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Isabelle Bulczynsky/Dossa, artiste-plasticienne : « Ce qui me fascine, ce sont les images aléatoires que je peux retrouver dans le métal rouillé »

Isabelle Bulczynsky/Dossa est une artiste-plasticienne résidant au Burkina depuis 2012. « Tombée dans la marmite artistique » depuis l’âge de 9 ans, la Française d’origine mais Béninoise par alliance, a dû batailler pour se retrouver dans une école d’art grâce à son professeur d’arts plastiques, car ses parents n’étaient pas pour qu’elle emprunte ce chemin. Mais la passion a pris le dessus et aujourd’hui, Mme Dossa est enseignante des arts plastiques dans un établissement à Ouagadougou. Ses œuvres sont produites à partir d’images aléatoires qu’elle retrouve sur du métal rouillé. Et ce sont de véritables chefs-d’œuvre qu’elle propose et qui ne laissent nul indifférent. « De la manière dont on regarde les nuages et qu’on voit des images, moi, ce qui m’intéresse, ce sont vraiment ces images que je peux retrouver dans le métal rouillé. C’est ce qui m’inspire », a-t-elle dit lors de l’interview qu’elle nous accordée le 19 mai dernier, dans son atelier à Ouagadougou.

 Vous êtes une artiste-plasticienne. Dites-nous, c’est quoi les arts plastiques ?

Les arts plastiques, selon la définition de Wikipédia, c’est l’ensemble des pratiques artistiques, esthétiques et poétiques qui utilise les matières comme la peinture, la sculpture, le dessin, la photographie, les arts numériques, pour créer des formes et des images. Souvent, les gens pensent que les arts plastiques, ce sont les plastiques, la récupération. En fait, c’est surtout la notion d’esthétique comme la chirurgie plastique, le plastique dans le sens d’esthétique et de beauté.

Comment en êtes-vous arrivée à ce métier ?  

Je suis tombée dans la marmite artistique depuis toute petite. Je devrais avoir 9 ans et mon grand frère qui a 9 ans de plus que moi, peignait déjà et moi je le regardais peindre. Il m’encourageait. Je me souviens que la première peinture que j’avais faite, était une porte de la maison et j’avais fait une sirène. Ensuite, il y a aussi mon grand-père maternel, que je n’ai pas connu de son vivant mais qui était maréchal-ferrant et qui a laissé derrière lui des traces de l’art du métal. La forge dans son atelier où je jouais quand j’étais petite, me fascinait et peut être que c’est ce qui justifie les matériaux que j’utilise actuellement.  En effet, le besoin de créer m’animait depuis longtemps pourtant, mes parents ne m’ont pas encouragé dans cette voie. J’enviais et je jalousais mes camarades de classe qui allaient suivre des cours de dessin, les jeudis. J’ai dû batailler pour entrer dans une école d’art, aidée par un professeur d’arts plastiques de mon collège.

Vous enseignez les arts plastiques dans un établissement de la place. Comment voyez-vous l’engouement au niveau des jeunes ? Sont-ils intéressés par vos cours ou c’est le contraire ?

Quelles sont vos sources d’inspirations ainsi que les différents thèmes que vous abordez ?

Mes sources d’inspiration sont basées sur les questions sociales et humaines. J’aborde des thèmes comme l’injustice, le racisme, la stigmatisation, les stéréotypes, les clichés, l’intolérance, les inégalités. Et en ce moment, ce qui m’intéresse beaucoup, c’est l’hybridation et le métissage. Métissage non pas seulement physique mais culturel, de différents courants de pensées, et je trouve tout cela dans l’ère du temps. Il me semble que le monde est appelé à se métisser.

En parcourant certaines informations sur votre métier, il est dit que vous utilisez du métal rouillé dans la production de vos œuvres. Expliquez-nous cela en termes simples.

Je commencerai peut-être déjà par dire que ce qui m’a fasciné dans le métal, ce sont les images aléatoires. De la manière dont on regarde les nuages et qu’on voit des images, c’est ce qui m’intéresse. Ce sont vraiment ces images que je peux retrouver dans le métal rouillé. C’est ce qui fait mon inspiration. Mais je suis allée plus loin pour comprendre pourquoi cette attraction, qu’est-ce que je recherche à travers cette oxydation et pourquoi je me retrouve dans cette matière vivante ?  Alors je reviens à cette hybridation, à ce métissage. En fait, j’ai plusieurs courants car ayant été élevée par un beau-père martiniquais, cela m’a beaucoup influencé. Ensuite, il y a mon mari qui est un Africain et je vis en Afrique et, du coup, ce métissage, cette hybridation est très importante. Je ne sais pas pourquoi mais je me retrouve dans cette matière oxydée qu’est la rouille.

