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ZAKSOBA, ARTISTE MUSICIEN : « De toute ma carrière, je n’ai jamais signé un contrat de 100 000 F »

Zaksoba, ce nom ne dit sûrement pas grand-chose à la jeune génération. Mais un recul de 15, voire 20 ans en arrière suffit pour se rendre compte qu’il a fait les beaux temps de la musique burkinabè.  D’ailleurs, l’on peut affirmer que la musique, il l’a dans les veines. De son vrai nom Seydou Kouanda, cet ex-policier car aujourd’hui admis à la retraite,  a été le lead vocal de l’orchestre de la police. Des missions  entrant dans le cadre  professionnel, l’ont conduit hors du pays si fait qu’il était absent de la scène musicale. Malgré tout,  l’homme continuait de produire des albums qui passaient inaperçus. En janvier 2020, il   a sorti  une œuvre musicale qui est sur le marché  et le clip est en préparation (la pandémie à Coronavirus est passée par là).   Votre  site ActuBurkina.net l’a rencontré  le 14 octobre dernier  dans ses locaux, à Ouagadougou où il s’est prononcé sur  sa carrière musicale, notamment son tout dernier album, l’évolution de la musique burkinabé, et bien d’autres sujets.  Découvrez vous-même ce qu’il a confié.

Actuburkina : qui est exactement Zaksoba ?

Zaksoba : Je m’appelle Seydou Kouanda à l’état civil, connu sous le nom Zaksoba. Je suis policier de formation et j’ai été admis à la retraite il y a environ  3 ans.  Je suis arrivé dans la musique à la faveur de la révolution. A l’époque, on avait ordonné à chaque entité militaire et paramilitaire de se doter d’un groupe artistique. C’est ainsi que la police, à l’instar des autres corps, a créé son orchestre suite à un accident de la circulation qui avait couté la vie à la quasi-totalité de l’orchestre de la police en dehors d’un seul rescapé. C’est dans cet univers que j’ai été recruté comme le lead vocal de l’orchestre de la police.

 

A  quand remonte la sortie de votre dernière œuvre musicale ?

Ma toute dernière sortie discographie baptisée « Sougri » date de janvier 2020. L’album est déjà sur le marché et le clip est en préparation.

Quels sont les thèmes abordés dans ce  nouvel album ?

Les thèmes abordés dans cet album sont variés. Vous savez que l’artiste parle de tout le monde mais il n’indexe personne. J’ai parlé des faits de société et des sujets en rapport avec l’actualité avec un peu de satire.

Avez-vous  eu des difficultés particulières pour la promotion de vos albums précédents ?

A notre époque,  il n’y avait pas de promoteur. Par conséquent, je n’ai pas eu cette chance de travailler avec des promoteurs. C’était plutôt des commerçants, et ils ne s’y connaissaient pas en la matière. Il n’y avait pas de contrat. Quand je rentrais en studio, je ne pouvais pas savoir également combien de CD le monsieur a produit, si bien qu’au niveau du Bureau burkinabè des droits d’auteurs (BBDA), l’organe gestionnaire de nos droits, l’artiste ne savait pas combien il percevait. Tout ceci, parce que le soi-disant promoteur ne déclarait pas exactement le nombre  de cassettes ou de CD qu’il a dupliquées. En toute franchise, j’ai eu affaire à des commerçants. Il faut noter également que les productions de l’Orchestre de la police ne pouvaient pas faire de promo. Pour faire de la promo, il y a des hommes habilités à le faire, des gens qui ont reçu une formation particulière en la matière. Alors qu’au sein de la police, il n’y avait  pas ce tunnel. Je répète que je suis policier avant d’être artiste musicien. Donc quand je produisais avec l’Orchestre de la police, je ne demandais rien et rien ne me revenais non plus. Je ne jouais uniquement que pour la police, si bien que dans les deux cas de figures, il était difficile de trouver un promoteur. C’est difficile la promotion parce que c’est aussi un art à part entière. Pour cette dernière production, vous n’êtes pas sans savoir que même si l’on a du soutien et qu’on n’est pas entouré d’un bon  staff, il est difficile de s’en sortir. Vous êtes du même avis que moi que les choses ne sont plus comme avant. Lorsqu’un artiste arrive à imposer son album sur le marché, c’est parce que les gens l’ont adopté. Si l’on a pu constituer ces hommes autour de soi, on ne peut que voler encore plus loin.

