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REVENDICATIONS SOCIALES : « l’Opposition politique, au pouvoir, sera-t-elle à même de les prévenir et les empêcher ? », s’interroge Louis Armand Ouali

Louis Arnaud Ouali, l’auteur du point de vue ci-dessous,  estime que la formation d’un gouvernement d’union nationale n’est pas opportune, parce que, s’interroge-t-il : « l’opposition politique, au pouvoir, sera-t-elle à même de prévenir et d’empêcher les revendications sociales des travailleurs, alors que certaines d’entre elles sont légitimes ? ».

« Le Burkina Faso est-il en crise ? La question peut paraître incongrue, saugrenue même. Mais, elle mérite d’être posée, au regard de la situation politique nationale.

Janvier 2016 : première attaque terroriste au cœur de la capitale du pays des Hommes intègres, de surcroît sur la plus belle avenue du pays. Août 2017 : seconde attaque sur la même avenue emblématique qui porte le nom du célèbre panafricaniste, Docteur Kwame N’Krumah, encore appelé Osagyefo.

Les commentaires vont bon train. La tonalité, dans l’ensemble, est bonne. Dans un article publié en janvier 2016 (cf. le quotidien « Notre Temps », numéro 497 du jeudi 21 janvier 2016, page 9), je suppliais les Burkinabè, les leaders politiques surtout, de mettre les intérêts de la patrie au-dessus des considérations partisanes. Après la tragédie du dimanche noir d’août 2017, je suis réconforté de constater que mon appel a été entendu. J’en ai parlé longuement dans un précédent article.

Cependant, il est bon de se demander si notre pays est en crise. En effet, quel contenu donner aux appels à la formation d’un gouvernement d’union nationale, gouvernement de large (petite, moyenne) ouverture ? Les auteurs de ces propositions sont mieux indiqués pour répondre à cette question.

Quelle est la situation politique et sociale au Burkina Faso depuis les élections couplées (présidentielle et législatives) du dimanche 29 novembre 2015 ? Il faut tout d’abord souligner l’exploit réalisé par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui a tenu sa parole en publiant les résultats à J+1 (30 novembre) comme elle en avait pris l’engagement. La CENI de l’époque mérite tout notre respect parce qu’à quelques données près, le juge constitutionnel a proclamé les mêmes résultats. La classe politique dans son ensemble et tous les candidats ont accepté les résultats, car il n’y a pratiquement pas eu de recours. Il faut, très particulièrement, saluer et magnifier le le positionnement républicain de tous les candidats à l’élection présidentielle de novembre 2015, qui ont non seulement reconnu leur défaite, mais ont félicité le Président élu, Roch Marc Christian Kaboré, avant même la fin des opérations de dépouillement. Leur comportement républicain honore la mémoire des martyrs de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 et du coup d’Etat des 16 et 17 septembre 2015.

L’investiture du nouveau Président élu, le deuxième civil au terme d’un glacis politique anti-démocratique de près… de cinquante (50) longues années, s’est déroulée le 29 décembre 2015. Le Premier ministre, nommé le 6 janvier 2016, a constitué son premier gouvernement le mercredi 13 janvier 2016.

Le vendredi 15 janvier 2016, avant même l’installation officielle des ministres à la tête de leur département et, évidemment, avant l’investiture républicaine du Premier ministre par l’Assemblée nationale, l’hydre terroriste a tué des dizaines de Burkinabè et d’amis du « pays des Hommes intègres ». Endeuillé, meurtri mais debout et plus fort que jamais, le peuple burkinabè a fait face à son destin.

A peine le peuple a-t-il séché ses larmes que les revendications sociales tous azimuts, principalement les grèves syndicales, ont fait perdre au pays des milliers d’heures de travail sur l’année 2016 et le premier semestre 2017.

C’est dans ce contexte politique, mais surtout social que certains observateurs et analystes ont émis l’idée de gouvernement d’union nationale. De là découle la question : le pays est-il en crise ? Quels sont les problèmes politiques et sociaux majeurs que le président Kaboré, le Premier ministre Thiéba et son gouvernement n’ont pas été en mesure de résoudre ? Quelles fautes lourdes ont-ils commises ? Quelles insuffisances graves y a-t-il ? Quelle crise majeure impose que le président élu fasse appel à l’Opposition républicaine à la tête de son gouvernement et/ou dans son gouvernement pour y faire face ?

