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Soumaïla Sawadogo, photographe Burkinabè résidant en France : « Si tu veux exercer ce métier pour avoir de l’argent, tu vas abandonner au bout de 6 mois ou un an »

Soumaïla Sawadogo est un jeune photographe Burkinabè résidant à Paris, en France. Lui qui faisait la photographie juste pour s’amuser, était loin de s’imaginer qu’il en ferait son boulot. Mais, aujourd’hui, la photographie est une véritable passion pour lui. Dans cette interview qu’il nous a accordée le 8 janvier 2022, à Ouagadougou, il raconte comment il est venu dans ce métier qui lui a permis de concrétiser l’un de ses rêves : construire une maison pour sa mère. Lisez et vous serez édifié.

Actuburkina : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Soumaïla Sawadogo : Je suis Soumaïla Sawadogo, plus connu sous le nom du Cheikier de Paris. Je suis un photographe burkinabè résidant en France.

Comment êtes-vous arrivé à la photographie ?

J’ai suivi un grand frère qui était photographe et qui vivait en France. Lorsque je suis arrivé en Europe précisément en Italie, la plupart des amis Italiens que je suivais était des photographes. C’est là qu’est née la passion. Je ne m’attendais pas à ce que ça soit véritablement un boulot pour moi. J’ai décidé d’acheter un appareil photo, de faire comme eux en m’amusant. C’est là que tout est né.

Tantôt on vous voit au Burkina, tantôt en Côte d’Ivoire, ou encore en Italie dont vous avez évoqué. Où résidez-vous réellement ?  

Je réside actuellement à Paris.

Vous êtes en ce moment au Burkina pour un évènement. De quel évènement s’agit-il ?

J’étais venu le 17 décembre dernier pour participer au concert des 10 ans de carrière de l’artiste Imilo Le Chanceux qui est un ami, un frère pour moi. J’ai jugé nécessaire de me déplacer pour venir l’encourager et apporter aussi ma touche photographique à l’évènement pour valoriser la culture de notre pays. Dans le même temps, j’ai profité pour mettre en place des projets.

Le photographe Soumaila Sawadogo dit Le Cheikier de Paris

Pouvez-vous nous parler davantage de ces projets ?

Je suis un photographe même si je ne suis pas mieux connu des Burkinabè.  Mais le plus important pour moi, c’est d’avoir une base arrière dans mon pays. Je suis là donc pour voir la possibilité de créer quelque chose qui puisse profiter aussi à mes jeunes frères qui veulent embrasser le métier de photographe à travers la création d’un studio de production.

 La photographie est un art et souvent, il y a des thèmes que vous abordez. Quelles sont ces thématiques que vous abordez le plus souvent et qui vous passionnent ?

Ce qui me passionne le plus, c’est l’événementiel. Je participe beaucoup aux festivals et aux grands concerts. J’aime l’événementiel parce que j’aime voir les gens heureux. J’aime voir des gens, lors des concerts, être transportés par la musique. J’exerce mon art de la photographie autour de l’événementiel et non pas dans une thématique déterminée.

Les œuvres, a-t-on coutume de dire, n’ont de valeur que si elles sont exposées dans des galeries. Est-ce le cas pour les œuvres que vous réalisez ?

Sincèrement, c’est un chemin que j’aimerais emprunter mais vous savez que c’est Dieu qui trace le chemin de tout un chacun. Chaque fois, j’essaie de trouver la bonne voie pour m’insérer, pourquoi pas présenter des œuvres que j’ai pu réaliser. Pour l’instant, je n’ai pas eu la chance de présenter mes œuvres mais j’espère que Dieu permettra que cela arrive.

Peut-on affirmer aujourd’hui que vous vivez de votre métier de photographe ?

Oui, je vis uniquement de la photographie grâce à Dieu. En tout cas, je n’ai pas un 2e boulot et je remercie Dieu pour cela parce que je connais beaucoup de grands photographes à Paris, qui n’arrivent pas à vivre de leur métier. Mais moi qui suis un jeune Burkinabè résidant à Paris, il y a moins de 5 ans, j’arrive à payer mon loyer, à aider mon prochain. Je rends grâce à Dieu pour cela.

La photographie est un métier et d’autres parlent souvent d’art. En quoi cela consiste concrètement ?

La photographie est plus qu’un métier. C’est un art parce qu’à travers elle, on peut décrire l’émotion que les gens ressentent. A travers la photographie, on peut raconter l’histoire, on peut construire quelque chose avec elle. Elle n’est pas qu’un métier, mais elle est aussi un art.

Vous photographiez des stars, de grandes personnalités. Quels sont les clichés qui vous rendent fier aujourd’hui ?

