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PROCÈS THOMAS SANKARA : « Je regrette, si c’était à refaire, je n’exécuterai plus les ordres de Diendéré, même si cela pouvait me coûter la vie », dixit le témoin Abdrahamane Zétiyenga

Le procès Thomas Sankara s’est  poursuit au Tribunal militaire de Ouagadougou ce 9 décembre 2021 avec le témoin Abdrahamane Zétiyenga, adjudant au moment des faits et N°2 du lieutenant Gilbert Diendéré.

Après sa déposition le 8 décembre dernier, le témoin est confronté au Gal Diendéré et son chauffeur Ninda Tondé dit Manag-Naaba. En effet, le président du tribunal du Tribunal militaire a voulu comprendre pourquoi le Gal Diendéré lui a donné des instructions d’occuper le poste « Léopard », côté Nord du Conseil et de ne laisser entrer personne après le passage du cortège du président Sankara ?

« Certainement pour mettre son plan en exécution », répond le témoin. « Vous dites être resté jusqu’au petit matin ? » Questionne le président du tribunal,  Urbain Méda. « Affirmatif », répond M. Zétiyenga. « A quel moment avez-vous appris la mort du président Sankara et ses compagnons ? » « C’est après que Somda K. Eugène est venu dans la soirée. Je lui avais d’abord refusé l’accès puis je le lui permets tout en le faisant escorter. C’est le soldat en question qui l’a accompagné qui est revenu à pas pressants. J’ai tenté de lui arracher quelques informations, mais en vain. C’est peu après que Eugène est venu le regard presque vide. Et il m’a dit que le président Sankara et ses compagnons ont été tués. J’étais abattu. Je n’étais plus moi-même parce que ce n’était pas ce que Diendéré nous a expliqués. Il nous a dit qu’il voulait arrêter le président Sankara. Vous étiez donc consentant pour  son arrestation ? » Demande Urbain Méda. «  Oui ! Mais en souvenance de ce qui s’était passé le 17 mai 1983, je savais qu’il sera arrêté mais libéré sous la pression populaire. Mais je ne savais pas qu’il en serait ainsi. Je regrette, si c’était  à refaire, je n’exécuterai pas les ordres de Diendéré même si cela me coûterait la vie », adéclaré Zéyitenga.  « Après les évènements, pourquoi n’êtes-vous plus reparti vers Diendéré pour lui demander de ce qui s’est passé ? » « Pour moi, Diendéré nous a trahis et il n’était  pas question que je reparte vers lui. Dès lors qu’il   nous avait confié une mission, et je sais que le Gal Gilbert Diendéré a fait une école militaire, c’était à lui de revenir nous dire que la mission à mal tournée. S’il  n’est plus revenu nous rendre compte, j’estime qu’il nous a trahis ».

Après cet épisode, le président du tribunal militaire a invité le Gal Gilbert Diendéré et  son chauffeur, Ninda Tondé dit Pascal Mang-Naaba pour la confrontation avec le témoin.

« Lorsque vous êtes passés devant cette barre, vous avez dit que M. Zétiyenga était votre ami intime. Lui, il dit que vous n’êtes pas son ami. Finalement je retiens quoi ? »

« En tout cas, c’est mon ami et c’est pourquoi je suis allé chez lui pour lui dire que Somda K. Eugène disait des choses qui ne sont pas bonnes sur lui devant le juge d’instruction », a, indiqué Ninda Tondé

Vous reconnaissez avoir été chez lui ? « Oui ! ». Vous l’avez appelé ?. « Non ! Je ne l’ai pas trouvé. C’est son petit que j’ai trouvé et il m’a dit qu’il était au village et qu’il se peut qu’il revienne le même soir. Il a pris mon numéro et je lui ai dit que dès qu’il sera de retour, de me faire signe.

« Mais finalement qui vous a appelé ? C’est Zétiyenga ou bien c’est son petit frère ? », demande le président Méda.

Tantôt Ninda dit Manag-Naaba dit que c’est  Zétiyenga lui-même, tantôt, c’est son petit frère. Des déclarations qui ont visiblement remonté le président du Tribunal militaire. « Quand vous parlez, il faut savoir qu’il y a des gens qui vous écoutent. Nous ne sommes pas des gamins de CP2 », a-t-il prévenu.