Autrement dit encore : les candidats à l’élection présidentielle, battus démocratiquement dans les urnes, pouvaient-ils mieux faire que le président élu ? Quel démiurge politique, quel Homme providentiel est en mesure d’identifier les terroristes criminels, de discuter avec eux et de les convaincre d’épargner le Burkina Faso dans leur croisade sanguinaire insensée ? L’Opposition politique, au pouvoir, sera-t-elle à même de prévenir et d’empêcher les revendications sociales des travailleurs, alors que certaines d’entre elles sont légitimes ? Bref, tant et tant de questions que je me pose, sans jusque-là trouver les réponses adéquates pour envisager l’hypothèse de sortie de crise (laquelle d’ailleurs ?) que certains proposent.

A toutes fins utiles, il n’y a pas de gouvernement d’union nationale dans des pays frappés, doublement, par les attentats et attaques terroristes et par les multiples grèves syndicales républicaines. Exemple de pays africains : Nigeria, Mali, Tchad…En Europe : France, Espagne, etc.

Qu’on se comprenne bien : je suis un partisan résolu de la réconciliation nationale sur la base de la vérité, de la justice et du pardon. Très humblement, j’affirme que le plus tôt possible serait salutaire pour notre pays.

Je suis favorable à l’élargissement de la majorité présidentielle, au terme de négociations, de concertations franches et sincères pour rassembler la totalité des partis politiques du Chef de file de l’Opposition politique (CFOP) des insurgés. Au lendemain de l’élection présidentielle de novembre 2015, plusieurs partis politiques du CFOP des insurgés ont, favorablement, répondu à l’appel au rassemblement lancé par le président nouvellement élu, en négociant et en signant une plateforme républicaine (pour certains) pour gouverner ensemble (PAREN, PDS/METBA, RDS, UNIR-PS entre autres).

Je suggère aux partis politiques du CFOP des insurgés qui sont dans le CFOP actuel de saisir la main tendue par le président Kaboré, dès le 30 novembre 2015, à tous les partis politiques du CFOP d’alors. Il s’agit de faits et « les faits sont têtus », n’est-ce pas ? Il ne sert à rien de chercher à falsifier et/ou à réécrire l’HISTOIRE. On est toujours rattrapé par les faits.

Il est malsain de chercher à ruser avec les faits. Le Burkina Faso est une savane et tout se sait. Les missi dominici nocturnes ici au Burkina Faso et ailleurs dans le monde, qui intercèdent en faveur d’« opposants » qui veulent que le Président du Faso les appelle à la tête et/ou dans son gouvernement, rendraient un grand service au pays en conseillant à leurs poulains pseudo opposants de demander, «courageusement» et surtout honnêtement au Chef de l’Etat de ‘‘voir leur cas’’, en leur confiant des responsabilités.

Attendre que le pays entre en crise et/ou soit à feu et à sang pour que le Président du Faso soit obligé/contraint de laver leur honte en les appelant au gouvernement, comme les…sauveurs… est criminel. Le vrai patriote sait s’élever au niveau de l’Histoire (avec grand H).

Malheur à celui, celle, à ceux et celles qui fait (font) une lecture erronée du sens de… l’histoire.

Au terme du processus de la réconciliation nationale, le Président du Faso pourrait même faire appel, dans son gouvernement, à des fils et filles du Burkina Faso, qui se sont trompés en octobre 2014 en soutenant la révision de la clause limitative des mandats présidentiels (article 37 de la Constitution) et la création du Sénat et qui auront reconnu et avoué leur erreur, leur faute aux lourdes conséquences : plusieurs dizaines de morts.

L’intellectuel a la mission sacrée d’éclairer l’opinion. A moins de souhaiter le malheur à son pays, la majorité doit gouverner jusqu’au terme de la mandature et l’opposition s’opposer. Vouloir être de la majorité et de l’opposition en même temps, est contraire aux normes démocratiques.

Je m’incline respectueusement devant la mémoire du Président de l’Assemblée nationale, le Docteur Salifou Diallo. De son vivant, j’ai salué sa vision et son courage politiques (cf. mon article intitulé « non à la démocratie du silence », publié dans « Le Pays » numéro 5040 du lundi 30 janvier 2012, page 9 et 10). Que la terre libre du Burkina Faso lui soit légère.

A lutta continua. Patria o muerte venceemos ».

Louis Armand Mihyèmba OUALI

 

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