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GERARD KOALA, coordonnateur du FONY : « Notre culture est une richesse naturelle qui n’a pas d’égal»

Depuis le 10 mai, il est rentré au bercail. Ce  « fou amoureux de son pays et de la culture de son pays » comme il le dit lui-même a, avec d’autres « férus de la culture », décidé de créer le  Festival Ouaga-New York (FONY) afin de magnifier la culture burkinabè,   tant aux Etats-unis où il réside depuis plus de 13 ans,  que de par le monde.  Lui, c’est Gérard Koala,  le coordonnateur du FONY, un rendez-vous annuel qui vise à promouvoir la culture burkinabè dans toutes ses dimensions.  Avec lui et la secrétaire générale de la coordination du FONY, Florentine Kaboré, nous avons,  le 7 juin 2017,  abordé divers sujets dont  le FONY, l’agression de l’artiste Adja Divine le 23 mai dernier,  et l’état de santé actuelle du compatriote Souleymane Sorgho agressé le 3 mai 2017 par un groupe de bandits sur son lieu de travail à New York.

Actuburkina : Comment est née cette idée du FONY ?

Gérard Koala (GK) :  Il faut dire que le FONY existe depuis 2015. L’idée est née après le constat que non seulement le Burkina Faso est un pays de culture, mais aussi que cette culture est unique de par sa beauté. C’était une chance pour nous vivant dans un pays comme les Etats-unis,  de pouvoir faire découvrir notre pays à travers sa culture. Cela fait 13 ans que je vis aux USA et dans le cadre de mes activités, j’ai eu  à travailler avec bien des  communautés africaines qui faisaient venir des artistes de leur pays aux USA, par conséquent,  faisaient connaitre leur pays à New York. Nous nous sommes dit pourquoi ne pas faire pareil pour le Burkina Faso ? C’est ainsi que nous avons,  entre collègues du milieu culturel,  cru  qu’il serait  judicieux d’initier un  projet qui fera connaitre la culture burkinabè. Nous avons décidé de créer le FONY  qui est devenu  aujourd’hui une référence, une vitrine qui montre le pays des Hommes intègres au reste du monde à partir de New York. Le FONY est un événement qui se tient annuellement.

Qu’est-ce qui est fait pendant le FONY ?

Florentine Kaboré, Secrétaire générale de la coordination du FONY : le FONY vise à  magnifier la culture  burkinabè dans toute sa dimension. Nous ne vivons pas chez nous,  mais nous aimons beaucoup notre pays, notre culture,  et nous voulons faire connaitre notre pays  partout où nous vivons. Dans le cas d’espèce, qu’est-ce qui peut mieux rassembler  si ce n’est la culture ? C’est de là qu’est venue l’idée du FONY qui regroupe tout ce qui est art. Ce n’est pas seulement la musique ou le cinéma, mais tout ce qui est art.

 

L’édition 2017 aura lieu les 15,  16 et 17 septembre 2017 à New York

 GK : pendant le FONY, il y a un plateau artistique composé de musique, d’art vestimentaire à travers un défilé de mode, d’art cinématographique, d’art plastique avec les objets d’art faits au Burkina que nous utilisons très souvent comme décoration du lieu du festival. Nous projetons,  dans le futur, d’organiser des expositions d’œuvres artistiques faites par des Burkinabè. A cet effet, étant présent au pays, nous avons prévu de rencontrer l’association des artistes plasticiens pour échanger avec elle. Nous avons aussi l’art culinaire,  puisque nous servons des mets traditionnels  de chez nous lors de la soirée de gala. Nous avons enfin la comédie, l’art vivant. A la première édition, nous avons eu un groupe comique et je crois que cette année, nous sommes en train d’étudier les propositions de participation d’un autre groupe comique. L’édition 2017 du FONY aura lieu les 15, 16 et 17 septembre 2017 à New York.

Y aura-t-il des innovations ?

 Dans le programme, outre  l’aspect festif, nous avons les rencontres professionnelles, une activité au cours de laquelle nous essayons, entre professionnels de la culture, de réfléchir sur certains sujets qui pourraient,  par exemple,  intéresser  les partenaires techniques et  financiers afin d’aider à mieux exporter notre culture à l’international. Tout le monde s’accorde à dire que le Burkina est une référence en matière de culture,  mais le souci majeur est qu’on n’arrive pas à exporter nos talents.  Comment exporter les talents artistiques burkinabè fait partie des sujets qu’on  débattra  avec nos partenaires du ministère en charge de la Culture, les artistes eux-mêmes, nous,  organisateurs d’événementiels et  d’autres acteurs culturels burkinabè. Il faut signaler que nous invitons aussi les communautés d’autres pays  d’Afrique qui vivent aux USA. Nous avons expérimenté cela  l’an passé et nous comptons le reconduire cette année.   Au nombre des innovations, nous allons sortir le FONY hors de New York,  pour  permettre à d’autres communautés burkinabè vivant dans d’autres villes des Etats-unis  d’y participer.  Le FONY ne réunit pas que la communauté burkinabè. La preuve est que les 1re et 2e éditions ont connu la présence des communautés américaines et africaines. Nous sommes fiers de dire que le FONY n’est pas seulement l’affaire des Burkinabè, mais celle de toutes ces personnes amoureuses de la culture.