 Qu’est-ce qui vous empêche aujourd’hui d’asseoir ce staff ?

Moi je suis allé à la retraite il y a deux ans et en 2020, j’ai produit un album. Constituer, tout de suite, un staff, ce n’est pas une chose aisée surtout pour nous les anciens. Je vous fais une petite confidence. Vous savez que les managers, mécènes et autres ne voient en nous aucun profit ? Le monsieur se demande ce qu’il gagne avec des anciens artistes comme nous. Je ne vois plus quel artiste de ma génération qui continue de produire aujourd’hui. Mais moi, j’ai produit en 2004, 2008, 2012, 2016 et en 2020, soit chaque quatre ans, je produis. Je fais l’effort d’être toujours sur la scène, mais le défaut de ce staff fait que, souvent, certains albums passent inaperçus sans que la raison ne soit forcement liée à la qualité de l’œuvre. Moi, je fais entièrement confiance à tous ceux qui étaient autour de moi quand j’étais en studio, c’était des professionnels. Il est vrai que l’œuvre peut être appréciée différemment, mais je suppose que je ne suis pas non plus le dernier des musiciens burkinabé.

Comment se faisait alors la rémunération au niveau du BBDA ?

L’honnêteté du BBDA n’est pas à démentir. Il recevait ce que le « promoteur » venait lui déclarer comme cassettes ou CD dupliqués. Il recueillait les droits de l’artiste qu’il lui reversait. A l’époque, cela n’était pas évident parce qu’il n’y avait pas un système de contrôle des  activités de ces soi-disant promoteurs. Pour ce qui concerne mon dernier album, je ne dévoile aucun secret, je peux affirmer que c’est un homme comme Aboubacar Zida dit Sidnaba qui m’a soutenu. Présentement, c’est lui qui s’occupe de la sortie du clip vidéo. Il  y a aussi Prince Edouard Ouédraogo qui m’a beaucoup aidé pour la production de mon album. Tous les 4 ans,  je fais l’effort de produire un album à mes frais. Au-delà de mon cas, il est difficile pour une seule personne qui n’a pas de soutien de s’en sortir, si bien que certains artistes meurent dans l’ombre et dans l’anonymat.

Comment de façon générale vous appréciez la musique burkinabè aujourd’hui ?

Actuellement,  c’est une question de jeunesse et de tendance. Et j’avoue que parmi les jeunes, il y en a qui font des efforts. Nous avons des talents et aujourd’hui, ces jeunes artistes ont beaucoup de facilités pour produire. Il y a plein de mécènes également. Ils ont des soutiens multiformes. Mais, il reste encore du travail à faire.

Quel genre de travail par exemple ?

Ils ne doivent pas se laisser guider par la technologie, c’est-à-dire ne pas confier entièrement leur travail à la machine. Il faut travailler soi-même. Par exemple au niveau de la voix, il faut éviter certaines corrections qui n’en valent pas la peine. Parce qu’à l’écoute, on sait que la voix est totalement corrigée. Alors que sur scène, se serait difficile de rendre votre propre production. Donc  plus difficile de jouer du live. J’exhorte nos petits frères à se mettre au travail parce qu’il n’y a que le travail qui paie.

 Pensez-vous avoir toujours votre place dans le showbiz au regard de son évolution aujourd’hui ?

En Europe, des personnes plus âgées que moi, on en trouve toujours sur la scène musicale. Je ne parle pas de mon âge. La musique, ce n’est pas une question d’âge, c’est le public qui choisit, donc tout dépend de lui. Et je sais que le public sait choisir et reconnaître les bonnes œuvres. Ce n’est pas non plus une question d’énergie car l’inspiration y ait toujours. Présentement, je peux affirmer que si je coache un jeune, cela peut être quelque chose de très positive.

