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Lutte contre le terrorisme: Les « Justes » appellent à une  solidarité internationale en faveur du Burkina Faso

Ceci est un appel des « Juste », à une solidarité internationale en faveur du Burkina Faso en lutte contre le terrorisme depuis 2016.

Depuis que le Burkina Faso a subi sa première attaque dans la soirée du 15 janvier 2016, la situation sécuritaire n’a cessé de se dégrader. 8 ans après, l’insécurité s’est étendue pratiquement à l’ensemble du pays. Les populations rurales sont devenues les cibles des Groupes Armés. Chassées de leurs terroirs, incapables de mener des activités champêtres et génératrices de revenus, elles sont devenues redevables de l’aide humanitaire. Aujourd’hui, tous les secteurs socioéconomiques du pays sont affectés par la crise sécuritaire.

Les Justes appellent à un Élan de solidarité internationale en faveur du Burkina Faso, qui, même s’il est classé par le NRC (Norwegian Refugee Council), organisation humanitaire indépendante comme « la crise la plus négligée au monde », n’en doit pas moins montrer patte blanche pour appuyer sa demande. En voici les réalités et les chiffres en proposition.

I. ETAT DES LIEUX DE LA SITUATION SECURITAIRE ET ALIMENTAIRE

A. La situation sécuritaire générale
Notre pays, le Burkina Faso, est aujourd’hui entre les feux des milices issues d’Al-Qaïda, de l’État islamique et de Boko Haram. Selon les chiffres de l’Armed Conflict Location & Event Data Project, une ONG de surveillance de la violence, entre 2017 et 2022, ces milices ont tué 21 138 personnes dans le Sahel, la plupart au Burkina Faso, au Mali et au Niger. L’année dernière, elles ont mené 1470 attaques au Burkina Faso, faisant au moins 3 600 morts selon toujours l’ONG de surveillance de la violence.

Cette situation a entraîné le déplacement d’un peu plus de 2 millions de personnes à la fin avril, parmi lesquelles certaines sont retournées dans leurs localités. Ces exilés, connus sous le nom de personnes déplacées internes (P.D.I.), fuient la violence des affrontements, par crainte pour leur vie mais aussi parce qu’elles n’ont plus accès dans leurs villages d’origine aux services de base, tels que l’éducation ou la santé. En effet, des centres de santé, des écoles, des récoltes sont permanemment brûlés, saccagés par les groupes armés ; sous leur pression, les agents ont également abandonné les services publics locaux.

Ces PDI sont prises en charge progressivement, du mieux que l’on puisse, par le Gouvernement et ses partenaires, mais aussi, il faut le souligner, avec l’appui des populations des localités d’accueil. Lors de son Discours sur la Situation de la Nation prononcé le 30 mai 2023, le Premier Ministre Kyelem de Tambella a affirmé que grâce aux efforts consentis, plus de 20 457 ménages, comprenant plus de 125 227 personnes sont retournés dans leurs localités d’origine à la date du 23 mai 2023, selon un décompte non exhaustif. Au-delà des polémiques liées à ces révélations, retenons que tant que le fait générateur de l’errance des populations subsistera, le nombre de PDI ne pourra que s’accroitre, et c’est la quête de solution à cette douloureuse errance qui est au centre de notre requête.

B. Etat des lieux de la situation alimentaire et nutritionnelle du pays 

La situation alimentaire et nutritionnelle du pays n’est pas reluisante. [Cf rapport relatif aux résultats définitifs de la campagne agro-pastorale 2022 et de la situation sécuritaire alimentaire et nutritionnelle adopté au Conseil des ministres du 31 mai 2023]. Selon ce rapport, le taux de couverture des besoins céréaliers des provinces dégage vingt-trois (23) provinces excédentaires, quatre (04) provinces en situation d’équilibre et dix-huit (18) provinces déficitaires. Le déficit céréalier enregistré au cours de cette campagne est de 72 387 tonnes. Ce déficit impacte 2 195 758 personnes qui se retrouvent dans une situation alimentaire difficile. Parmi elles, on dénombre 291 233 personnes en situation d’urgence et 22 480 en situation de catastrophe.

Le Conseil de ce jour a conclu que si une intervention humanitaire adéquate n’est pas trouvée d’ici juin à août 2023, environ 3 351 048 personnes concentrées dans les zones à fort défi sécuritaire que sont le Sahel, le Centre-Nord, l’Est, le Nord et la Boucle du Mouhoun pourraient tomber en insécurité alimentaire dont 604 641 en urgence et 42 694 en famine. Nous sommes déjà en début de cette période critique juin/ août.