 L’organisation d’un tel évènement mobilise sans nul doute de gros sous. Comment arrivez-vous à mobiliser  les fonds ?

GK : Il est vrai que nous rencontrons de grosses difficultés,  surtout financières, pour boucler le budget du FONY. Dès sa première édition, c’était un gros risque que nous prenions,  mais aussi un défi  qu’on se devait de relever. Pour  un festival qui est fait avec un budget de 10 millions de FCFA au Burkina Faso, il faut compter peut-être 5 fois ce budget aux Etats-Unis. Parce que certaines réalités  tels la location des infrastructures, la salle, la location du siège, la sonorisation, les droits d’assurance à payer et bien d’autres choses qui entrent en droite ligne,  font que ça demande beaucoup d’argent.  Ce sont des difficultés auxquelles nous faisons face mais Dieu merci, nous avons la chance d’appartenir à un pays où quand les gens aiment quelque chose, l’argent n’est plus un obstacle pour qu’ils atteignent cet objectif.  Nous avons bénéficié de soutiens de bien des personnes qui ont accepté de donner un coup de main à l’organisation de la manifestation. Beaucoup de nos partenaires nous apportent des soutiens sur le plan matériel par exemple. Aussi,  avons-nous avons l’accompagnement de nos autorités, notamment   la Présidence du Faso, le ministère en charge de la Culture qui nous soutiennent et ce,   depuis les deux éditions passées.  Il y a aussi des sociétés burkinabè qui ont compris qu’accompagner la diaspora dans cette initiative est,  au-delà d’une affaire publicitaire,  un geste fort et surtout patriotique qui vise à  montrer qu’en retour de ce qu’on prend chez le consommateur, on donne quelque chose pour aider à promouvoir la culture burkinabè au-delà de nos frontières. Et moi,  je salue personnellement le geste de toutes ces compagnies qui ont compris qu’accompagner le FONY,  ce n’est pas forcément chercher à faire sa publicité ou se donner  de la visibilité,  mais c’est poser un acte fort en termes d’accompagnement pour faire  exporter  la culture burkinabè à l’international.

« Notre culture pourrait attirer  quiconque de par le monde à venir faire des affaires au Burkina Faso »

 

Pensez-vous que les autorités actuelles font des efforts en matière de promotion de la culture burkinabè ?

GK : Je suis de ceux-là qui pensent que nos autorités,  et surtout les premiers responsables en charge de la Culture sont à féliciter. Quand on prend l’exemple du ministre de la Culture qui est un modèle de disponibilité, prêt à accompagner les différentes initiatives culturelles, les acteurs culturels, je pense que c’est cela que nous demandons : le fait de ne pas se sentir seul, de se savoir accompagné. Il est vrai qu’on se plaint souvent, je dirai très facilement de certaines choses, mais je crois que, si nous voulons être honnêtes, nous devons reconnaitre qu’il y a des efforts qui sont faits. A nous acteurs culturels de démontrer que nous sommes reconnaissants de ces efforts consentis par le gouvernement. Une chose est sûre, ça ne sera jamais assez. On ne peut pas passer le temps à dire qu’il faut donner plus. C’est à force de bien travailler, de donner des produits de qualité dans le milieu de la culture que le gouvernement lui-même  comprendra  qu’il doit  doubler, tripler sa contribution  ou pourquoi pas allouer le plus gros budget du gouvernement à la culture. Notre culture est une richesse naturelle qui n’a pas d’égale et qui pourrait intéresser, attirer  quiconque de par le monde à venir faire des affaires au Burkina Faso, voire investir chez nous.  Ce n’est pas encore le cas, mais nous y travaillons. Si tous ceux qui sont du monde de la culture travaillent comme ils le peuvent et bien surtout, nous deviendrons incontournables. En tout cas, il faut reconnaitre qu’il y a du bon boulot qui est en train d’être fait.

Quelles sont vos occupations aux USA ?