« Vous dites que Zétiyenga est votre ami intime. Est-ce que vous avez son numéro de téléphone ? « Interroge Urbain Méda. « Non ! » Répond Ninda Tondé

Et puis c’est votre ami intime ? N’il y a-t-il pas  quelque chose qui ne va pas ? Votre ami et vous faites un an sans le voir, vous n’avez pas son contact, vous ne vous fréquentez pas. Mais c’est votre ami intime quand  même, relève Urbain Méda.

Lorsque M. Zétiyenga est arrivé et son petit frère vous a appelé, qu’est-ce que vous lui avez dit ?

« Je lui ai dit que c’est parce qu’il est mon ami que j’étais venu lui parler de ce que Eugène k. Somda disait de lui. Mais je ne lui ai pas dit que c’est le Gal Diendéré qui m’a envoyé, insiste Ninda Tondé dit Pascal le Mang-Naaba. « Mais au moins lorsque vous avez rencontré le Gal Diendéré à la MACA, il vous a parlé de l’interrogation de Eugène, demande le président du Tribunal militaire. « Oui ! Mais il ne m’a pas envoyé »,  persiste-t-il. Puisqu’au début,  vous avez tout nié. Il a fallu que M. Zétiyenga vous fasse écouter l’audio qu’il a enregistrée avant que vous ne reconnaissiez  les faits mais tout en restant ferme que c’est de votre propre initiative. A votre âge-là, qu’est-ce que cela vous fait ? (Silence de l’accusé Ninda Tondé dit Pascal).

Sur la question de la réunion qu’a convoquée le Gal Diendéré pour donner les instructions aux motifs qu’il aurait reçu une information de catégorie faisant état d’un complot à 20h, l’accusé Diendéré rejette en bloc les déclarations du témoin Abdrahamane Zétiyenga.

« La réunion du 15 octobre était une réunion ordinaire. Mais je reconnais que M. Zétiyenga m’a fait la proposition selon laquelle que cette réunion prenne en compte les éléments de la sécurité de la garde rapprochée de Blaise et de Sankara », a-t-il déclaré. A l’en croire, il n’a jamais donné d’instructions à qui que ce soit. « Cela est totalement faux. Les officiers connaissaient déjà ce qu’il faut faire en pareille circonstance. Donc je n’avais pas d’instruction à donner à quelqu’un. Je ne sais même pas ce que veut dire un message de catégorie A. Ce dont j’ai connaissance, on parle de source A et là généralement, c’est suivi d’un chiffre pour préciser », insiste Diendéré.

« M. Zétiyenga, le Gal Diendéré dit qu’il ne vous a pas donné d’ instructions visant à occuper un poste encore moins interdire tout autre entrée après le cortège du président Sankara. Quel commentaire faites-vous ? », demande le président du tribunal. « Cela me surprend », a lancé M. Zétiyenga ajoutant : « Est-ce moi qui me suis levé pour  aller occuper le poste ? »

Totalement surpris les déclarations de Gilbert Diendéré, M. Zétiyenga a, durant l’interrogatoire du Parquet, passé tout son temps à contempler son ex N°1. Lorsque le Parquet militaire lui a donné la parole, le témoin a laissé entendre qu’il est tout de même déçu de Gilbert Diendéré qui a un certain niveau de connaissance et une certaine personnalité et qui ne se rappelle plus des faits marquants du 15 octobre.

Gal Diendéré, lors de cette réunion, dites-nous, en dehors des propositions des autres, qu’est-ce que vous avez fait comme propositions ? Question du Parquet. « Moi je ne pouvais pas à moi seul prendre des décisions ou de dire ce qu’il fallait faire. J’avais des supérieurs notamment Lingani et Henri Zongo », a-t-il lancé. « Vous n’êtes pas en train de justifier le coup d’Etat par exemple ? » « Non ! Loin de là. Je suis en train d’expliquer ce que je sais.  Monsieur le président, lorsque M. Zétiyenga dit qu’il y a eu une seconde réunion, mais il ne cite pas de nom,  avec qui cette réunion a eu lieu. Vous pensez que c’est possible ? Moi j’ai les noms des officiers qui travaillaient au Conseil et au moment venu, je vais les citer », conclu le Gal.

Le procès reprendra le lundi 13 décembre prochain au tribunal militaire de Ouagadougou avec d’autres témoins tels Traoré Yacouba, Sanou Blaise, Bicaba Dénis, Nana Ambroise, etc.

Didèdoua Franck ZINGUE

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