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CRISE AU SEIN DU PDS AU SENEGAL : Qui sème la discorde récolte le pugilat

Va-t-on vers une implosion du Parti démocratique sénégalais (PDS) ? La question mérite d’être posée, tant le parti de Gorgui présente des lézardes inquiétantes. En tout cas, les dissensions n’en finissent pas. En effet, ce qui devait être une rencontre d’explication, le 9 juin dernier, entre le fondateur du parti, Abdoulaye Wade, et des jeunes frondeurs, afin de lever les équivoques et ramener la sérénité dans les rangs, a vite tourné au pugilat. Transformant, le temps d’une après-midi, le domicile de l’ex-président sénégalais en un ring de boxe, sous l’œil médusé du maître des lieux. Pour cause, certains faucons de l’entourage de Wade s’en sont violemment pris aux hôtes du jour et de leur maître qui demandent une restructuration du parti et de nouvelles orientations, les traitant de tous les noms d’oiseaux, sans même qu’ils aient eu le temps d’argumenter leur position. La réaction de ces derniers a tout simplement mis fin aux débats qui se sont achevés en queue de poisson.

Au regard de la situation, point n’est besoin de dire que le PDS traverse en ce moment une période difficile. Et les fissures qui se profilent dans la maison n’augurent pas de lendemains qui chantent pour ce parti déjà durement éprouvé par la perte du pouvoir dans les conditions que l’on sait,  et la défection tonitruante de certains hauts cadres dont l’ex-Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye   au lendemain de la condamnation de Karim Wade.

Ce qui arrive aujourd’hui au PDS présente bien des similitudes avec ce qui se passe dans nombre de partis politiques africains où l’ombre des pères fondateurs plane en permanence sur les instances du parti. Leur emprise est telle que rien ne saurait se décider qui puisse échapper à leur contrôle, encore moins contre leur volonté. Et dans le cas d’Abdoulaye Wade, tout porte à croire que ce dernier travaille uniquement à la promotion de son fils Karim ; toute chose qui vise à mettre sous éteignoir les ambitions des  autres cadres du parti. Cela crée naturellement des frustrations. Résultat, quand on sème la discorde dans son propre parti par une prise de position partisane voir clanique, il faut s’attendre à des scènes du genre de ce qui s’est passé au domicile d’Abdoulaye Wade en cet après-midi du 9 juin.  Car, ce n’est pas tout le monde qui peut accepter une telle situation sans réagir.

L’obstination de Wade à vouloir privilégier les intérêts de la famille risque d’être fatale au PDS

Toutefois, ces scènes de pugilat sont indignes d’un parti comme le PDS, qui a eu à gérer le pouvoir d’Etat dans un pays comme le Sénégal qui peut s’enorgueillir d’être l’un des bons élèves de la démocratie en Afrique. C’est pourquoi l’on ne peut s’empêcher de penser que le malaise est suffisamment profond pour mettre à mal la cohésion du parti. Surtout si l’argument de la force doit prendre le pas sur la force des arguments.

Et cette façon de régler les différends avec les muscles, au domicile même du père fondateur du parti, est le comble de l’irrespect à son égard. Il devrait en tirer les conséquences.

Cependant, il y a lieu de croire que tant que l’affaire Karim Wade ne sera pas vidée, aujourd’hui plus que jamais, Abdoulaye Wade ne va pas passer la main. Au contraire, tout laisse croire qu’il va utiliser le parti pour mener le combat de son fils jusqu’au bout, quitte à sacrifier bien des ambitions dans son parti qu’il n’est pas loin, de par son comportement, de considérer comme sa propriété exclusive. Si cela s’avérait, ce serait une vision bien égoïste voire égocentrique  qui aurait pour conséquence la vassalisation des autres cadres du parti. Aussi à défaut de pouvoir obtenir le changement à l’intérieur du parti, les plus avisés seront-ils portés à quitter le navire. Et cela contribuera à fragiliser davantage le parti. L’obstination de Wade à vouloir privilégier les intérêts de la famille risque d’être fatale au PDS. Pourtant, l’on croyait qu’il avait retenu la leçon, lorsqu’il avait échoué à porter son fils à la tête de la mairie de Dakar.

Aujourd’hui, le PDS est à une étape charnière de son évolution d’où il peut sortir renforcé ou au contraire beaucoup plus affaibli. Surtout qu’avec le niveau de décrépitude et de pourrissement des relations entre certains militants, l’après-Wade même n’offre pas de garanties. Au regard de la situation, il n’est pas exagéré de dire que le PDS n’est pas loin de l’implosion. Et Abdoulaye Wade en porte   la plus grande responsabilité. Comme quoi, « qui sème le vent, récolte la tempête ».

Outélé KEITA

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