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PROCES THOMAS SANKARA : « sur le plan politique, le 15 octobre a été planifié, mais improvisé au plan militaire », selon Ousséni Compaoré, commandant de la gendarmerie

A succédé à la barre ce 24 novembre 2021 au tribunal militaire de Ouagadougou, Victor Zongo dit Naaba Sida, l’ex de ministre de la sécurité, Ousséni Compaoré, commandant de la gendarmerie au moment des faits.

Naaba Sida qui comparaissait pour son 2e jour était à la barre ce 24 novembre pour répondre aux questions des avocats de la partie civile et celles de la défense. Si au fond le Naaba Sida n’a pas dit plus sur les missions qui leurs ont été assignées au niveau du service de la table d’écoute, il a néanmoins précisé que l’essentiel pour eux était de dresser le rapport et de le transmettre par voie hiérarchique.

A l’issue de Victor Zongo, c’était au tour de l’ex ministre de la sécurité et ex commandant de la gendarmerie Ousséni Compaoré de se présenter à la barre. Après sa déposition, l’ex patron de la gendarmerie au moment des faits a laissé entendre que le 15 octobre, au moment même où on entendait les coups de feu au Conseil de l’Entente, des militaires de la garde rapprochée de Blaise Compaoré se dirigeaient vers son domicile pour l’éliminer. « Je les ai croisés. Heureusement que j’étais dans un véhicule banalisé à savoir celui de ma femme. Ils ne m’ont pas reconnu. Ils sont arrivés et ils ont désarmés les éléments qui assuraient la garde à mon domicile. Ils s’en sont pris à ma famille. Et c’est comme ça que je me suis retrouvé à Ouahigouya. Sur ordre, j’ai été par la suite arrêté par les éléments de la 3e région de gendarmerie commandée par Kodjo Lougué celui-là même qui assurait l’intérim après l’assassinat de Laye Guiré. J’ai été escorté jusqu’à Ouagadougou où j’ai été incarcéré pendant 8 mois avant d’être libéré », a-t-il indiqué.

Sur la question du parquet militaire à savoir, qui l’a arrêté et pourquoi il a été arrêté, le témoin répond : « je ne connais pas nommément ceux qui m’ont arrêté, mais néanmoins, je pense que ceux qui ont donné l’ordre, estimaient que j’étais proche de Sankara et j’étais capable de réagir ». C’est pourquoi, a-t-il poursuivi, « je pense que sur le plan politique, le coup d’Etat du 15 octobre a été planifié mais  improvisé au plan militaire. Si tout le moment était contre le coup d’Etat, Blaise Compaoré n’allait pas le faire. S’il l’avait fait sans l’aval de la classe politique, avec qui allait-il gouverné ? Il y avait des pyromanes donc qui mettaient des produits inflammables sur le feu ». « Il y avait des gens qui étaient identifiés, en amont, et qu’il fallait éliminer et Michel Kouama en était un », a-t-il soutenu. « C’est douloureux de rappeler ce gâchis, mais comme il faut passer par là…», a-t-il lâché.

Les avocats de la partie civile à savoir Me Jean Patrice Yaméogo, Me Lallogo, Me Farama, Me Guy Hervé Kam et autres, se sont particulièrement appesantis sur la déposition du témoin devant le juge d’instruction. Pour eux, Ousséni Compaoré aurait fait comprendre au juge d’instruction de l’ingérence de pays voisins, notamment la Côte d’Ivoire et le Togo ainsi que le France dans le coup d’Etat.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur le niveau d’implication de ces pays, vous qui étiez celui à qui le renseignement était régulièrement transmis par un rapport ?

« Je pense que j’ai suffisamment expliqué cela dans ma déposition », a-t-il indiqué. A l’époque, a-t-il relaté, nous avions des informations claires et sans équivoques que le président Félix Houphoët Boigny aurait clairement dit à Jean Claude Koubouélé qui résidait sur le territoire ivoirien et qui était farouchement opposé au pouvoir du CNR, de laisser tomber son projet et qu’il aurait trouvé quelqu’un d’autre en la personne de Blaise Compaoré pour le faire. Toujours selon son témoignage, un élément du CNEC aurait été aperçu au Togo avec sa dotation peu après les évènements. Qu’est-ce qu’il cherchait en territoire togolais, s’est-il interrogé ? Pour lui, c’est clair qu’il s’agissait d’un émissaire envoyé auprès du président Yansimbé Eyadéma. La suite, le président Eyadéma, lors d’une de ses visites à Ouagadougou aurait laissé entendre que les coups d’Etat font partie de la vie politique d’un pays. Selon le témoin Ousséni Compaoré, le même « délinquant » aurait été aperçu devant une banque de la place avec François Compaoré, le frère cadet de Blaise Compaoré. Des faits qui confirment clairement qu’il y avait des implications extérieures dans le coup d’Etat du 15 octobre 1987.

L’audience se poursuit le 25 octobre 2021 au Tribunal militaire de Ouagadougou avec d’autres témoins notamment, Bernard Sanou, Isaïe Dominique Konaté, Philippe Ouédraogo, Ernest Nongama Ouédraogo, Abdoul Salam Kaboré et Mousbila Sankara.

 Didèdoua Franck ZINGUE

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