Le Centre national de presse Norbert Zongo (CNP-NZ) a organisé, ce 21 octobre 2024, dans ses locaux à Ouagadougou, la cérémonie officielle de la Journée nationale de la liberté de la presse. Lecture solennelle de l’Edito “Ne brisons pas le rempart” de Norbert Zongo alias Henri Sebgo (HS), dévoilement dudit édito en poster géant dans la salle HS, rappel des résultats du rapport sur l’état de la liberté de la presse, remise des copies de l’édito et du rapport aux officiels et invités, panel sur le thème: “Ne brions pas le rempart: alerte sur la mise à mort du journalisme” sont les actes majeurs de cette journée. Pour l’occasion, les autorités, les citoyens, les journalistes, les défenseurs des droits humains, bref, tout le monde a été invité à jouer sa partition pour sauver la presse burkinabè actuellement en difficulté.
1, 96/4. Telle est la note attribuée au Burkina sur l’état de la liberté de la presse en 2023, à l’issue d’une étude commanditée par le CNP-NZ. Cette note indique que le pays est dans une “situation à problèmes spécifiques signifiant qu’il remplit les conditions minimales garantissant l’exercice de la liberté de presse mais que des forces sociales s’opposent”. Pour le président du comité de pilotage du CNP-NZ, Guézouma Saonogo, “les conditions se sont fortement dégradées pour ce qui est de l’exercice du métier de journaliste”. Pour le consultant Moussa Sawadogo ayant rédigé le rapport, jamais le Burkina n’a enregistré une telle note dans son histoire. Selon lui, les journalistes traversent un sale temps car le pouvoir leur demande de l’accompagner mais refuse la critique, des citoyens s’en prennent à des journalistes parce qu’ils ne sont pas d’accord avec des contenus, des responsables de médias qui ne sont que des aventuriers car ne payant pas ou sous-paient leurs journalistes poussant ces derniers à vivre dans la précarité, et les journalistes eux-mêmes qui manquent de culture générale. Autant de réalités auxquels font face les Hommes de médias. Mais de l’avis de Guézouma Sanogo, malgré ce tableau sombre, il y a encore un minimum auquel les journalistes s’accrochent et les plaidoiries vont continuer espérant que “les autorités vont nous écouter et prendre en compte nos préoccupations”.
Pour lui, un effort doit être fait de la part de tout un chacun à commencer par les autorités, les patrons de presse mais aussi les journalistes. D’ailleurs, à ces derniers, M. Sanogo les exhorte à faire leur travail en toute conscience, malgré les hostilités de tous genres. “ Le métier est encadré par des lois, celles de 2015 qui n’ont pas été modifiées jusqu’à présent. Aussi, le métier est encadré par un code d’éthique. Je pense que ce sont des boussoles qui doivent pouvoir guider les journalistes par ces moments. Quelque soit le contexte, les lois sur la presse ont été taillées partout à travers le monde, pour permettre aux journalistes de faire leur travail. Il y a des paramètres que les journalistes ne peuvent pas contourner et c’est ce que nous vivons présentement, mais ce que nous pouvons contourner, c’est notre rapport par rapport aux lois et à notre éthique. Jouons notre rôle et le reste, l’histoire jugera”, a laissé entendre le président du comité de pilotage du CNP-NZ. “ Il n’y a jamais eu une situation idéale pour l’exercice de la profession, ça toujours été difficile. On espère toujours un minimum acceptable pour que les gens puissent s’exprimer sans inquiétude”, a-t-il ajouté.
Au regard de la situation peu reluisante que connaissent les journalistes, le CNP-NZ a choisi comme thème de cette journée sur la liberté de la presse : “Ne brions pas le rempart”, un éditorial de Norbert Zongo publié le 31 août 1993. Pour M. Sanogo, ce thème est d’actualité.
“ Si vous avez remarqué, la jeunesse d’aujourd’hui le cite régulièrement. Elle cite Thomas Sankara, Joseph Ki-Zerbo et bien d’autres personnalités. C’est au regard de la carrure de Norbert Zongo, symbole qu’il représente pour l’ensemble des Burkinabè, et au regard du message véhiculé à travers l’édito que nous avons choisi ce thème. A travers son message qui demeure d’actualité, nous voulons examiner la situation actuelle à la lumière de ce message fort qui a été livré à l’époque. C’est un message et chacun peut le prendre comme tel mais ce que nous avons compris, c’est que Norbert Zongo en 1993, appelait les autorités, les citoyens à soutenir la presse, à ne pas la juger sans chercher à la comprendre. Nous sommes dans ce contexte. Beaucoup de Burkinabè jugent les journalistes, la presse, les médias sans chercher à comprendre les mécanismes par lesquels la presse fonctionne. Nous couvrons des conférences de presse où nous sommes insultés. Vous couvrez des panels où vous êtes insultés mais vous les passer tout de même. C’est cela aussi, que les gens puissent s’exprimer, malgré leurs hostilités. Si vous faites des efforts pour couvrir les manifestations qui vous sont hostiles, vous voulez montrer que chacun doit pouvoir s’exprimer”, a relevé le président du comité de pilotage du centre qui interpelle l’autorité, les citoyens, les journalistes, les défenseurs des droits humains, bref tout le monde sur la nécessité de sauver la presse burkinabè en difficulté face aux “ technologies, lois répressives, discours hostiles de la part des autorités, soutiens des autorités, attaques permanentes contre les médias, enlèvements, et tout ce qui fait que les gens n’arrivent pas à s’exprimer. “ Tous les médias y compris ceux publics ont du mal à mobiliser aujourd’hui des invités. La presse est devenue atone et c’est ce sur quoi nous interpelons l’ensemble des citoyens”, a conclu M. Sanogo.
Colette DRABO