature à ce poste. La respectabilité se mérite. Elle ne se donne pas. Les Sud-africains devraient bannir une fois pour toute la xénophobie et les violences qui en résultent, s’ils veulent que le monde et l’Afrique voient en leur pays, un Etat digne de parler au nom de l’ensemble des Africains.

Les autorités sud-africaines doivent donc s’employer à sensibiliser les populations au vivre-ensemble et les aider à acquérir les meilleures aptitudes possibles dans les différents secteurs d’activités. L’UA aussi devrait aider à apaiser les tensions et à apporter de l’aide aux victimes et autres  réfugiés. Cet épisode vient révéler une fois de plus que la communauté africaine est encore une vue de l’esprit. C’est dire combien l’UA a du pain sur la planche en termes de sensibilisation, de conscientisation des pays et des peuples. La liberté d’aller et de venir, le libre établissement, la libre circulation des travailleurs, doivent devenir une réalité sur le continent africain. En tout état de cause, tout doit être mis en œuvre pour que les étrangers ne soient plus inquiétés parce qu’ils travaillent dans d’autres pays africains que le leur. Bien au contraire. Les ressortissants des autres pays africains doivent être accueillis et acceptés comme il se doit dans tout pays de l’Union, conformément aux règles internationales de protection des droits de l’Homme, mais aussi et surtout, à la légendaire solidarité africaine. C’est aussi à ce prix que pour les Africains de tous les pays, l’Union se donnera de façon effective, les moyens de ne pas être une coquille vide.

« Le Pays »

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