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SOUTIEN DES CHEFS D’ETAT DE l’EAC A NKURUNZIZA : La faillite morale

 

Comme il fallait s’y attendre, les chefs d’Etat de l’Afrique de l’Est, réunis à Dar-es-Salam en Tanzanie, n’ont pas eu une pensée pour le peuple burundais, martyrisé depuis plus d’un mois maintenant. En passant sous silence la question du 3e mandat présidentiel convoité par Nkurunziza, ils ont confirmé ce que bien des observateurs redoutaient déjà : une décision protégeant les intérêts du syndicat des chefs d’Etat. En effet, les chefs d’Etat de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est (EAC en anglais), ont préféré ne pas prendre le risque de frustrer leur homologue burundais. C’est la lecture qu’on peut avoir de cette décision  a minima qui demande le report des élections d’un mois et demi et la fin des violences dans le pays.

 

Il faut craindre de nouvelles exactions

Cette décision des chefs d’Etat est une curieuse thérapie. Ils veulent s’employer à soigner les conséquences de la situation sans se préoccuper de sa cause. Car, il est évident que la cause principale de la crise burundaise actuelle est la décision de Pierre Nkurunziza de briguer un 3e mandat, en violation totale de l’esprit de l’Accord d’Arusha et de la Constitution burundaise. En tout cas, ils rendent bien service à leur homologue burundais qui peut pavoiser. Ce silence assourdissant sur sa volonté de briguer un 3e mandat, est, d’une manière ou d’une autre, une façon de donner carte blanche au maître de Bujumbura, pour continuer dans son œuvre de remise en cause des acquis démocratiques du pays.

C’est bien dommage. Pour le peuple burundais, les choses sont bien claires à présent. Les chefs d’Etat voisins ne se préoccupent pas de son sort. Malgré la quarantaine de morts déjà causés par la répression de Nkurunziza, le sommet n’a pas eu le courage de condamner expressément la violence des forces gouvernementales sur les manifestants non armés. De ce fait et étant donné que Nkurunziza est ragaillardi par cette décision, il faut craindre de nouvelles exactions, de nouvelles tueries de la part des forces régulières et des milices qui lui sont fidèles. Au regard du fait qu’elles légitiment et banalisent la souffrance du peuple insurgé au nom de la défense de la démocratie, les conclusions de ce sommet sont l’expression même d’une faillite morale des autorités burundaises, mais aussi des chefs d’Etat de l’Afrique de l’Est.

On avait tendance à croire que l’Afrique centrale est le ventre mou de la démocratie en Afrique. Avec ce qui vient de se passer, on se convainc que l’Afrique de l’Est se hisse au hit-parade des attardés démocratiques. Même l’Afrique du Sud à qui on doit quelque part l’Accord d’Arusha à travers Nelson Mandela, n’a pas su s’élever au-dessus de la mêlée. Le président rwandais, Paul Kagamé, qui avait ouvertement condamné la volonté de Nkurunziza d’être candidat envers et contre tout, a certainement senti venir cette boulette des chefs d’Etat de la région. Il n’a pas été présent à un tel cirque. C’est une des raisons possibles de son refus de faire le déplacement de Dar-es-Salam. Tout juste y a-t-il  envoyé son ministre des Affaires étrangères.

Toujours est-il que la teneur des conclusions de ce sommet donne raison à ceux qui ne font pas confiance aux institutions sous-régionales et africaines, pour trouver des solutions aux crises de ce genre. On perçoit ainsi tout le flair du peuple burkinabè qui a compris très tôt qu’il devait faire les choses à sa manière et qui, de ce fait, a su prendre de court la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, l’Union africaine et les Occidentaux. L’une des faiblesses de la lutte du peuple burundais est à rechercher dans la capacité de mobilisation limitée des organisations qui mènent la contestation. En effet et pour ne prendre que cet exemple, le saccage des médias privés ne rend pas service à l’opposition politique ni à la société civile burundaises, opposées au viol de la Constitution par Nkurunziza. Sans médias privés, c’est un boulevard ouvert à la pensée unique, à la propagande du régime sur les ondes des médias d’Etat. La population, dès lors, ne dispose pas d’informations utiles pour se déterminer en connaissance de cause et se mobiliser.

Le dictateur de Bujumbura tire profit de cette situation. Il faut, du reste, craindre que la férocité de la répression qui s’abat sur les manifestants anti-Nkurunziza sous le regard bienveillant des dirigeants de l’EAC, ne finisse par avoir raison de la détermination de ceux qui continuent de manifester, de braver les canons du pouvoir dictatorial de Bujumbura. Les conséquences du manque de responsabilité des chefs d’Etat de la région seront une plus grande régression de la démocratie. Car, il faut bien l’avouer, la démocratie en Afrique, marche déjà à reculons.

La réaction de l’Union africaine est vivement attendue

Et ces remises en cause d’acquis démocratiques contrastent avec la démocratisation réelle de pays africains dans les années 70, 80. Il suffit de se référer à des événements comme la mise en ballotage du président de Haute Volta, Sangoulé Lamizana, par l’opposant Macaire Ouédraogo, la démission volontaire de la présidence de chefs d’Etat comme Léopold Sédar Senghor au Sénégal et le départ volontaire du pouvoir de Julius Nyéréré du Tanganyika. La jeune classe politique africaine rechigne à suivre ces bons exemples. Les jeunes chefs d’Etat préfèrent les mauvais exemples. Ils organisent des élections, juste pour contenter les partenaires occidentaux. Tout ce qui les préoccupe, c’est d’avoir le label de pays démocratique décerné par les Occidentaux, même si cela cache des pratiques franchement nauséabondes. Bien entendu, les Occidentaux, également dans leur grande majorité, jouent très souvent le jeu, leur véritable préoccupation étant la défense de leurs intérêts dans les pays africains. Peu importe donc les hold-up et autres tripatouillages électoraux. Pourvu que les intérêts Occidentaux soient sains et saufs.

C’est dire si ces partenaires de l’Afrique sont prêts à s’accommoder de dictateurs, pourvu qu’ils protègent leurs intérêts. La responsabilité première de la démocratisation réelle et de la stabilité des pays africains, incombe aux Africains. La réaction de l’Union africaine (UA) à cette solution du pis- aller des pays de l’Afrique de l’Est en ce qui concerne le Burundi, est vivement attendue. L’institution dirigée par Dlamini Zuma va-t-elle revoir sa copie ? En rappel, l’UA a déjà condamné en des termes on ne peut plus clairs, la volonté de Nkurunziza de briguer un 3e mandat présidentiel non autorisé par les textes fondamentaux de son pays. Ce serait donc de la reculade, si elle devait rester les bras

croisés face à Nkurunziza. La Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est devait d’ailleurs s’aligner sur la position de l’UA dont elle est une des composantes. C’est dire combien l’UA a le droit et le devoir de maintenir sa position et d’appeler les pays de l’Afrique de l’Est à aller dans le même sens.

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