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PROCES THOMAS SANKARA : «C’est Traoré Bossobè qui nous a trahis en alertant le commando», Laurent Ilboudo, 66 ans, garde rapprochée du président Sankara

Au Tribunal militaire ce 6 décembre 2021, l’audience se poursuit avec le témoin Ismaël Abdoulaye Diallo. Au 2e jour de son interrogatoire, l’ex ambassadeur du Burkina Faso à New York aux USA sous le CNR, était face aux questions de la partie civile ainsi que celles de la défense. Avant même de se prêter aux questions, le témoin a demandé que la presse se retire de la salle avant de poursuivre.

Pourquoi voulez-vous que la presse se retire alors qu’elle est avec nous depuis le début de ce procès ? Demande le président du tribunal.   « J‘estime qu’elle n’a pas relayé fidèlement ce que j’ai témoigné le jeudi 2 décembre dernier ». Avec beaucoup de rétention, le témoin dit ne pas être disposé à donner des détails sur certains faits qui étaient plus ou moins imminents avant même le 15 octobre. Et pour lui, dès que des questions éthiques sont entrées en jeu, la révolution était finie. Et le 15 octobre n’était pas un jour particulier ou extraordinaire selon  son entendement vu que les dissensions entre Thomas et Blaise étaient devenues de plus en plus évidentes. Selon lui, au-delà de ces aspects, il y a les tracts orduriers et injurieux, etc.

Le témoin a été confronté à Jean Pierre Palm qui, dans sa déposition devant le juge d’instruction, a dit ne pas être allé chez M. Diallo Ismaël sous ordre de Blaise Compaoré le 16 octobre alors que ce dernier avait dit l’avoir reçu peu avant 9h en tenue militaire. Devant la Chambre, l’accusé Jean Pierre Palm nie les faits et dit maintenant ce qu’il a dit devant le juge d’instruction.

M. Diallo, quel commentaire faites-vous ? Interroge le président du Tribunal militaire

«C’est sa parole contre la mienne. De toute façon,  moi je suis un « has been »: pour dire que c’est son physique qui est là sinon lui-même serait mort », répond le témoin avant d’ajouter que lui et l’accusé Jean Pierre Palm sont de bons amis. Une amitié qu’il a manifestée devant le Tribunal en se tapotant, se serrant les mains suivi de causeries et ds rires à la fin de l’interrogatoire. Une attitude qui a amené le président du Tribunal militaire à dire ceci: «si voulez rester ensemble, on peut vous trouvez une place pour ça».

Le deuxième témoin du jour et le 25e des 111, n’est personne d’autre que le garde-corps du président Thomas Sankara, Ilboudo Laurent, 66 ans, adjudant-chef major à la retraite. «Le 15 octobre, j’étais avec Auguste et Philippe quand le président Sankara est descendu pour se rendre au Conseil de l’Entente. Il avait une mallette. J’ai donc pris la mallette et je suis allé au Conseil. Lorsque j’ai déposé la mallette sur son divan et que je me suis  retourné pour saluer d’autres camarades qui étaient au secrétariat, j’ai entendu des coups de feu. Lorsque je me suis retourné vers la sortie Nord, j’étais nez-à-nez avec Hyacinthe Kafando et Maïga avec la 504 de Blaise Compaoré. Et Hyacinthe m’a dit «Haut les mains. Je me suis mis en évidence. Il m’a dit de désagrafer mon ceinturon. Je lui ai dit de le faire lui-même. Il a insisté, je me suis excusé. Mon ceinturon est tombé avec mon pistolet. Il m’a ordonné de me coucher. Je l’ai fait. C’est quand je me suis couché à plat ventre que les tirs se sont intensifiés. Peu après, Otis et d’autres éléments que je ne connaissais pas trop, sont venus nous mettre dos-à-dos (Sow Drissa et moi) et d’autres éléments, et ils nous ont conduits dans une villa à niveau. Quand nous y étions, j’ai entendu un des éléments dire: Où est Hyacinthe? Au lieu de faire sortir le chef   on va le liquider rapidement (…). Et après, Hyacinthe est venu et il m’a dit de me lever. Je l’ai fait, on se regardait face-à-face et il m’a dit ceci: tu sais pourquoi jusqu’à présent tu n’es pas mort, c’est parce que tu ne sais rien de tout ce qui se passe. Nous y sommes restés jusqu’à ce que Diendéré et Hyacinthe viennent nous libérer en nous disant qu’ils ont l’œil sur nous ».

Vous étiez combien à assurer la garde du président ? Question du président du Tribunal militaire. « Nous étions organisés en équipe. Mais ce jour-là, nous étions 9», a dit le témoin.

 En les citant nommément, il n’a pas cité l’accusé Traoré Bossobè de la garde rapprochée du président Thomas Sankara qui, dans sa déposition, prétendait être de service  le 15 octobre.

«Il dit être de garde, il ne fait  pas partie de mon équipe qui devrait assurer la permanence ce jour-là »,  a précisé Ilboudo Laurent. C’est après les évènements, poursuit le témoin, que j’ai appris après qu’il a reçu une balle au bras et était au CHU Yalgado Ouédraogo. Je suis même allé le voir sur son lit d’hôpital et il a sursauté quand il m’a vu. C’est après que j’ai appris que c’est lui qui a alerté le commando », a indiqué M. Ilboudo.

Comment le saviez-vous? Interroge le président

C’est ce que j’ai entendu. Si ce n’était pas le cas, comment le commando a su à quelle heure nous sommes partis de la présidence pour le Conseil de l’Entente ? Et c’est au moment précis que le président est arrivé, que le commando aussi est arrivé?

Le commando avait-il l’habitude de venir au Conseil ? Oui! Répond M. Ilboudo.

« Je me dis qu’il pourrait venir comme d’habitude avec la même intention », s’interroge le président. « Si c’était le cas, nous serions informés et on aurait pris toutes les dispositions afin que le président ne se rende pas au Conseil, rassure  M. Ilboudo. Et si le président insistait ? Demande le président

« Nous,  on aurait fait notre travail », a laissé entendre le témoin…

Didèdoua Franck ZINGUÉ

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