En prévision de cette disette annoncée, le Conseil des Ministres a annoncé le lancement, pour compter de la saison humide, de l’Initiative Présidentielle pour la production agricole 2023-2024 d’un coût de vingt-deux milliards cent soixante-huit millions six cent trente-sept mille quatre cent vingt-trois (22 168 637 423) F CFA, financée par le budget de l’Etat et des Partenaires techniques et financiers.

Une initiative qui secrète plusieurs projets devant impliquer non seulement les Forces de Défense et de Sécurité et les Volontaires pour la Défense de la Patrie pour la production et la sécurisation des sites, mais aussi les P.D.I, les populations hôtes, et le milieu carcéral. Si cette initiative gouvernementale peut participer d’un devoir premier de solidarité nationale justifiant avec responsabilité l’appel aux multiples formes de solidarité internationale, elle pourrait fortement souffrir des handicaps liés à la guerre.

II. LES LIMITES DE LA REPONSE HUMANITAIRE FACE AUX BESOINS

A. La contribution salutaire des partenaires au plan de réponse et de soutien alimentaire
Dans le cadre de l’exécution du plan de réponse et de soutien aux personnes vulnérables à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition, d’un coût de Deux cent trente-huit (238) milliards F CFA, (à ne pas confondre avec l’Initiative Présidentielle déjà évoquée) le Gouvernement révèle avoir apporté assistance à plus de Trois millions de personnes grâce à un financement cumulé de l’État et des partenaires humanitaires.

Nous saluons à cet effet les efforts de tous ces partenaires du Burkina Faso, à commencer par le système des Nations Unis (NU) dont les agences humanitaires ont lancé un plan de réponse humanitaire 2023 pour une aide prioritaire. Nous saluons également les Etats-Unis, l’Union Européenne (UE) et tous ces contributeurs institutionnels ou associatifs dont l’aide humanitaire permet de soulager des populations vulnérables déplacées à l’intérieur du pays ainsi que les communautés qui les accueillent.

C’est le lieu pour nous d’adresser notre reconnaissance au Gouvernement et au peuple frère de la République de Côte d’Ivoire pour les soutiens multiformes apportés au Burkina Faso au cours des épreuves de ces dernières. Dans le cadre de la lutte contre l’insécurité, ce pays frontalier a en effet offert au Burkina Faso des équipements militaires appréciables il y a quelques mois. A notre connaissance, c’est le seul pays membre de la CEDEAO à avoir apporté un soutien significatif à notre pays. Sur le plan humanitaire, la Côte d’Ivoire héberge également plusieurs milliers de nos compatriotes réfugiés. Nous apprécions à leur juste valeur l’accueil fraternel et les commodités qui leurs ont été offerts en terre ivoirienne.

B. L’insuffisance de l’aide humanitaire au regard des besoins 

Autant nous avons salué leurs efforts consentis, autant nous disons à tous, particulièrement à l’ONU, à l’UE, aux Etats-Unis, aux organisations africaines, que leurs contributions sont en deçà des besoins des populations meurtries du Burkina Faso. Nous interpellons les Etats-Unis, l’UE avec à sa tête l’Allemagne et la France, mais également les pays du G20, groupe qui représente tous les continents, détient 80% du PIB mondial et assure 75% du commerce mondial. Ils ont largement les moyens d’apporter plus au peuple du Burkina Faso dans sa lutte de survie face au terrorisme. Ils ont également le devoir d’apporter plus au regard des engagements collectifs et individuels qu’ils ont souscrits à la création de l’Organisation mondiale et de ses institutions spécialisées. Cette interpellation s’adresse également à l’Union Africaine qui, lors de sommet spécial du 23 octobre à Kampala, a adopté la Convention de l’Union Africaine sur la protection et l’assistance aux personnes déplacées en Afrique, dont elle peine à assurer l’application au profit des populations.

Nous rappelons que l’objectif de l’aide humanitaire est d’assurer assistance et protection aux personnes vulnérables, et de répondre aux besoins des populations en danger. L’ONU a précisément été créée pour, entre autres missions, celle de lutter contre la pauvreté et de favoriser la coopération internationale dont l’aide humanitaire est un élément central. Et le vocable aide humanitaire englobe l’assistance matérielle, l’assistance alimentaire, l’assistance technique, l’assistance médicale. Nous répétons que les partenaires cités ont les moyens et le devoir d’apporter bien plus de soutiens sur les plans humanitaire et sécuritaire au Burkina Faso, ne serait-ce que pour éviter l’extension du foyer de l’insécurité à d’autres pays voisins.

