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Consultations prénatales: Un autre calvaire pour des déplacées internes

Panzani. La seule évocation du nom de ce quartier fait déjà penser aux déplacés internes. Situé dans l’arrondissement n°9 de la ville de Ouagadougou dans sa périphérie Nord, Panzani accueille depuis quelques années, des centaines de personnes qui ont fui leurs localités d’origine du fait du terrorisme.  C’est dans ce quartier d’ailleurs que vivent Mamounata Kadiogo, Latifatou Ouédraogo, Balkissa Sanfo et Rabiatou Maiga. Elles sont devenues des déplacées internes par la force des choses et ne comptent que sur la générosité de bonnes volontés. En plus du statut de déplacées internes, elles ont un autre dénominateur commun : elles sont enceintes. Une situation qui est loin d’être reluisante pour ces femmes déjà très éprouvées. Nous les avons rencontrées en début septembre 2023.

C’est connu, les consultations prénatales sont incontournables, voire obligatoires pour toute femme enceinte. En effet, elles permettent de connaitre l’état de santé de la future mère et du bébé à venir. Cette réalité, Mamounata Kadiogo, une déplacée interne résidant à Panzani, en est bien consciente. Habillée en robe noire, la tête couverte d’un hijab bleu, Mamounata Kadiogo est à sa 5e grossesse lorsque nous la rencontrons le 15 septembre dernier. Mère de 4 enfants dont le dernier, un garçon de deux ans, notre trentenaire raconte l’horreur qui les a poussés, elle, son mari et leurs  enfants, à trouver refuge à Ouagadougou, précisément à Panzani. Et ce depuis deux ans. « Nous étions à Silgadji (commune de Tongomayel, région du Sahel) avant d’arriver ici. Un jour, les terroristes sont arrivés dans notre village et ont tué beaucoup de personnes.  J’ai perdu des membres de ma famille. Nous avons décidé de fuir », relate-t-elle, les larmes aux yeux. Enceinte de 7 mois, dame Kadiogo est bien consciente que son état exige des consultations prénatales pour connaître, en plus de son état de santé, celui du futur bébé bref, l’évolution de sa grossesse.  Et c’est là où le bât blesse, surtout lorsque vient le moment d’honorer une ordonnance. « Je fais ma pesée dans un centre de santé à côté. Lorsque je vais en consultation, il y a souvent des ordonnances pour payer les médicaments et également des examens à faire dont celui du sang. Ce n’est pas tout le temps que j’arrive à payer mes ordonnances qui peuvent aller de 3 500 à 9 000 F CFA. Quand je peux le faire, je le fais mais il y a des moments où je ne peux pas et je laisse tomber », dit-elle, d’un air triste.

Mamounata Kadiogo, mère de 4 enfants, est bien consciente que son état exige des consultations prénatales

Selon elle, avant sa grossesse, elle passait de cour en cour pour faire la lessive ; ce qui lui permettait d’avoir de quoi subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille aussi. « J’aidais aussi une femme à faire le tissage, ce qui m’aidait à avoir de quoi préparer à la maison. Mais depuis que je suis enceinte et que les mois avancent, je n’arrive plus à faire ces travaux car je n’ai plus de force pour le faire. J’ai donc dû tout arrêter ». Une décision prise malgré elle, avec l’espoir que de bonnes volontés voleront à son secours. Car, du mari, Mamounata n’attend pas grand-chose. Ce dernier ne faisant rien. « Mon mari ne fait rien. Il n’arrive pas à avoir de petits boulots. On ne compte que sur de généreux donateurs », dit-elle.

 « Il y a les examens  aussi à faire »

 Une réalité que vit également Rabiatou Maiga, cette autre déplacée interne enceinte, vivant à Panzani, il y a de cela trois ans, avec son époux  Mahamadi Tapsoba et leurs deux enfants.  Agée de 22 ans, la jeune dame affirme avoir souvent du mal à honorer les ordonnances prescrites par les agents de santé lors des pesées. « Les ordonnances ne manquent pas. Il y a les examens à faire, notamment celui du sang.  Lors de ma première pesée, on m’a prescrit des produits que j’ai pu acheter. Entre-temps, je ne me sentais pas bien et je suis allée à l’hôpital. On m’a prescrit un produit pour le sang, qui coûtait 2 000FCFA. J’ai pu l’acheter mais quand je prenais le produit, je vomissais à tel point que je suis repartie et on m’a prescrit un sirop. Je n’ai pas pu acheter ce sirop faute d’argent. Je dois faire aussi une échographie qui coûte 8 000 FCFA, mais je ne l’ai pas encore faite car je n’ai rien », raconte-t-elle, tout désespérée. Consciente « que l’échographie est obligatoire », Rabiatou dit avoir le sommeil trouble car sans cette échographie, il lui sera bien difficile « de retourner à l’hôpital ». Mais que fait votre mari, pourquoi n’achète-t-il pas les produits pour vous ? A cette question, dame Maiga fait savoir que son mari qui se débrouillait sur un site artisanal d’or dans la zone de Djibo, est rentré depuis que des hommes armés ont investi le site. Ce dernier, selon elle, essaie de faire de petits boulots, notamment la maçonnerie mais…

