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REJET POPULAIRE DE BRICOLAGES CONSTITUTIONNELS ENAFRIQUE : Après Blaise et Kabila, à qui le tour ?

Joseph Kabila et son clan avaient certainement mûri leur plan de confiscation du pouvoir en RDC. Malheureusement pour eux, peut-on dire, l’expérience burkinabè des 30 et 31 octobre 2014 semble avoir fait des émules dans leur pays. En effet, depuis que la rue, au pays des Hommes intègres, s’est farouchement opposée au tripatouillage de la Constitution via l’Assemblée nationale burkinabè, contraignant Blaise Compaoré à l’exil, l’on n’avait pas besoin d’être grand clerc pour savoir que le cas burkinabè troublerait le sommeil de tous les présidents du « Gondwana » qui caressent le rêve de s’éterniser au pouvoir en bricolant la loi fondamentale de leur pays. De ce point de vue, le peuple burkinabè aura rendu service non seulement à son pays, mais aussi à tous les pays africains où la démocratie est malmenée aujourd’hui.

L’antidote des pouvoirs à vie, c’est la rue

Le rétropédalage de Joseph Kabila en RDC, qui a consisté, par la voix du président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, à retirer l’alinéa controversé de la loi électorale liant la tenue de la présidentielle de 2016 à l’organisation d’un recensement de la population, peut être lu dans ce sens. Après Blaise Compaoré qui se plaisait à dire que  jamais la rue ne pouvait trancher le débat qui faisait rage au Burkina sur sa volonté de s’accrocher au pouvoir en bricolant la loi fondamentale, et qui a appris par la suite à ses dépens que cette thèse était erronée, c’est Kabila fils qui vient de se rendre compte que l’antidote des pouvoirs à vie, c’est la rue. A la différence de Blaise Compaoré dont l’obstination à braver la rue lui a été fatale, Kabila a reculé pendant qu’il était encore temps. Le moins que l’on puisse dire, pour l’heure, c’est que le peuple congolais vient de remporter une victoire. Et ce peuple, n’en déplaise au président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, qui, récemment, martelait avec arrogance que Kinshasa n’est pas Ouagadougou, semble décidé à ne plus se laisser traiter comme des sujets, comme il l’a été sous Mobutu et Kabila père. Et comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, l’on peut se poser, concernant les bricolages des Constitutions en cours dans certains pays africains ou qui sont en voie de l’être, la question suivante : après Blaise Compaoré et Joseph Kabila qui ont appris de leur peuple que c’est un exercice périlleux, à qui le tour ?

Cette question est d’autant plus pertinente que  dans bien des pays africains, le bricolage des Constitutions est aujourd’hui à l’ordre du jour. Les cas burkinabè et congolais pourront servir d’exemples aux peuples de certains pays. Il faut l’espérer, même si l’on sait par expérience que les dictateurs sont par nature têtus. Denis Sassou N’Guesso notamment, à qui la clameur de la rue de l’autre côté du fleuve est certainement parvenue, va-t-il tenir mordicus à s’accrocher au pouvoir en bricolant la Constitution de son pays, comme le lui demande actuellement son parti, le Parti congolais du travail (PCT) ? Ou va-t-il tirer leçon de ce qui s’est passé à Ouagadougou et à  Kinshasa, en renonçant hic et nunc à la présidentielle à venir à laquelle la Constitution de son pays ne l’autorise pas à participer ? La première hypothèse serait suicidaire pour lui, pour la simple raison que Brazzaville n’est pas loin de Kinshasa et que tous les peuples ont le droit d’aspirer à l’alternance démocratique.

La démocratie se conquiert

Cela dit, et pour revenir à la RDC, le peuple congolais peut déjà se réjouir d’avoir remporté une victoire sur Joseph Kabila et son clan. Mais, pour autant, il ne doit pas baisser la garde, parce que les dictateurs ont plus d’un tour dans leur sac. En effet, aujourd’hui, Kabila et son clan ont  certes perdu la bataille de l’alinéa 8 de la loi électorale, mais ils n’ont  pas encore perdu la guerre au terme de laquelle ils capituleraient définitivement par rapport à leur rêve de s’accrocher au pouvoir. Après le rejet populaire de leur trouvaille atypique de lier la présidentielle à un recensement de la population, il n’est pas exclu que des spécialistes en tripatouillage constitutionnel entrent en laboratoire pour en ressortir avec une autre formule plus sophistiquée que la première, pour permettre à Kabila de rebelotter en 2016. Pour l’heure, Kabila fils a reculé devant le holà de la rue, mais il pourrait avoir reculé pour mieux sauter. En attendant cette éventualité que personne ne doit d’emblée écarter aujourd’hui, l’on peut déjà rendre hommage à tous les acteurs qui ont contribué à tirer la démocratie vers le haut en RDC, en obtenant le retrait de l’article 8 de la loi électorale. Ces acteurs sont les chancelleries occidentales qui ont fait pression sur le président Kabila, l’Eglise catholique qui n’a jamais fait mystère de sa volonté de voir partir Kabila à la fin de son mandat, l’opposition politique congolaise,  le Sénat qui a eu le courage de ne pas laisser  passer l’article de Kabila comme  une lettre à la poste et le peuple congolais. Ce dernier acteur, notamment, a droit à une mention spéciale pour avoir démontré à la face du monde, à la suite d’autres peuples, que la démocratie se conquiert. En effet, si le peuple congolais ne s’était pas approprié cet enseignement, Joseph Kabila n’aurait jamais reculé. Dans tout cela, le grand et éternel absent est l’Union africaine (UA). Mais de cette institution, les peuples africains devraient savoir qu’ils n’ont rien à attendre dans leur combat contre l’arbitraire et pour leur émancipation. Quant à Joseph Kabila, il doit se rendre  à l’évidence qu’il y a une autre vie après le pouvoir, et qu’il a déjà suffisamment fait mal à son peuple pour ne pas en rajouter en voulant vaille que vaille s’accrocher au pouvoir. Il peut donc s’estimer heureux de n’avoir pas jusque-là intéressé la Cour pénale internationale (CPI), au regard de l’ensemble de ses mauvaises œuvres que l’on peut constater depuis qu’il a succédé par dévolution monarchique à son père en 2001.

« Le Pays »

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