III. LA SOLIDARITE SELECTIVE DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE

A. L’état comparatif du financement accordé à l’Ukraine et au Burkina Faso

La guerre de l’Ukraine ne date que de 2022. Mais elle bénéficie de toute l’attention de la communauté internationale, au détriment des crises de notre continent, et pour ce qui nous concerne, du drame humanitaire Burkinabè. Un an après sa mise en place, le groupe d’une cinquantaine de pays soutenant militairement l’Ukraine est devenu une extraordinaire communauté d’action qui a permis à l’Ukraine de résister à l’invasion russe. Au cours d’une réunion tenue en fin avril 2023 pour faire le point des besoins ukrainiens, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a rappelé que les Occidentaux ont fourni pour plus de 150 milliards de dollars d’aide à l’Ukraine depuis le début de l’invasion russe, en février 2022, dont 65 milliards dans le domaine militaire. En cette occasion, le secrétaire américain a ajouté que les alliés allaient s’assurer que l’Ukraine dispose de tout ce dont elle a besoin.

Les efforts financiers de l’UE pour soutenir l’Ukraine méritent une attention particulière. Ainsi, en février passé, l’UE a annoncé le déblocage d’un nouveau programme d’aide de 450 millions d’euros pour 2023, portant le soutien financier total apporté à l’Ukraine par l’UE elle-même, ses États membres et les institutions financières européennes à environ 50 milliards d’euros. Ce soutien donne toute la mesure de l’intérêt de la Communauté européenne pour l’Ukraine. Son usage prend plusieurs formes et est dépensé dans les différents domaines ci-après :

  • 630 millions d’euros correspondent à de l’aide humanitaire ;
  • environ 12 milliards d’euros sont affecté à l’assistance militaire ;
  • près de 8 milliards prennent la forme de subventions, de prêts et de garanties des États membres de l’UE ;
  • plus de 30 milliards constituent ce que l’on appelle l’assistance macrofinancière.

Une grande partie de cette somme est utilisée pour financer d’importantes dépenses publiques comme le versement des retraites et des salaires, le fonctionnement du système éducatif et la remise en état des infrastructures. L’Union aide également l’Ukraine face à sa crise énergétique : elle lui fait don de 35 millions d’ampoules LED et de 5 400 générateurs et contribue à la réparation du réseau électrique. À plus long terme, l’objectif de l’UE est d’aider le pays à reconstruire des infrastructures intégrant les énergies renouvelables.

En outre, pour soutenir les besoins financiers de l’Ukraine, l’UE s’est engagée à prêter 18 milliards d’euros pour la seule année 2023 à des conditions favorables, pour assurer des réformes en matière d’État de droit, de libéralisation économique et de lutte contre la corruption. Et ce n’est pas tout. L’UE a décidé en juin 2022 de libéraliser de manière unilatérale et totale, l’accès des biens et services ukrainiens aux marchés de l’UE sans droits de douane, ni quotas, décision unilatérale en vigueur jusqu’en juin de cette année et qui est en voie de prolongation.

Quant aux Etats-Unis, depuis le début de la guerre, ils ont aidé Kiev à hauteur de 36 milliards de dollars. Et en fin mai 2023, ils ont annoncé une nouvelle aide militaire à l’Ukraine d’un montant de 1,2 milliard de dollars afin, notamment, de renforcer la défense aérienne de ce pays.

D’autres contributeurs moins importants comme le Canada se bousculent aussi pour soutenir l’Ukraine.

A côté de cette débauche de soutien, qui prend même en considération la reconstruction au-delà de l’aide civile et militaire, le Burkina Faso, pays du Sahel affecté par le terrorisme et dont la cohésion se désagrège depuis 8 ans, se bat pour sa survie, manquant d’armement et de logistique connexes pour faire face aux groupes terroristes. Mais que représente concrètement l’aide militaire des Etats Unis et de l’UE au Burkina Faso ?