 

« Je dois faire aussi une échographie qui coûte 8000FCFA mais je ne l’ai pas encore fait », confie Rabiatou Maiga

« Il y a des jours où il sort et rentre bredouille pour n’avoir pas eu du manoeuvrage  sur un chantier. Même quand il arrive à faire quelque chose et qu’il revient avec de l’argent, c’est juste pour acheter de quoi manger pour la famille. Peut-on parler d’acheter des produits en ce moment ? », nous demande-t-elle. « On veut juste avoir de quoi manger », ajoute-t-elle, le visage triste.  Mais Rabiatou n’est pas au bout de ses peines. Car, il va bien falloir avoir un minimum le jour de l’accouchement et cela, la partie est loin d’être gagnée.  « Je suis pratiquement à terme (7 mois). Or, il me faut des pagnes, des habits pour bébé, et je me demande bien comment je vais me débrouiller étant donné que je n’ai rien », explique-t-elle,  l’air inquiète.

 Contrairement à Mamounata et Rabiatou qui ont déjà des enfants, Latifatou Ouédraogo, elle, n’en a pas encore.

Après deux fausses couches, Latifatou Ouédraogo espère que la grossesse qu’elle porte, arrivera à terme

Agée de 20 ans, elle espère que sa grossesse qui est au 4e mois, sera cette fois-ci la bonne. En effet, après deux fausses couches, la jeune dame prie Dieu pour que sa grossesse arrive à son terme. « Parce que lorsque j’atteins deux à trois mois de grossesse, ça coule. J’ai déjà fait deux fausses couches. Je prie Dieu que cette fois soit la bonne », confie-t-elle, le regard lointain. Après quelques minutes de silence, elle se ressaisit et explique que son état de santé fait qu’on lui prescrit régulièrement des ordonnances ; ce qu’elle n’arrive toujours pas à honorer.

 « Il s’agit de ma santé mais si je n’ai pas d’argent pour payer mes produits, je fais comment ? »

 « Quand je n’étais pas enceinte, des familles me faisaient appel pour faire leur lessive ; ce qui me rapportait un peu d’argent. Mais depuis que je suis enceinte, les agents de santé m’ont conseillée d’éviter au maximum les travaux, surtout ceux qui demandent de fournir des efforts. Donc, j’ai arrêté et je suis à la maison. Je n’ai pas d’argent. Mon mari travaille sur un site d’or artisanal loin de Ouaga. Il peut faire des mois sans m’envoyer de l’argent. Quand il revient et que je lui présente les ordonnances, quand il peut, il achète les produits. Mais souvent, il me dit qu’il n’a rien. Donc, je reste ainsi jusqu’à ce que j’aie de l’argent pour acheter les produits ou même pas. Et quand je repars à l’hôpital, les agents de santé me grondent, et là ils ont raison. Cela me rend triste car il s’agit de ma santé et celle de mon bébé mais si je n’ai pas d’argent pour payer mes produits, je fais comment ? », s’interroge-t-elle.  Tout comme Latifatou Ouédraogo, Balguissa Sanfo n’a pas encore d’enfant. Mariée, il y a de cela un an, Balguissa Sanfo, 18 ans, a rejoint son mari, Hamado Ouédraogo, un déplacé interne résidant sur le site de Panzani. Enceinte de 5 mois, la désormais ex-élève, pour avoir fait la classe de 3e en 2022, semble mieux lotie que les trois autres.

 

 

Balguissa Sanfo affirme avoir bénéficié gratuitement de certains médicaments

 

« Je vais à la pesée. Quand on me donne une ordonnance, quand mon mari est là (NDLR : il travaille sur un site artisanal d’or), il se débrouille pour payer les produits. Etant donné que je vis avec ma belle-famille, c’est mon beau-père, un aide-maçon, qui paie les ordonnances avec l’argent qu’il gagne. Mais ce n’est pas facile », relate-t-elle. Elle confie avoir bénéficié de médicaments dans le cadre de la gratuité des soins aux femmes enceintes et enfants de moins de 5 ans. « Il y a un cahier qu’on m’a donné lors d’une pesée. Quand tu as ce cahier, il y a un dépôt de médicaments où tu dois te rendre. Quand tu arrives, tu présentes le cahier et on te sert les produits sur l’ordonnance. Mais s’il n’y en a pas, tu es obligé d’aller acheter ailleurs et cela à tes propres frais. Pour des gens qui n’arrivent pas à avoir à manger, s’il faut payer les médicaments et faire les examens, cela ne fait qu’en rajouter aux difficultés », estime-t-elle.

