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REELECTION DU PRESIDENT SOUDANAIS A 94,5% : Ô Béchir, toi aussi !

94,5% ! C’est par ce score stalinien que le président soudanais, Omar El Béchir, s’est fait réélire à la présidentielle de mi-avril dernier. Devant un tel plébiscite, qui peut encore prétendre que Béchir n’est pas bien aimé dans son pays ? Difficile, en tout cas, de le dire. Mais à y regarder de près, l’on pourrait se demander qui le prévenu de La Haye veut-il tromper. C’est la question qui mérite d’être posée, tant il est étonnant que pour quelqu’un qui est « wanted » par  la Cour pénale internationale (CPI) depuis 2009 pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide dans son propre pays, ce même peuple en vienne à lui traduire une telle confiance. A moins que Luis Moreno-Ocampo, le prédécesseur de Fatou Bensouda, ne se soit trompé. Quoi qu’il en soit, Béchir voudrait prouver à la Communauté internationale qu’elle se trompe sur son compte  qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

Mais avec un tel score, en ce XXIème siècle, il finit tout de même par se ridiculiser, car personne n’est dupe pour croire que Béchir est réellement le président adoubé par son peuple. Par contre, demeurer président semble la meilleure garantie de rester en liberté pour celui qui est dans le collimateur de la CPI depuis environ une demi-douzaine d’années. Car, pour le moment, s’il a pu passer à travers les mailles des filets de l’institution pénale, c’est bien en raison des fonctions qu’il assure à la tête de son pays. Aussi y a-t-il lieu de croire que le jour où il ne sera plus président,  Béchir risque d’être cueilli comme un fruit mûr. C’est pourquoi, tant qu’il lui restera un souffle de vie, il ne faut pas s’attendre à une alternance démocratique à la tête de l’Etat soudanais.

Ce scrutin n’aura servi à rien d’autre qu’à remplir une formalité

Au demeurant, aux Occidentaux qui sont si prompts à le vouer aux gémonies, il leur montre qu’il sait jouer le jeu à la perfection. Et comment !? Ils veulent des élections, eh bien, ils les ont ! Mais pas comme ils l’entendent, plutôt comme lui le veut. Avec un score à la soviétique pour qu’ils ne se prennent plus jamais à douter de sa popularité au sein de son peuple. Une performance qui le place du reste en tête des républiques bananières car, il faut bien se l’avouer, ce nouveau record de Béchir sera actuellement bien difficile à battre.

Mais de cette parodie, faut-il finalement en rire ou en pleurer ? Tout compte fait, il faut en rire parce qu’en tout état de cause, cette élection est une vaste comédie organisée par le président soudanais qui, pour la circonstance, s’est fait accompagner de candidats motards incapables, à quatorze contre un, d’arracher 6% des suffrages restants. Quelle honte ! Assurément, avec ces chiffres qui puent à plein nez la fabrication, Omar El Béchir se chatouille pour rire. Mais il faut aussi en pleurer, parce que finalement, c’est le peuple soudanais qui, pris en otage depuis 25 ans par un tyran, se retrouve être le dindon de la farce. Puisque c’est l’argent du contribuable qui aura servi à financer ces élections dont le pays aurait pu faire l’économie et laisser le maître de Karthoun continuer tranquillement son cinéma à la tête de l’Etat soudanais. En tout cas, ce scrutin n’aura servi à rien d’autre qu’à remplir une formalité. L’opposition l’ayant boycotté, cela n’a pas empêché Béchir de se trouver une pléthore d’adversaires et de les battre à plate couture. Et ce n’est pas demain la veille qu’il quittera le pouvoir par la voie des urnes. Le comble, c’est qu’avec tout cela, le président soudanais trouvera des soutiens, même appuyés, auprès de certains de ses pairs africains qui, comme lui, rêvent d’un pouvoir à vie. De ce point de vue, l’Afrique n’est vraiment pas aidée. Car, ce qui se passe au Soudan illustre à la perfection que la démocratie, pour bien des dirigeants africains, est un jeu qu’ils ne sauraient perdre. Ils n’y croient pas, mais pour ne pas donner le sentiment de ramer à contre-courant, ils font semblant de jouer le jeu. Pour en revenir au cas soudanais, cette élection est une fenêtre qui laisse aisément deviner ce que Béchir entrevoit pour la suite de sa carrière : un règne ad vitam aeternam. Ô Béchir, toi aussi !

Outélé KEITA

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