Les Etats Unis mènent une assistance sécuritaire de faible intensité basée sur la formation militaire au Burkina Faso. Il nous a été difficile de trouver des chiffres précis sur le soutien financier militaire des Etats Unis au Burkina Faso. Mais au cours d’un échange avec des organes de presse tenu le 3 février 2023 à Ouagadougou dans le cadre de son séjour au Burkina Faso, le sous-secrétaire d’Etat adjoint américain pour l’Afrique de l’Ouest, Michael Heath a relevé que dans le cadre de la lutte contre le terrorisme aux côtés du Burkina Faso, les USA ont investi depuis 2018 un peu plus de 27 millions de dollars (environ seize milliards de F CFA) dans le secteur sécuritaire. Comparés au 36 milliards investis en 1 an en Ukraine, les 27 millions investis en 5 au Burkina Faso sont insignifiants. Quant à l’Union européenne, le montant de son aide militaire pour 2023 établi initialement à 25 millions d’euros a été ramené à 5 millions.

Sur le plan humanitaire, en 2022, l’UE a octroyé au Burkina Faso une aide humanitaire de 52,4 millions d’euros (environ 53,9 millions de dollars américains). Les États-Unis, pour leur part, ont suspendu 160 millions de dollars d’aide extérieure en raison du coup d’État de janvier 2022. La Millennium Challenge Corporation, agence d’aide étrangère américaine, a aussi interrompu le soutien d’un montant de 450 millions de dollars qu’elle accordait au Burkina Faso au titre d’un accord signé en août 2020.

Quant au plan de réponse humanitaire 2023 lancé par les agences humanitaires du système des NU que nous avons apprécié positivement, il se chiffre en tout à 877 millions de dollars.

Pour ce qui concerne les organisations africaines, à l’issue du coup d’État de janvier, la CEDEAO et l’UA ont suspendu le Burkina Faso de toutes les instances dirigeantes en attendant le rétablissement de l’ordre constitutionnel. Côte solidarité régionale, que l’on retient que le Burkina Faso a bénéficié d’un prêt d’un peu plus de 6500 tonnes de céréales de la CEDEAO le 17 juin 2022, remboursable jusqu’en mars 2023. C’est à cela que se résume l’essentiel du soutien du reste du monde au peuple du Burkina Faso à qui est imposée une guerre injuste.

B. Les indications du dernier rapport du NRC (Conseil norvégien pour les réfugiés) 

Le Conseil norvégien pour les réfugiés, communément appelé NRC (Norwegian Refugee Council en anglais) est une organisation humanitaire indépendante et partenaire de l’ONU, qui intervient dans 31 pays en crise pour sauver des vies et aider à reconstruire l’avenir. Chaque année, le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) publie un rapport sur les dix crises de déplacement les plus négligées dans le monde selon trois critères : le manque de volonté politique de la Communauté internationale, de couverture médiatique et de financements humanitaires. L’objectif de l’ONG est de mettre l’accent sur le sort des personnes dont les souffrances font rarement la UNE des journaux internationaux, qui ne reçoivent que peu ou pas d’aide et qui ne sont jamais au centre de l’attention des efforts de la diplomatie internationale. Dans son dernier rapport annuel publié le 1er juin 2023, l’ONG Norvégien révèle que le Burkina Faso endure « la crise la plus négligée au monde » avec « plus de 14 000 personnes tuées ces cinq dernières années, dont la moitié depuis janvier 2022 » et plus de deux millions de déplacés internes.

Le rapport de l’ONG indique qu’en 2022, « La violence croissante et le déplacement des populations ont laissé près d’un Burkinabè sur quatre dans le besoin d’une assistance humanitaire », tandis que « Seule 42% de l’aide financière humanitaire demandée a été distribuée ». Le NRC fait état de plusieurs attaques de points d’eau perpétrées par des groupes armés qui ont privé d’eau 830 000 personnes, de pas moins de 6 200 écoles fermés, affectant plus d’un million d’enfants.

Le rapport de l’ONG mentionne que sept des dix crises les plus négligées au monde se trouvent en Afrique, la République démocratique du Congo occupant le deuxième rang de ce classement, en raison des « multiples crises » dans l’est du pays, tandis que la Colombie avec ses « 60 ans de conflit armé », est troisième devant le Soudan et le Venezuela. Le Burundi, le Mali, le Cameroun, le Salvador et l’Ethiopie ferment ce top 10. L’aide totale à l’Afrique où l’on trouve 7 des 10 crises les plus négligées était de 34 milliards en 2022 en baisse de 7,4 % par rapport à 2021, alors que lesdites crises s’aggravent et que leurs effets s’accentuent. « L’année dernière, l’écart entre ce qui était nécessaire et ce qui a été fourni en matière d’aide humanitaire était de 22 milliards de dollars », selon toujours les indications du NRC.