Face à leur situation difficile, nos interlocutrices qui s’apprêtent à donner la vie, appellent l’Etat et toutes les bonnes volontés à leur venir en aide.

En la matière, elles peuvent compter sur l’appui du Réseau Ami des femmes enceintes, des mères et des enfants. Créé en décembre 2021, ce réseau est une association à but non lucratif dont l’objectif est de contribuer au bien-être et à la promotion de la femme enceinte, de la mère et de l’enfant.

« L’échographie n’est souvent pas prise en compte »

A en croire Agnès Hien/ Sontié, la présidente, en 2022, le réseau a mené diverses activités dans les zones non-loties de Zongo, de Yamtenga, ainsi qu’à Panzani, toutes situées à Ouagadougou. Il s’est agi de séances de préparation à l’accouchement et de remises de kits de dignité composés d’un seau, de pot, de savons, de couches maternité, dans l’optique d’aider à une prise en charge adéquate de ces futures mères démunies, le jour de l’accouchement. Un coup de main qui ne se fait pas sans difficulté.  « A Panzani, nous avons recensé plus d’une soixantaine de femmes PDI enceintes. Or, nous sommes allés avec une soixantaine de kits de dignité. Donc, on a eu plus de femmes que prévu. Du coup, certaines n’ont pas pu bénéficier de kit de dignité. Une situation qui m’a mise très mal à l’aise et comme le kit est estimé à 5 000 F CFA, il fallait trouver 5 000 F CFA pour chaque femme qui n’en avait pas eu afin qu’elle puisse s’en procurer », a fait savoir la promotrice de l’Ecole des mamans qui a évoqué le sérieux problème de financement. Sur la question de la gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans, la présidente évoque le problème de manque d’information.

 

Face à la problématique, la présidente a annoncé que grâce au financement d’un partenaire, sa structure pourra soulager un tant soit peu la situation de ces personnes vulnérables dans les villes de Ouaga, Kaya, Ouahigouya, Fada à travers des activités de préparation à l’accouchement et des dons de kits de dignité courant septembre et octobre.

Nous avons bien voulu savoir s’il y a des dispositions particulières pour la prise en charge sanitaire des déplacées internes enceintes de Panzani auprès d’agents de santé de leur ressort, mais notre demande d’autorisation auprès du ministère en charge de la santé, est restée sans suite.

Colette DRABO

 

Propos d’un habitant de Panzani

« Nous avons entendu parler de la gratuité des soins mais nous ne voyons rien. Quand les gens ici partent à l’hôpital et qu’on donne des ordonnances, lorsqu’ils se présentent au dépôt pharmaceutique, on ne leur donne que du paracétamol et on leur dit qu’il n’y a pas de médicaments. A force de répéter cela aux gens, eux aussi ne se fatiguent plus pour se présenter au dépôt. Ils prennent les ordonnances et vont chercher leurs produits ailleurs. Nous, en tout cas, ici, nous ne ressentons pas cette gratuité ».

A propos de la mission de « l’Ecole des mamans »

Selon la présidente du Réseau par ailleurs promotrice de « l’Ecole des mamans », Hien/ Sontié, sage-femme spécialisée en soins obstétricaux et gynécologiques, la structure compte environ 15 membres avec une trentaine de sympathisants.  « L’Ecole des mamans est un centre de préparation physique et psychologique à l’accouchement. Généralement, dans notre centre, les femmes qui y viennent, paient pour pouvoir bénéficier de nos activités, entre autres, savoir ce qu’il faut faire ou ne pas faire pendant la grossesse, les gestes et comportements à avoir pour pouvoir accoucher le plus facilement possible et, comment prendre soin de son enfant. Sachant que nous avons plus de femmes en milieu rural, qui accouchent le plus et qui meurent aussi le plus, nous nous sommes dit qu’il fallait agir en faveur de ces dernières. C’est ce qui nous a poussés à nous mettre en association pour voir comment mobiliser des fonds et venir en aide à ces femmes, les préparer physiquement et psychologiquement à l’accouchement, leur donner des conseils pour que leurs enfants restent en bonne santé », a expliqué la promotrice.

 Rassemblés par CD

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