Je suis fier de pas mal de photos que j’ai prise. Lorsque j’ai été invité au Festival des musiques urbaines d’Anoumanbo (FEMUA), j’ai eu la chance de suivre la Première de la Côte d’Ivoire que j’ai photographiée toute une journée. Ce sont des photos qui me rendent fier. Lorsque la Côte d’Ivoire a été qualifiée pour aller à la Coupe du monde, je suis allé au Félicia pour célébrer l’évènement. J’ai vu un joueur du nom de Didier Zokora, que j’ai voulu saluer. Mais j’ai été bastonné par les policiers pour cela. Quelques années plus tard, nous nous sommes rencontrés au Togo, et automatiquement, il est tombé amoureux de moi. Il a aimé mon style vestimentaire. J’ai eu à lui faire des photos et tout cela m’a fait comprendre certaines choses. J’ai gardé ces photos dans mon ordinateur et je me suis dit qu’il ne faut jamais désespérer dans la vie. En voulant juste le saluer, on m’a bastonné, mais aujourd’hui, il est devenu plus qu’un ami, on se parle tout le temps.  Je me dis que c’est la photographie qui m’a fait rencontrer ce monsieur.  Pour moi, je dois toujours valoriser ce métier et encourager les jeunes qui veulent entreprendre ce métier.

C’est ce métier qui a fait de vous ce que vous êtes aujourd’hui. Selon vous, quels sont les critères objectifs d’une bonne photo ?

Les critères objectifs d’une bonne photo, c’est la lumière dans sa combinaison. Aujourd’hui, quand tu embrasses le métier de la photographie, il faut réaliser des photos propres, bien claires. Alors que quand une photo est claire, elle dure peu longtemps et elle devient floue par après. Mais quand une photo respecte les couleurs, on peut la garder pendant longtemps et intacte. Le respect des couleurs dans la photographie reste pour moi, l’un des critères clés pour la réalisation d’une œuvre photographique de belle facture.

 Quels sont vos projets pour contribuer à la vulgarisation des œuvres photographiques au Burkina Faso ?

Des projets j’en ai pas mal ! Des personnes m’ont contacté dans la perspective que l’on organise des festivals de la photographie afin de valoriser ce métier au pays au Burkina. Mais comme je vous l’ai déjà dit, on ne peut pas entreprendre quelque chose de grand, si l’on n’a pas une bonne base dans son pays. Je me suis accordé cette fois-ci un séjour relativement long au Burkina en vue de poser ces bases avant d’entamer quoique ce soit. Par exemple, si tu veux organiser un festival, il faut que tu es une base-arrière en terme de partenariats. Tout se prépare minutieusement et je sais qu’on va y arriver.

Un aperçu de la maison que Le Cheikier de Paris a construit pour sa mère

Quels conseils avez-vous à prodiguer aux jeunes qui voudraient embrasser le métier de la photographie ?

Les conseils que j’ai à leur prodiguer, c’est qu’il ne faut pas vouloir exercer ce métier pour l’argent. Si tu veux être un photographe pour avoir de l’argent, au bout de 6 mois ou un an, tu vas abandonner le métier. Il te faut travailler dure et endurer la patience. En toute sincérité, c’est la passion qui a fait que j’ai duré dans ce métier. Au début je ne gagnais presque rien. Souvent, je payais mon transport pour l’aéroport de Paris où je faisais des photos des gens sans même gagner un Euro. Et je faisais cela presque tous les jours. Mais l’objectif visé était d’une part, me faire connaitre, et d’autre part, faire connaitre mon métier. Cela m’a coûté d’énormes sacrifices. J’ai même payé plusieurs fois des billets d’avion, pour me rendre en Côte d’Ivoire ou venir ici au Burkina juste pour faire connaitre mon métier, me faire connaitre aussi. Je dis cela parce que si tu veux exercer cette profession pour avoir de l’argent en un temps record tu n’iras pas loin. Il faut être à la fois bosseur et patient.

Combien de jeunes photographes connaissez-vous aujourd’hui au Burkina ?

Je connais HH photographie, je connais Wombi, Rolby et j’en oublie. Le Burkina a tellement de potentialités en matière de photographes.

Parlons de la maison que vous avez construite pour votre maman. Comment le déclic est-il arrivé ?

Ce qui m’a fait partir en Europe, c’était pour que ma mère ne manque de rien. Je m’étais mis cela à l’esprit avant de partir pour l’Europe. Je me suis dit que quoiqu’il arrivât, il fallait que ma mère mange à sa faim et dorme sous un toit tranquillement. Lorsque j’ai eu un d’argent, la première chose que j’ai faite, c’était de lui trouver un terrain. J’ai donc pu payer le terrain. Après, quand je gagnais un peu d’argent, je lui envoie pour acheter les agrégats pour la construction (sable, gravier, ciment, etc.). C’est comme ça que je suis parvenu, en six mois, à lui construire la maison dans laquelle elle habite. La question du loyer de ma mère est un poids dont j’ai pu m’en décharger. Une chose est sûre, elle ne paie plus de maison. S’il ne reste que la nourriture, on va se débrouiller pour qu’elle n’en manque aucunement. Le plus important pour moi était qu’elle puisse avoir un toit où reposer la tête.

Propos retranscrits par Colette DRABO

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