Le NRC s’est également prononcé sur l’inégalité de traitement des crises par la communauté internationale : « Pour chaque dollar collecté par une personne dans le besoin en Ukraine, seulement 25 centimes l’ont été par habitant dans le besoin dans les dix crises les plus négligées au monde », précise son rapport, qui souligne que « la négligence est un choix, toutefois réversible ».

Le NRC préconise en ce sens d’apporter « une assistance humanitaire selon les besoins des populations affectées, et non selon les intérêts géopolitiques ou le degré d’attention portée par les médias sur certaines crises ».

IV : LE SENS ET LE CONTENU DE L’ADRESSE DES JUSTES

Les Justes ne ressentent aucun sentiment négatif envers l’Ukraine tenu à bout de bras par la Communauté internationale. Au contraire l’engagement des dirigeants, et ce en harmonie avec les populations pour talonner les partenaires bilatéraux et multilatéraux, est à saluer. Ces évocations de l’aide accordée à ce pays n’ont d’autre but que de révéler que la Communauté internationale peut apporter beaucoup plus pour le Sahel aujourd’hui. Certes, l’aide au Sahel en général et au Burkina Faso en particulier peut ne pas revêtir la même importance que celle octroyée à l’Ukraine en raisons des considérations de géopolitiques. Mais, la solidarité internationale se compose de la solidarité préventive, de la solidarité réactive et de la coopération internationale. Aussi, les partenaires doivent saisir de telles occasions pour prouver que l’homogénéité de la race humaine solennellement proclamée à la Tribune des Nations-Unies n’est pas un vain mot. Ce serait aussi un des moyens de freiner, à défaut de dissiper, ce sentiment anti-occidental qui taraude l’esprit des nouvelles générations pas toujours à tort, même s’il faut le regretter.

Le Burkina Faso et le Sahel ont besoin aujourd’hui de cette solidarité préventive de la communauté internationale pour ne pas succomber aux crises actuelles et matérialiser la vulnérabilité des pays du Golfe de Guinée, déjà menacés par les groupes armés, ce qui rendra plus difficile les actions d’endiguement du terrorisme. Le bouquet final de l’absurde serait, de laisser le Sahel sombrer pour recourir par la suite à la solidarité réactive afin de sauver non les seuls intérêts des pays du Sahel, mais surtout ceux des occidentaux qui pourraient, par négligence, être menacés par des dommages irréversibles.

La coopération internationale repose sur le postulat que certains États peuvent ne pas posséder les ressources ou les capacités nécessaires pour assurer la pleine réalisation des droits énoncés dans les traités internationaux relatifs aux droits de l’homme. Les États en mesure de le faire devraient fournir une assistance internationale, à titre individuel ou collectif, afin de contribuer à la promotion et à la réalisation des droits de l’homme d’autres États d’une manière compatible avec les principes fondamentaux du droit international, et du droit international des droits de l’homme.

A. Notre appel à l’élan de solidarité internationale en faveur du Burkina Faso 

Les Justes :

Rappelant que l’un des buts de l’Organisation des Nations Unies est de réaliser la coopération internationale en développant et en encourageant le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction, et que tous les États Membres s’engagent à agir, tant conjointement que séparément, en coopération avec l’Organisation pour la réalisation de cet objectif ;

Rappelant également que tous les accords régionaux sont fondés sur la solidarité et la coopération internationales qu’ils expriment, notamment l’acte constitutif de l’Union africaine, la Charte de l’Organisation des États américains, la Charte de la Ligue des États arabes, les traités fondateurs de l’Union européenne, et la Charte de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est ;

Affirmant que la solidarité internationale est un principe général comprenant, entre autres, la responsabilité des États les uns envers les autres et vis-à-vis de leurs ressortissants, organisations, membres et parties prenantes respectifs, les partenariats égalitaires et le partage équitable des avantages et des charges, conformément au principe des responsabilités communes mais différenciées ;

Invitons la communauté internationale en ses différentes composantes :

  • à activer les mécanismes de cette coopération internationale et de la solidarité internationale en faveur du Burkina Faso ;
  • à intensifier la réponse humanitaire en faveur des populations meurtris du Burkina Faso ;

Invitons les Etats-Unis, l’UE et les pays du G20 :

  • à apporter une aide militaire appropriée au Burkina Faso pour faire face aux Groupes armés ;

Invitons l’UA et la CEDEAO :

  • à mettre en applications les dispositions communautaires d’assistance au Burkina Faso ;
  • à mettre en œuvre les obligations à leur charge relatives à la Convention de Kampala ;
  • à lever les sanctions générales appliquées au Burkina Faso à la suite du coup d’Etat du 24 janvier 2022 ;
  • à suspendre toute nouvelle sanction pouvant affecter les populations.