Selon vous, les Burkinabè s’intéressent-ils tant aux arts de façon générale, et à la peinture que vous pratiquez, en particulier ?

Je pense que les gens commencent à s’y intéresser. J’ai quelques acheteurs burkinabè même si je dois avouer que c’est surtout des étrangers qui achètent mes œuvres. Les Burkinabè qui achètent sont très peu pour le nombre d’artistes que nous sommes dans le pays. J’ai été au Bénin et au Sénégal pour des expositions et je me suis rendu compte qu’à Dakar, par exemple, les locaux achètent plus qu’ici et peut-être qu’il sera intéressant pour nous artistes, qu’ils investissent plus dans notre travail.

La peintre Isabelle Bulczynsky/Dossa décrivant l’une de ses œuvres

La raison ne serait-elle pas liée au coût des tableaux qui, il faut le reconnaitre, n’est pas à la portée du citoyen lambda ?

Pour ce qui me concerne, je propose différents prix. Ici comme ailleurs et j’avoue que même en baissant les prix, ce n’est pas à la portée de tout le monde. Maintenant si c’est une commande de portait par exemple, ou quelque chose de plus accessible, plus personnel, je peux baisser les prix afin que tout le monde puisse y avoir droit. On réfléchit à comment motiver la population même les gens moins aisés, à avoir l’idée de se procurer une œuvre d’art.

Avez-vous déjà participé à des activités d’expositions d’œuvres d’art ?

Oui, ici j’ai exposé à l’Institut français (NDLR : à Ouagadougou). J’ai exposé au Bénin, notamment à la Maison rouge, à la galerie de Grand Popo, à Villacario. J’ai également été à Dakar au Sénégal où j’ai participé à la biennale. Il y a une exposition à venir en début de l’année prochaine à la Galerie nationale. Je dois exposer à l’Institut français de Ouagadougou, en fin d’année. En France aussi, on m’a proposé une exposition dans le Nord. J’essaye d’exposer pour me faire connaitre. Ce qui est nouveau, c’est que je participe à des résidences et cela m’a permis de bien comprendre que mon travail plaisait, que le concept de travailler sur la rouille et d’utiliser ces images aléatoires est un concept que j’ai imaginé et il intéresse plus d’un. Cela m’encourage dans ma lancée. Autrefois je faisais de petites expositions collectives mais, en fait, je me suis mise au sérieux depuis 2019 quand j’ai réalisé que mon travail pouvait plaire, et que je pouvais vendre pour en vivre.

Une vue de la galerie de Isabelle Bulczynsky/Dossa

Et combien de temps mettez-vous pour produire une œuvre ?

Si je suis inspirée, je peux mettre deux jours, une semaine, cela dépend vraiment de mon inspiration.

Le métier des arts plastiques nourrit-il dignement son Homme au Burkina ?

 

Le Burkina où vous résidez depuis 2012 est confronté à une crise sécuritaire sans précédent. Comment votre art peut-il contribuer à lutter contre l’extrémisme violent ?

Je n’ai pas la prétention de dire que l’art peut lutter contre l’extrémisme violent ou le terrorisme mais de manière indirecte, le fait de dénoncer certaines tares de la société, de sensibiliser aussi à travers mon art cela peut aider un tant soit peu à la lutte.  C’est dire que nous, artistes, on vit et on ne peut pas se laisser mourir parce qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans le pays. Donc, on essaie dignement d’être toujours là. Et moi, dans une démarche personnelle, j’ai créé, avec mon mari, une association qui a un sens thérapeutique, c’est-à-dire qui vient en aide aux enfants démunis, aux enfants de la rue, ceux en milieu carcéral, etc. On essaie de lutter, à notre manière, contre des choses qui ne marchent pas dans la société et d’apporter notre contribution à une vie harmonieuse.

Faites-vous autre chose en dehors des arts plastiques ?

Oui, en dehors de l’enseignement et de mon métier d’artiste, je suis art thérapeute. On a donc fondé une association en 2004 du nom de GAIA Faso (Groupement alternatif initiatives artistiques du Faso) dont l’objectif est d’aider les personnes en situations difficiles, notamment des personnes ayant un handicap psychologique, ou social comme le cas des enfants en conflit avec la loi ou les enfants en situation de rue. C’est quelque chose de social et cela peut aussi les aider à reprendre confiance en eux.

 Propos recueillis par Colette DRABO

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