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Burkina : « Sortir des débats hors sol et travailler à l’avènement d’un développement endogène réel », Dr Harouna Kaboré

Il nous revient régulièrement de faire le constat que le développement endogène séduit aujourd’hui à tel enseigne que presque  «tous les politiciens » en parlent et « aucun politicien » ne nous propose un programme politique qui en fait le socle du développement de notre pays.  Est-ce une mode ou une tendance ? Cela  contribue t’il à galvauder le sujet ou à le nourrir davantage? Que pourrait être ce qu’il faut faire? A travers ces lignes j’apporte ma contribution aux débats publics sur la question.

LE DÉVELOPPEMENT ENDOGÈNE EN QUESTION

Le développement endogène, renvoie au « processus de transformation économique sociale, culturelle, scientifique et politique, basé sur la mobilisation des ressources et des forces internes et l’utilisation des savoirs et expériences accumulés par le peuple d’un pays. Il permet et invite les populations à être des agents actifs de la transformation de leur société à partir de solutions inspirées des réalités du cru plutôt que d’être des consommateurs de modèles importés. En substance, le développement endogène sans renvoyer à un repli sur soi vise à concevoir un modèle de développement à partir de soi plongeant ses racines dans la société du cru ». L’éminent Professeur Joseph Ki Zerbo dira en plus que : « si on se développe, c’est en tirant de soi-même les éléments de son propre développement ». Cette vérité qui s’impose avec la force de l’évidence, ne peut mieux être perçue qu’en rappelant que depuis les indépendances, les pays africains ont fait l’expérience d’une dizaine de « modèles de développement », tous venus de l’extérieur mais tous soldés soit par des échecs soit par des résultats mitigés.

Quelles leçons tirer de ces expériences? Est-ce parce que l’Afrique serait réfractaire au développement ? Où est-ce simplement la manifestation de ce que le développement ne peut s’imposer de l’extérieur sans référence à des valeurs et réalités locales ? En réalité, c’est en ignorant le potentiel énergétique de ses cultures et de ses réalités que notre continent chute dans la pauvreté et la paupérisation. Mais entendons-nous bien, le développement endogène n’est pas la promotion du passé.

SORTIR DES CLICHÉS ET DE L’OBSESSION DU RETOUR VERS LE PASSÉ

Un certain discours sur le développement endogène fait par certains de nos concitoyens qui ne se s’intéressent à ce concept que pour rester dans la tendance ou pour surfer sur la vague, ne rend pas service à cette voie originale de développement. On ne saurait aujourd’hui, appliquer certaines solutions ou politiques publiques mise en œuvre il y’a environ 40 ans dans notre pays et espérer obtenir des résultats.

La démagogie et la nostalgie d’un passé révolu ne riment pas avec le développement endogène ! On peut juste s’inspirer de politiques publiques endogènes du passé et aussi des savoirs endogènes comme nous l’enseigne le philosophe béninois Paulin HOUTONDJI a l’effet de bâtir celles d’aujourd’hui et de demain. En effet le développement endogène n’est ni un passéisme idéalisé, ni un enkystement réactionnaire. Il serait irréaliste dans un monde en constante globalisation, aux frontières brisées par les technologies de l’information et la connexion des populations du monde, et contre-productif dans un contexte d’interdépendance généralisé. Il s’agit simplement mais résolument de partir de soi et avec soi pour concevoir un développement pour soi ! Car comme le dit fort opportunément KI-ZERBO, « Le développement vrai et durable est celui que nous concevons nous-même et qui est le produit de nos cultures ».D’ailleurs, dit il « les pourfendeurs de cette théorie du développement dit « endogène » lui attribuent une connotation « autarcique » (endo) audétriment de la partie dynamique, « métabolique » (genèse) qui l’accompagne. La suspicion du retour à l’indigène, à l’africanisme, à une néo négritude, sont de mise ! Pourtant, ce qu’on  oublie ou refuse de reconnaître, dans le fond, c’est que les pays industrialisés du Nord n’ont pas fait autre chose que du développement endogène »

TOUS LES DÉVELOPPEMENTS ONT ÉTÉ ENDOGÈNES

Même si le pillage de l’Afrique pendant des centaines d’années et la base inégale des échanges Nord-Sud ont généré les richesses du Nord, c’est bien la prise en compte de l’endogénéité qui a accompagné ce développement de ces pays. En clair tous les pays développés ou supposés comme tel, l’ont été à partir de leurs histoires, de leurs ressources culturelles propres. Le modèle japonais, s’est appuyé sur le shintoïsme, tout comme le confucianisme est le ressort du rayonnement de la chine aujourd’hui.