Lançons un appel particulier au président Ivoirien Alassane Ouattara à revigorer le Conseil de l’Entende, première organisation sous régionale de solidarité dont les circonstances particulières et communes actuelles montrent à quel point les pays membres auraient gagné à le couvrir de soins. Il n’est pas trop tard pour bien faire.

B. Notre ultima ratio : le contentieux stratégique devant les juridictions internationales 

A défaut d’une oreille attentive, notre dernier argument consistera à encourager un contentieux judiciaire stratégique visant à solliciter un avis consultatif de la Cour internationale de justice et des juridictions continentales Européenne, américaine, Africaine et de la CEDEAO, en accord avec le Gouvernement du Burkina Faso et en concertation avec des Etats et organisation ayant qualité pour agir devant ces juridictions. Notre intention, loin de là, n’est pas de suggérer un procès de condamnation de nos partenaires, mais de requérir des avis juridiques qui confortent les conclusions auxquelles est parvenu le NRC dans son Rapport et qui mettent les pays de la communauté internationale face à leurs responsabilités.

A travers ce contentieux stratégique, nous voulons aider à créer des précédents juridiques majeurs en exposant publiquement les injustices, en sensibilisant la communauté internationale et nous efforçant d’encourager le changement en délestant la coopération internationale de la pesanteur de certaines politiques et pratiques désuètes toujours en vigueur.

CONCLUSION

Les Justes s’associent à Monsieur Jan Egeland, Secrétaire général du Conseil Norvégien pour les Réfugiés (NRC) pour dire que « Nous devons faire plus pour mettre fin aux souffrances au Burkina Faso avant que le désespoir ne s’enracine et ne s’ajoute à la liste croissante des crises prolongées. Le fait que cette crise soit si profondément négligée montre un échec du système international à réagir aux nouvelles crises émergentes, comme il échoue également à traiter celles qui sont restées dans l’ombre pendant des décennies. En fin de compte, un plus grand investissement dans les solutions diplomatiques est nécessaire si nous espérons retirer les crises de cette liste. »

Une telle démarche qui n’est pas forcément au diapason de l’idéologie officielle pourrait heurter ici et là, mais nous ne nous lasserons jamais de dire qu’un peuple aux horizons bouchés et en besoin tragique d’aide pour sa survie, non seulement ne se complaît jamais à jouer les fines bouches, mais marque un besoin de responsables qui sachent monter au filet avec dignité certes, mais sans défiances improductives sinon aggravantes. Cette posture d’humilité irait de pair avec l’effort de solidarité nationale actuellement en démonstration avant de tendre la main à l’international.

La demande sera d’autant plus reçue avec bienveillance si les crispations que l’on observe au plan des libertés sont rattrapées par un meilleur alignement sur la législation internationale qui nous oblige au respect du droit humanitaire et des droits fondamentaux. En adhérant à la différence de traitement à réserver aux préventions de droit commun et à celles politiques les Justes relèvent positivement les dernières mesures annoncées au sujet des réparations et de la réconciliation. Une réconciliation justement présentée dans sa finalité comme devant s’appliquer au passé, à l’histoire à l’Etat et au citoyen. Comment dans ces conditions  ne pas réitérer la demande de libération de tous les détenus politiques jugés ou en attente de l’être de même que le retour non sélectif des exilés. Les dernières interpellations de journalistes, de responsables de la société civile et de leaders d’opinion gagneraient naturellement et avantageusement à en faire partie.

SACHONS METTRE DE NOTRE CÔTÉ TOUTES LES CHANCES POUR CET APPEL À UN ÉLAN DE SOLIDARITÉ INTERNATIONALE. 

Ouagadougou, le 06 juin 2023 

Pour la Plateforme 

Traoré Amadoun

Dr François Kaboré

Yaméogo Noël

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