GK: Je fais beaucoup de choses à la fois. Aux Etats-unis, on fait plusieurs métiers pour la plupart d’entre nous. Pour mon cas, en plus d’être un amoureux de la culture, je travaille beaucoup dans le domaine culturel en tant que disc-jockey. Je suis consulté pour l’organisation de pas mal d’activités culturelles au sein de la communauté africaine et même américaine souvent. Je fais également office d’agent social, une formation reçue aux Etats-Unis, sans oublier que je suis dans le transport. Ce sont autant d’activités que je mène afin de pouvoir y survivre. Très souvent, on ne dit pas assez à nos compatriotes les réalités de l’aventure aux Etats-Unis d’Amérique. Ce n’est pas moins facile qu’au Burkina. Il n’est facile nulle part d’ailleurs. Quand je prends mon cas, je pense que j’aurais donné autant d’énergie étant au Burkina que j’aurais peut-être mieux réussi ici pour tout ce que je fais que ça ne l’est aujourd’hui aux Etats-unis. C’est peut-être un paradoxe,  mais c’est bien d’aller à l’aventure, d’aller aux USA mais il faut connaitre certaines réalités. Il faut  travailler trois fois plus qu’en étant au Burkina pour pouvoir suivre le rythme,  sinon on se perd.

Comment se porte notre compatriote Souleymane Porgo, agressé le 3 mai dernier par un groupe de bandits sur son lieu de travail à New York ?

Florentine Kaboré : Il récupère doucement mais sûrement. Nous prions  toujours pour qu’il se rétablisse très rapidement. Toute la communauté burkinabè résidant à New York est mobilisée pour que justice lui soit rendue. Au-delà de son rétablissement physique, il va falloir qu’il recouvre ses droits, car cette agression ne saurait rester impunie surtout que nous vivons dans un pays dit de droit.

Vous êtes au pays depuis un certain et avez sûrement appris  l’agression de Adja  Divine. Comment avez-vous accueilli cela ?

GK : j’ai été choqué, très choqué et j’ai eu peur. Ce n’est pas forcément parce que Adja Divine est une femme et qu’elle a été humiliée,  mais tout simplement parce que c’est quelque chose que je pense inimaginable dans un pays comme le Burkina Faso. Quand on voit qu’aujourd’hui on est fier de montrer notre pays comme étant un exemple de par les actes citoyens que la jeunesse a réussi à imposer pour qu’il y ait changement dans notre pays, et qu’on assiste à des actes aussi barbares  voire sauvages que nous devrons montrer aux yeux du monde, je trouve cela effroyable. Personnellement, j’invite les autorités à sévir sévèrement, à punir au plus fort degré tout acte d’incivisme. Parce que nous vivons dans un monde civilisé où nous sommes régis par des lois. Nous avons tous des droits mais aussi et surtout des devoirs. Et le premier de nos devoirs, c’est le respect de la personne et nul ne saurait se rendre justice soi-même parce que nous avons des institutions chargées de faire respecter la loi.

 « Le Burkina n’a jamais été un pays de violences et ne saura jamais l’être »

 

Florentine Kaboré : j’étais choquée, écœurée, très fâchée de voir ce qui est arrivé. Je suis une femme et je peux imaginer la peine que cette dame a vécue et va vivre le reste de sa vie, juste parce que des individus ont décidé de se rendre justice. Cela est intolérable. Je suis fière de dire que chez moi au Burkina on se respecte, on se côtoie sans problème. Mais aujourd’hui, j’ai peur  de circuler au Burkina parce que je ne sais pas ce qui peut  m’arriver dans la rue. Et si moi, en tant que Burkinabè j’ai peur, imaginez ce qu’il en sera des autres personnes.

Au FONY, nous essayons de vendre la belle image du Burkina et comme on aime le dire, le Burkina Faso est le meilleur pays au monde. Je suis fière de le dire mais quand des évènements malheureux de ce genre se passent, c’est inacceptable. Je me mets à genou pour demander aux autorités de rendre justice à cette dame.  Que plus jamais on assiste à ce genre de scène, pas parce que la victime est une femme car même un homme ne devrait  subir cela. Que justice lui soit rendue et que Dieu apaise son cœur, celui de sa famille et de son enfant. Que Dieu apaise le cœur de tous les Burkinabè pour qu’on puisse avancer ensemble.

Pensez-vous comme certains que les Burkinabè sont devenus de plus en plus violents ?

GK : j’ai peur que certains comportements de certains Burkinabè ne  donnent raison à ceux qui le pensent. Je ne voudrais personnellement pas le penser parce que le Burkina n’a jamais été un pays de violences et ne saura jamais l’être. Voilà pourquoi j’insiste pour dire que les autorités doivent punir sévèrement tout acte d’incivisme. Vu de l’extérieur, cela ne nous honore pas. C’est le moment de prendre le taureau par les cornes, parce que plus nous allons attendre et regarder, dénoncer les actes sur les réseaux sociaux ou dans les journaux, et que rien n’est fait, plus ça va aller de mal en pis. Que toute personne coupable d’un acte d’incivisme soit punie le plus sévèrement possible et que cela soit publié partout,  afin de dissuader les éventuels auteurs. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il faut physiquement éliminer les fautifs, mais je suis pour que tout coupable d’acte d’incivisme soit enfermé pour une durée illimitée.

Propos recueillis par Colette DRABO

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