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CPI ET SOMMET DE L’UA : Béchir a eu chaud, Zuma aussi !

 

Le président soudanais, Omar El-Béchir, n’oubliera pas de si tôt le XXVe sommet de l’Union africaine (UA) auquel il a pris part en Afrique du Sud, le week-end dernier. Son hôte, Jacob Zuma, non plus. En effet, recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour génocide depuis 2009, Béchir qui, depuis lors, fait profil bas et fait attention à là où il met les pieds, ne savait pas qu’il serait la vedette de ce sommet des têtes couronnées du continent. Et pourtant, une surprise de taille l’y attendait et son passé a failli le rattraper. En effet, saisie par une ONG qui l’encourageait à procéder à l’arrestation du président soudanais et à sa remise entre les mains de l’institution judiciaire internationale, la Justice sud-africaine avait interdit à ce dernier de quitter le pays, en attendant qu’elle statue sur son cas. Il n’en fallait pas plus pour mettre  l’hôte de Jacob Zuma dans l’embarras, surtout que, si l’on en croit la partie soudanaise, ce dernier avait donné des assurances en termes de respect de l’immunité du maître de Khartoum.

C’est pourquoi l’on n’est pas surpris qu’avant même la sentence de la Justice sud-africaine, Omar El-Béchir, certainement avec la bénédiction de son hôte, ait pris la poudre d’escampette car, sait-on jamais. En tout cas, au regard de l’accueil triomphal qui lui a été réservé dans son pays, l’on peut dire que Béchir a eu vraiment chaud. Et Jacob Zuma, lui, continue d’avoir chaud, car il devra maintenant s’expliquer avec ses compatriotes de la société civile et des ONG  engagées dans la lutte pour le respect des droits de l’Homme, qui l’accusent d’avoir trahi la Constitution sud-africaine en n’arrêtant pas Béchir. Au-delà, quels enseignements pourrait-on tirer de ces événements ?

D’abord, ne serait-ce que dans la forme et pour le principe, la Justice sud-africaine aura montré une certaine indépendance vis-à-vis de l’Exécutif ; toute chose qui montre la vitalité de la démocratie dans ce pays et les avancées notables qu’elle a pu connaître. Cela est à saluer. Car, ailleurs sur le continent, et les cas sont nombreux, une telle action aurait été pratiquement inimaginable.

Ensuite, pour un pays comme la Nation Arc-en ciel qui revient de loin et dont l’histoire est lourdement chargée en termes de violations des droits de l’Homme, l’on est quelque peu surpris de l’attitude de son président face à un personnage controversé comme Omar El Béchir à qui il est reproché justement des atteintes graves aux droits humains ; toutes choses qui lui valent d’être « wanted » par la Cour de justice de La Haye. C’est pourquoi l’initiative de Zuma d’inviter Omar El Béchir à ce sommet paraît pour le moins incompréhensible voire suspecte.

Zuma aurait mieux fait de ne pas inviter Béchir à ce sommet

Surtout qu’il sait que ce dernier est sous le coup d’un mandat d’arrêt de la CPI et que son pays s’est engagé à coopérer avec cette institution judiciaire. Aussi, en prenant les devants pour envoyer une mission d’explication à la CPI, Zuma savait qu’il s’engageait sur un terrain glissant. Pourquoi alors a-t-il tant insisté? Est-ce une façon de remettre en cause les accords avec la CPI ? Doit-on plutôt y voir un rapport avec la signature récente de l’accord de la tripartite entre une vingtaine de pays de l’Afrique australe et l’Afrique du Nord  dont le Soudan qui occupe une position stratégique? Ou quoi d’autre ? Pour l’instant, rien ne permet d’aller dans un sens ni dans l’autre, mais l’histoire apportera la réponse en temps opportun.

En tout état de cause, cette affaire vient écorner profondément l’image de l’Afrique du Sud, en tant qu’un des Etats phares du continent, qui, de surcroît,  aspire au leadership continental pour s’ouvrir la voie du Conseil de sécurité de l’ONU en tant que membre permanent. A ce rythme, elle pourrait dire adieu à de telles ambitions. Ce qui ferait le bonheur  d’autres pays comme le Nigeria et l’Egypte qui aspirent à jouer un tel rôle.

A dire vrai, l’on a le sentiment qu’avec Jacob Zuma, l’Afrique du Sud a opéré un grand recul. Surtout que son président multiplie les bourdes et les frasques, au lieu de s’illustrer par des prises de position de haute portée politique et historique. Comme cette histoire de rénovation de son domaine privé à coup de milliards de francs du contribuable, de son salaire revu à la hausse au moment où beaucoup de ses compatriotes tirent le diable par la queue ou encore cette montée de xénophobie dangereuse et mortelle qui a secoué récemment son pays et où sa réaction n’a pas été à la hauteur du drame vécu par les populations. Et il y a ses interminables frasques, certaines liées à sa vie privée. En tout cas, l’on a du mal à croire que c’est le même pays que gouvernait Nelson Mandela. Et c’est là que l’on perçoit toute la dimension de Madiba dont les successeurs sont encore loin de pouvoir chausser les bottes.

Il faut à l’Afrique du Sud un réarmement moral, faute de quoi, son image risque de toucher le fond. Et disons-le tout net, Zuma aurait mieux fait de ne pas inviter Béchir à ce sommet. Il s’est certainement cru plus malin, en prenant les devants pour envoyer une mission à la CPI afin d’expliquer sa position. Mais l’effet boomerang est venu lui rappeler la réalité que l’on ne saurait impunément s’accoquiner avec un personnage comme Béchir. En tout cas, il l’aura appris à ses dépens, et la partie est loin d’être terminée. Sans aucun doute, ses ennuis ne font que commencer.

Outélé KEITA

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