Qu’est-ce que votre carrière vous a apporté?

La popularité oui ! Mais côté financier, rien. J’avoue qu’à l’époque,  vous pouvez signer 50 000F pour un album sans avoir cette somme en entièreté  à la sortie du studio. Et on pouvait sortir du studio, faire 3 ans, sans récupérer l’autre moitié des 50 000F. Croyez-moi, je n’ai jamais signé un contrat de 100 000 F avec un producteur de toute ma carrière. Exception faite à l’album en featuring avec Defao. Là également, c’est parce qu’il y avait de grands managers, c’est-à-dire ceux-là mêmes qui étaient la crème tels Djah Press, Claude Bassolé, Yves Zogbo Junior de la Côte d’Ivoire, Yves De M’Bella et j’ai joué dans de grands studios. Au paiement, ils ont été honnêtes avec le BBDA. C’est la seule fois que j’ai pu avoir quelque chose de conséquent et de significatif. En dehors de cet album, je n’ai jamais touché 200 000F au BBDA. Le producteur pouvait dupliquer 5 000 cassettes et aller déclarer 1000. Et lorsque le BBDA,  dans ses missions de contrôle arrivait, toutes les cassettes qui se trouvaient sur les étagères, portaient  des stickers alors que sous la veste, il y avait autre chose. C’était la triste réalité.

 D’aucuns reprochent aux autorités de ne rien faire pour la music burkinabè, êtes-vous de cet avis ?

Je réponds par l’affirmatif sans honte et ni gêne. Si vous observez au niveau du gouvernement, ce sont des parents pauvres qui s’y trouvent. C’est vrai que de plus en plus, des efforts sont faits au niveau du BBDA pour que chaque artiste ait ce qui lui revient de droit, mais il reste encore beaucoup d’efforts à faire. Je me dis que c’est un début mais tout espoir n’est pas perdu. Certains peuvent traiter le BBDA ou le ministère de la Culture, des arts et du tourisme de tous les noms d’oiseau, j’en conviens, ils ont peut-être raison, c’est leur temps, ils n’ont pas vécu comme moi qui ai souffert durant de longues années. Actuellement, je ne peux qu’applaudir.

La Covid 19 a-t-elle eu un impact sur vos projets ?

Absolument oui ! Parce que Sidnaba qui a toujours apporté son soutien à ma modeste personne, voulais que la dédicace de l’œuvre se fasse au CENASA. Mais jusqu’au 09 avril 2020, date à laquelle l’œuvre devrait être dédicacée, il n’y avait pas de place. J’ai dû reculer  la date et c’était finalement prévu pour le 09 mars et malheureusement la Covid-19 a fait son apparition chez nous et après c’était  le Ramadan et la Tabaski. Toutes les activités étaient au ralenti. J’ai dû attendre jusqu’en juin, soit 6 mois après la sortie de l’album, toujours rien. Avec tous ces évènements qui se sont succédé, j’ai estimé qu’il n’était plus nécessaire de faire la dédicace d’un album qui a fait pratiquement 8 mois. J’ai donc utilisé mes petites économies pour venir en aide à ceux qui étaient autour de moi pour le clip vidéo.

Un mot de fin ?

Je voudrais vous dire merci car vous nous avez toujours soutenu. Moi particulièrement, j’ai toujours été invité par les journalistes, que ce soit les anciens ou les plus jeunes. En tout cas, tous ceux qui ont entendu parler de Zaksoba m’ont toujours invité sur leur plateau pour discuter et parler de mes œuvres. Cela explique qu’il y a toujours de la considération pour ma modeste personne. C’est vrai que les temps sont durs, mais on trouve toujours autour de soi,  des gens qui ont toujours de l’estime pour vous.

Propos recueillis par Didèdoua Franck ZINGUE

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