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PROCES THOMAS SANKARA : « les infractions retenues contre Gilbert Diendéré sont suffisamment constituées et ne souffrent d’aucun débat », Me Séraphin Somé

Le premier à se prêter à l’exercice devant le Tribunal militaire ce 3 février 2022 pour la suite des plaidoiries débuté le 2 février dernier, Me Désiré Sebgo. Il est revenu sur l’infraction de la subornation de témoins impliquant le général Gilbert Diendéré et son chauffeur, Tondé Ninda Pascal alias « Mããng Naaba ». Sur cette infraction, Me Sebgo a démontré que les éléments montrent clairement que le Gal Diendéré et son chauffeur sont coupables et cette culpabilité ne souffre d’aucun débat. Il plaide que le Tribunal applique le droit conformément au Code pénal.

Ensuite, c’est autour de Me Séraphin Somé de prendre la parole pour démontrer les éléments constitutifs d’infraction d’assassinat, de complicité d’assassinat et d’attentat à la sureté de l’Etat et de recel de cadavres retenues contre le Gal Diendéré. Le Conseil des parents des victimes a rappelé les conditions dans lesquelles le président Sankara et les douze autres ont été ensevelis en présentant au Tribunal un double décimètre de 30 centimètres de long. « Monsieur le président chers membres de la chambre, vous imaginez que des humains soient mis sous terre dont la profondeur, pour les plus malchanceux, ne dépassant ce double décimètre. Une inhumation à la sauvette sans leurs familles », a-t-il soutenu.

Pour Me Somé, l’accusé Diendéré Gilbert ne peut pas se dédouaner dans cette affaire de recel de cadavres retenue contre lui. Cette inhumation en cachette des 13 suppliciés est suffisante pour établir sa culpabilité même si le lieutenant Diendéré au moment des faits, affirme que c’est le patron de l’Armée en son temps, le commandant Jean-Baptiste Boukari Lengani qui a ordonné au régisseur de la Maison d’arrêt et de correction (MACO), Karim Tapsoba, de procéder à l’enlèvement et à l’inhumation des cadavres. « C’est suffisamment clair, Gilbert Diendéré a donné des instructions à Karim Tapsoba. Et en bon militaire, après avoir exécuté la mission M. Tapsoba lui a rendu compte avec document à l’appui. Lequel document figurait les noms des 13 personnes tuées ». Et l’accusé lui-même l’a signifié ici devant votre barre. Il a insisté sur le fait que le Tribunal devrait, au moment de délibérer, prendre compte, la banalisation de la vie humaine dont a fait preuve l’accusé dans cette affaire. Pour Me Somé, il est clair, l’infraction de recel de cadavres qui pèse sur le Gal Diendéré est suffisamment constituée.

Me Ferdinand Nzepa a, pour sa part, plaidé contre l’accusé Yamba Elysée Ilboudo qui est « un personnage clé du dossier même si d’aucuns de ses co-accusés le qualifient de fou ». Pour Me Nzepa, au passage des accusés devant la barre, c’est le « fou » qui a livré « les informations capitales » qui ont permis au tribunal et « nous de la partie civile » de retracer le fil des évènements. A l’en croire, les déclarations de Elysée Ilboudo sont crédibles. Peut-être qu’il avait soif de dire la vérité pour se libérer, peut-être qu’il regrette d’avoir fait partie de ceux qui ont commis cet acte ignoble. En tout cas, « j’ai trouvé que le prévenu a adopté une bonne attitude et sincère » devant le juge d’instruction et ici la barre devant la Chambre », a-t-il indiqué. Cependant, même s’il a reconnu l’apport inestimable qui soutient beaucoup la crédibilité même du dossier de 20.000 pages, il a aussi démontré la culpabilité de l’accusé en tant que complice d’attentat à la sureté de l’Etat dans cette affaire. « Elysée Ilboudo était bel et bien au courant que la tête de Thomas Sankara était mis à prix », a-t-il soutenu. Il demande néanmoins au Tribunal de tenir de compte de la bonne fois de cet accusé au moment de délibérer.

Après Me Nzepa, c’était au tour de Me Jean Patrice Yaméogo de démontrer la culpabilité des accusés Nabonswendé Ouédraogo et Bossobè Traoré en s’appuyant sur des éléments factuels du dossier. Après avoir passé en revue les éléments factuels sur la culpabilité de Nabonswendé Ouédraogo, il s’est appesanti sur culpabilité de l’accusé Bossobè Traoré. A la force des éléments à charge des mis en cause, Me Yaméogo a indiqué que les infractions retenues contre ces derniers ne souffrent d’aucun doute. Pour lui, « la constance, l’exactitude et la concordance des témoignages » des membres de la garde de Thomas Sankara et de dame Kantionga Nahoura Thérèse en dit long. « Traoré Bossobè a participé aux réunions préparatoires du coup d’Etat du 15 octobre 1987 et il est bel et bien la taupe qui a donné l’alerte au commando », a martelé Me Yaméogo.

Quant à Me Lallogo, il a, à son tour, démontré la culpabilité de Ouédraogo Tibo, Bélemlilga Sidi et de Démé Djakalia de l’équipe qui a quitté Pô pour rallier Tenkodogo puis ensuite le Conseil de l’entente. Pour Me Lallogo, c’est une partie de cette équipe qui était chargée d’assassiner le président Sankara le 2 octobre à Tenkodogo à l’occasion de la commémoration du Discours d’orientation politique (DOP). Et c’est cette même équipe qui a neutralisé la FIMATS, juste 45 mn après les évènements au Conseil de l’entente. « Que ces mêmes personnes viennent dirent devant votre barre qu’elles n’étaient pas au courant d’un coup d’Etat, monsieur le président, je pense que c’est une dénégation », s’insurge Me Lallogo. De son avis, ces trois accusés ont, depuis l’instruction du dossier, passé leur temps à dire des incohérences. Des dénies de vérité qui amènent Me Lallogo à attirer l’attention du Tribunal. « Je demande que le droit soit dit dans toute sa rigueur », a-t-il conclu.

Didèdoua Franck ZINGUE

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