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RUEE DE PARTIS POLITIQUES VERS LA MAJORITE : « … il y a relativement le risque que le président Kaboré soit piqué par le virus du 3e mandat non pas… », Labidi Naba, président de Observateurs sans frontières

Labidi Naba est le président de Observateurs sans frontières (OSF), une Organisation de la société civile créée en 2013, qui entend contribuer qualitativement à la veille citoyenne et surtout s’ériger en une force de proposition citoyenne à l’endroit des gouvernants pour la construction d’une véritable démocratie au Burkina Faso en particulier, et partout dans le monde en général. Dans une interview accordée à actuburkina.net, le 25 janvier dernier, il se prononce sur l’actualité nationale entre autres  l’entrée de Zéphirin Diabré au gouvernement, la ruée de partis politiques vers la majorité présidentielle. Justement, sur la question, il estime qu’il y a « relativement le risque que le président Roch soit piqué par le virus du 3e mandat non pas par sa volonté mais par celle de prosélytes politiques nouveaux comme anciens qui l’entourent ». Mais pour empêcher que cela n’arrive, Observateurs sans frontières a sa petite idée. Lisez plutôt !

 

Présentez-nous votre structure, ses missions. Depuis quand existe-t-elle, quelles sont vos actions sur le terrain ? Et quels sont vos projets ?

Observateurs Sans Frontières (OSF) est une organisation de la société civile portée sur les fonts baptismaux en 2013. Elle se définit comme une organisation de sensibilisation et de conscientisation des masses fondamentales.  OSF œuvre à la promotion des droits socio-économiques, politiques, civiques et culturels des minorités et des personnes, sans distinction raciale, ethnique, linguistique, religieuse ou sexuelle. OSF entend contribuer qualitativement à la veille citoyenne et surtout s’ériger en une force de proposition citoyenne à l’endroit des gouvernants pour la construction d’une véritable démocratie au Burkina Faso en particulier, et partout dans le monde en général. Son siège est situé à Ouagadougou.

En termes d’activités réalisées, OSF, dès sa création, a mené des actions de conscientisation et de sensibilisation au profit des jeunes et femmes sur le sens de la démocratie, de l’alternance démocratique et le sens du vote responsable. En 2014, des activités de sensibilisation sur les referendums et la persuasion des populations aux votes anti-modification de l’article 37 de la Constitution ont été menées dans les villes de Ouagadougou, Bobo Dioulasso et Fada N’gourma. La même année, OSF a participé à toutes les activités organisées par le CFOP et les organisations de la société civile contre le référendum, la modification de l’article 37, l’instauration du Senat. En 2015, OSF a intégré la Coalition des Organisations de la société civile pour le suivi de la Transition et des élections (COSTE). Conformément à ses ambitions de démocratie véritable et de rejet de toute forme d’action anticonstitutionnel, OSF a participé vigoureusement à la résistance populaire contre le putsch de septembre 2015, etc.

Le projet à court termes est la sensibilisation des populations à une forte participation aux élections municipales d’avril-mai 2021 et l’observation de ces élections municipales. Les projets futurs sont des activités de sensibilisation des élèves et étudiants dans 200 lycées et collèges, dans 2 universités et 500 commerçantes et commerçants du Burkina Faso sur la citoyenneté et le civisme à travers le thème : ‘‘Contribuer à la consolidation de la démocratie dans un contexte d’insécurité’’. Il y a un autre projet également sur les mandats présidentiels.

En tant qu’observateur, comment appréciez-vous l’entrée de Zéphirin Diabré, ex-Chef de file de l’Opposition politique à la majorité présidentielle en tant que ministre d’Etat chargé de la réconciliation nationale et de la cohésion sociale ?

En tant qu’observateur il faut noter que l’entrée de Zéphirin Diabré, ex-Chef de file de l’opposition politique à la majorité présidentielle est une très bonne décision de sa part. Les positionnements de nos politiciens charismatiques sont forcément déterminés par la volonté du peuple qui est l’instance souveraine. Et au regard de la reconfiguration politique imposée par le choix du peuple burkinabè lors des dernières consultations électorales, la place réservée à Zéphirin Diabré qui perd le CFOP est d’aller inévitablement à la majorité présidentielle ou de mettre fin à sa carrière politique.

Au Burkina Faso, les idéologies politiques ne sont pas le vecteur que suivent les politiciens, sinon nous n’aurions pas eu cette pléthore de partis politiques. Si les liaisons de politiciens se faisaient conformément aux idéologies politiques, le CDP ne serait pas opposé au MPP puisque qu’ils sont tous de la social-démocratie. Donc, à ce niveau, c’est une malheureuse réalité de la vie politique de notre pays opérée par nos aînés.

Aussi la politique des strapontins va encore régir la politique au Burkina Faso si la population ne fait que critiquer, dans les radios et sur les réseaux sociaux, sans un engagement convaincu derrière leurs leaders politiques. En plus, ce sont les mêmes populations qui critiquent mais qui ne détiennent pas de cartes d’électeurs pour voter. Pour moi, critiquer c’est bien mais aller voter c’est encore mieux.