L’industrialisation de l’occident est fille cadette de l’histoire dont Emile ZOLA nous enseigne un pan dans son œuvre GERMINAL. C’est pourquoi Selon Joseph Ki-Zerbo : « … par-delà le temps néocolonial qui n’a pas rendu aux civilisations africaines le dynamisme endogène et autopropulsé, nous avons débouché dans la mondialisation qui risque d’être la récapitulation du même modèle récurrent depuis la Traite des noirs, la Colonisation et aujourd’hui la Néo-colonisation». On pourrait alors se demander si finalement nous ne sommes pas condamnés à subir? Mais non, absolument pas car dans son livre intitulé « La natte des autres : pour un développement endogène en Afrique »,  Joseph Ki-Zerbo fait remarquer que  « l’Afrique n’est pas « en panne »…parce que face à la crise actuelle qui accable et paralyse le secteur « moderne », c’est le secteur populaire, « non structuré » bref le plus endogène, qui manifeste un dynamisme remarquable, non seulement pour survivre,mais pour s’auto-structurer et contribuer aux options alternatives pour l’Afrique ».  Ce secteur populaire non structuré c’est bien vous, c’est nous, acteurs du Renouveau ! Alors,  il faut s’assumer davantage en nous donnant les moyens de réaliser ce que le Pr Joseph Ki Zerbo nous invite à faire.

En effet,  dans son livre posthume « Histoire pour l’Afrique », Ki Zerbo propose de «  formuler un projet sociétal de développement endogène ouvert sur le monde ; au lieu de promouvoir une ouverture sur le monde qui tue dans l’œuf le développement endogène».

UN PROJET DE SOCIÉTÉ AVEC UNE POLITIQUE ÉCONOMIQUE DE DÉVELOPPEMENT ENDOGÈNE

Il est donc illusoire de croire que sans avoir au préalable formuler un véritable projet de société dans lequel le programme politique insuffle une politique économique de développement endogène, on peut improviser le  développement de manière endogène en surfant sur le vocabulaire. Aucune improvisation ne peut engendrer un développement endogène de notre pays. A titre d’illustration, le capitaine Thomas SANKARA et ses camarades sincères qui croyait au développement endogène de notre pays l’on pensé en amont en faisant un travail théorique sur le projet avant la prise du pouvoir. De ce fait, pour Sankara et ses camarades sincères, le pouvoir n’était pas un but mais un moyen ! Oui un moyen pour réaliser leur projet pour le Burkina Faso. Quel que soit l’intelligence des acteurs politiques de notre pays, aucun développement endogène ne peut être réalisé par eux s’ils ne l’ont pas conçu en amont théoriquement. En somme, si nous voulons  faire du développement endogène, les futures élections présidentielles seront l’occasion pour faire connaître les projets et programmes politiques qui ne sont  pas à confondre avec les catalogues d’intentions et d’activités ou de promesses électorales. Au mouvement ENDOGÈNE par exemple nous y travaillons afin de mettre à la disposition des décideurs, de vrais contenus stratégiques et structurels pour réaliser un projet de développement endogène de notre pays !

ENDOGÈNE est une association d’éducation citoyenne et d’entreprenariat sociale. Notre Mouvement n’a pas vocation à conquérir le pouvoir d’Etat. Le contenu politique et économique du projet de société doit répondre,  quand il traitera du développement endogène,  aux questions stratégiques et donner des axes et pistes lisibles sur les politiques sectorielles endogènes de la politique économique envisagée. Les déclarations doivent s’appuyer sur des orientations pensées et «comestibles ». Sortons donc du discours et gardons le cap sur le Renouveau et le développement endogène mûris, conçu et réalisable car notre pays vit la pire crise de son histoire menaçant son existence comme sa dislocation en 1932 pendant que le renouveau balbutie. En rappel, « La  crise (selon GRAMSI) consiste  justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés. La crise, période de transition, s’accompagne de « phénomènes morbides variés ». Un phénomène historique est qualifié de morbide lorsqu’il freine l’apparition d’un nouveau type de société. Observons nous-mêmes « les phénomènes morbides Burkinabè » qui se présentent comme des solutions mais qui sont en réalité des forces rétrogrades aux appétits voraces sans solutions durables. C’est un moment où les analyses sérieuses et rigoureuses ne sont pas audibles et subissent dédains et railleries ! C’est un moment où l’unité de mesure du patriotisme c’est « faire beaucoup de bruit » ! Mais notre résilience ne doit pas se transformer en résignation au risque de nous accommoder à la crise et à ses phénomènes morbides. Alors le seul retour possible ce n’est donc pas vers le passé si on veut résoudre la crise ou le développement endogène constituera la réponse du volet économique, le seul retour possible c’est vers le futur en « osant inventer l’avenir ». le Faso d’abord !

Dr Harouna KABORÉ

Chef d’entreprises

Président du Mouvement Endogène

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