Pensez-vous qu’il est l’homme de la situation pour réconcilier les Burkinabè avec eux-mêmes ?

Bien qu’il faille attendre de voir le maçon au pied du mur, je pourrais dire d’ores et déjà que Zéphirin Diabré est bien l’homme adéquat pour réconcilier les Burkinabè avec eux-mêmes. Même si les politiciens esquivent la réalité de la réconciliation au Burkina, le citoyen lambda sait très bien qu’il s’agit d’une réconciliation politique où on peut y fourrer beaucoup de choses. Pour cela donc, il faut bien un homme politique pour conduire le processus de réconciliation. Et Zéphirin Diabré qui connait très bien l’environnement politique burkinabè pour avoir aussi été un acteur de première ligne pendant 10 ans, est bien l’homme indiqué pour la réalisation de cette mission. Aujourd’hui Zéphirin Diabré constitue l’équilibre entre l’ancien régime et le nouveau dont il vient de devenir membre. Avant l’insurrection populaire, il a combattu politiquement les thuriféraires du CDP et dans le CFOP, au premier mandat de Roch, il a prôné la réconciliation nationale avec ceux qu’il avait combattus hier. Donc, aujourd’hui, Zéphirin Diabré est l’homme idéal pour cette mission. Aussi, étant donné que la cohésion sociale entre Burkinabè est un volet pertinent du chapitre de la réconciliation, le profil de Zéphirin Diabré est bien choisi pour toucher aux facteurs de division entre Burkinabè comme les conflits fonciers, la stigmatisation et les délits de faciès.

On assiste ces derniers temps, à une ruée de partis politiques vers la majorité présidentielle. En tant qu’observateur, comment-appréciez-vous cela ? N’avez-vous pas des craintes par rapport à la démocratie dans notre pays ?

Effectivement depuis le double scrutin du 22 novembre dernier qui a porté le candidat Roch Kaboré à la Présidence du Faso, nous assistons à une ruée de partis politiques vers la majorité présidentielle. Cela s’explique par le fait qu’en réalité, le président Roch Kaboré fait l’unanimité au sein de la classe politique qui a dirigé le pays depuis près de 30 ans. Il faut observer que même dans les critiques virulentes de l’Opposition, les politiciens ont toujours eu un égard pour la personne de Roch, au point où il y a souvent confusion. Les partis de l’Opposition ont été souvent très sévères avec le gouvernement et, paradoxalement, tendres avec Roch Kaboré qui déroule la politique gouvernementale et qui nomme le Premier ministre. Ces derniers ont fini par nous sortir la rhétorique que Roch Kaboré est bon, mais c’est son entourage qui ne l’est pas.

Dans un tel contexte, les partis qui se ruent à la majorité présidentielle confirment leurs éléments en ce début de mandat. Ils n’entendent plus croupir dans l’opposition.  Aussi, certains partis politiques naissent juste pour se vendre au plus offrant. Je pense que cette ruée n’apportera pas tant un préjudice à la démocratie burkinabè qu’à la personnalité de ces leaders politiques coupables de retournement de veste. Mais cela ne va pas prospérer car le président Roch ne pourra même pas satisfaire tous les engagés du MPP, à fortiori les nouveaux venus.

Cependant il faut observer une différence des ruées avec le ralliement de Zéphirin Diabré. Le cas de Diabré est bien un appel au gouvernement par le président Roch, eu égard au rang ministériel qu’il lui a concédé et par voie de conséquence, il y est parti avec armes et bagages pour apporter sa contribution à la construction de la nation à un autre niveau d’engagement.

Nonobstant cette situation, il y a relativement le risque que le président Roch soit piqué par le virus du 3ème mandat non pas par sa volonté mais par celle de prosélytes politiques nouveaux comme anciens qui l’entourent, étant entendu que l’adoption d’une nouvelle Constitution est en instance. Mais OSF peut proposer  un remède contre cela.

Et quel est ce remède ?

La première solution pour empêcher que des prosélytes politiques ne poussent le président Roch Kabore à briguer un 3ème mandat est forcément d’inscrire, expressément dans le préambule de la nouvelle Constitution, une forclusion de fait du président Roch Kaboré qui a déjà exercé deux mandats présidentiels.

La seconde est de reverser tout simplement l’adoption de la nouvelle Constitution dans le mandat 2025-2030.

Quel est votre avis sur la reconduction Christophe Dabiré comme Premier ministre ?

A mon humble avis, Christophe Dabiré a été reconduit pour mener entre autres le gouvernement réconciliation dans un calendrier de 6 mois, promesse électorale du Président Roch Kaboré. Aussi, le maintien de Christophe Dabiré participe de la sauvegarde de débats scabreux sur le choix d’un autre Premier ministre entre les forces qui ont travaillé à l’élection du Président Roch (MPP, la majorité présidentielle et les mouvements de toutes sortes) et qui ont droit au chapitre.

Selon vous, le président du Faso a-t-il fait un bon casting avec cette nouvelle configuration de l’équipe gouvernementale Dabiré II ?

Oui. Je pense, à mon humble avis, que le président Kaboré a fait un bon casting avec cette nouvelle configuration. Désormais, nous nous retrouvons avec des leaders qui ont impulsé les mouvements citoyens qui ont abouti à l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014. J’ai nommé ici Zéphirin Diabré, Me Bénéwendé Stanislas Sankara et Roch Marc Christian Kaboré. C’est dire que si Arba Diallo (de regretté mémoire) ne nous avait pas quittés, il serait dans ce gouvernement.

Des voix s’élèvent de plus en plus pour appeler à la réconciliation nationale. Cependant de nombreux citoyens craignent qu’elle ne soit la consécration de l’impunité. Pour vous, quelle serait la voie indiquée pour parvenir à cette réconciliation dans laquelle se reconnaitront tous les Burkinabè ?

La réconciliation nationale qui garantirait à nos enfants la paix et l’Etat Nation est celle qui va dans le sens strict du triptyque VERITE – JUSTICE – RECONCILIATION. Toute autre parade (comme la journée du pardon en 2001) va absolument dilapider les moyens du peuple et va nous conduire inéluctablement à une fissure sociale jamais enregistrée au Burkina Faso. Si nous faisons de la réconciliation un tremplin de légalisation morale de l’impunité, nous provoquerions ce que nous redoutions. Il est à observer que dans le cas du Burkina, il ne s’agit pas de groupes ethniques qui s’entretuent ou de populations de deux ou plusieurs régions qui s’affrontent à mort ou encore moins de militants de partis politiques qui se livrent une guerre fratricide.

Cependant, il faut accepter qu’il y a des personnalités non des moindres qui ont fui lors de l’insurrection et qui ont peur de revenir au Burkina ou du moins qui souhaiteraient y revenir sur la garantie d’un blanc-seing populaire.

Il y a le terrorisme qui est apparu au Burkina juste après l’insurrection populaire, massacrant les populations de la manière la plus inhumaine et la plus inimaginable. Cela a laissé la porte ouverte à d’autres fléaux sociaux et a conduit nombreux de nos concitoyens à l’exil, à l’intérieur de leur propre pays. Il y a aussi toutes ces personnes dont les ambitions et les aspirations d’une gouvernance vertueuse et d’une justice diligente sur des questions foncières, morales (personnes accusées de sorcellerie massacrées ou chassées), financières et de tout ordre dont le HCRUN a la charge de plus de 5065 dossiers.

En sus, il y a les dossiers dits emblématiques tels que le système universitaire (LMD), les inégalités sociales, les inégalités au sein de la Fonction publique, la décentralisation et la déconcentration et c’est non exhaustif.

Comprenez donc qu’il s’agit bien d’une refonte de notre organisation sociale et de notre Etat. D’une part, il y a les questions de justice et d’autre part les questions organisationnelles qui engendrent des injustices.

Quant aux questions de justice, un bon appareil judiciaire doté de moyens conséquents et de personnels dignes et intègres est capable de les vider régulièrement et convenablement. C’est pourquoi je propose la mise en place d’une juridiction spéciale à qui on chargerait de traiter conformément à nos lois, toutes ces questions. Après cela, les préjudices portés à l’Etat peuvent être consensuellement pardonnés. Tandis que nous devrions donner la latitude aux victimes physiques de pardonner leurs bourreaux ou de laisser les condamnations prévaloir. Le pardon et la réconciliation postulent d’une justice bien administrée.

S’agissant des questions organisationnelles, nous devons travailler à bâtir une nation fondée sur l’expérience d’une réconciliation véritable afin de dissiper toute possibilité de résurgence des causes par : une réorientation de nos paradigmes et valeurs à l’aide d’une Constitution endogène qui consacre les fondements de la dignité de l’intégrité, du travail dont nous nous prévalons, une justice indépendante, performante et diligente, des lois adaptées à nos réalités et conformes à la volonté du peuple, la culture du respect scrupuleux des lois adoptées.

Votre commentaire sur la démission du SG de la CGT-B, Bassolma Bazié, de la Fonction publique.

Bassolma Bazié qu’on le veuille ou non est une figure emblématique de la lutte syndicale au Burkina Faso. Il est une mémoire du syndicalisme et un exégète des textes liés au Code du travail aussi bien nationaux que les conventions internationales. C’est un fils du Burkina avec lequel il faut compter pour la construction d’une gouvernance vertueuse et de la réconciliation. C’est sans nul doute pour ces raisons que sa démission de la Fonction publique fait autant de buzz. A l’écouter, il part de la Fonction publique (mais pas de la CGTB) pour préserver sa dignité et éviter de s’exposer à des chantages malveillants. Ce qui lui permettra désormais de se consacrer à la lutte syndicale avec fidélité et sacerdoce. Je respecte vaillamment de tels principes.

Propos recueillis par Kiswendsida Fidèle KONSIAMBO

 

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