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AZIZ KAYA, PROPRIETAIRE DU CAFE AZIZ ISTANBUL: « Si les policiers avaient essayé de tirer, on aurait eu peu de personnes décédées »

L’attaque du Café Aziz Istanbul est toujours dans les esprits des Burkinabè. Et même sur les lieux de l’attaque, le souvenir est encore vivace. Mais 72 heures après, soit le 17 août 2017,  avec un courage inouï, le propriétaire du Café Aziz Istanbul s’attèle à effacer les traces de l’attaque du café en commençant par le nettoyage du sol couvert par endroits du sang des victimes. Encore sous le choc, le propriétaire des lieux, du nom de Aziz Kaya, et sa fille nous ont reçu à l’intérieur du café en question, où les dégâts causés par les impacts de balles étaient encore visibles. Il nous donne ses impressions.

« Le pays » : Comment vous  sentez-vous ?

Aziz Kaya : C’est  trop difficile à supporter.  Je ne sais pas  comment vous l’expliquer, mais c’est trop difficile. Le terroriste est et restera toujours terroriste. Les terroristes n’ont pas de religion.  Les terroristes  crient souvent « Allah », alors qu’ils ont tué ici des musulmans et  des chrétiens. Ce qui veut dire que les terroristes n’ont ni religion ni pays. 18 personnes sont mortes ici et c’est difficile pour moi de l’expliquer.  A qui profite ce crime ?  Je ne sais pas.  Inch’Allah, les autorités burkinabè sauront, grâce aux enquêtes, qui est derrière tout cela. Mais cette situation fait perdre à notre pays, le Burkina Faso,  beaucoup de choses. Je suis devenu Burkinabè parce que cela fait maintenant 10 ans que je vis au Burkina Faso.  Nous allons continuer à prier pour que ce soit la dernière fois que ce genre d’évènements arrive au pays.

Qu’est-ce qui vous a incité à vous installer au Burkina Faso ?

J’ai fait la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Niger et le Togo. J’ai visité beaucoup de pays, mais le Burkina Faso est différent. Les gens sont gentils et proches de nous. Et pour moi, c’est important. Depuis que je suis là, je n’ai jamais eu de problème avec quelqu’un. Le Burkina Faso, c’est un beau pays, c’est notre deuxième pays.

Racontez-nous comment les choses se sont passées le dimanche 13 août 2017.

 Je n’étais pas ici le dimanche 13 août 2017. Mais chaque jour, nous avons deux policiers pour la sécurité des lieux. Le chef de la Police m’a appelé ce jour-là, pour me demander s’il y avait un problème au Café. Un autre ami m’a appelé pour m’expliquer le problème.  A la porte du Café, nous avons deux policiers. Il y avait deux autres policiers devant l’immeuble EBOMAF. Ce qui fait 4 policiers dans le même coin. Mais je ne comprends pas pourquoi les choses se sont passées ainsi.  Notre restaurant était plein à cause du match de football et un anniversaire, le dimanche 13 août dernier. Il y avait un groupe de Koweitiens composé de  4 ou 5  personnes, qui était là. Il y avait aussi une équipe de « Turkish Airlines ». Ils étaient à peu près 9 personnes qui étaient là, mais  ils sont partis 5 minutes avant le début des événements. Nous avons la chance qu’il y a une porte qui permet de passer par l’arrière. Sinon, on aurait eu plus de 80 morts.  Nous  avons 50 employés, y compris les policiers.  Mais les soirs, ils sont au moins 25 personnes à travailler.

Depuis combien de temps le restaurant est-il ouvert ?

Depuis 2009.  Nous étions de l’autre côté, dans un autre magasin.  Mais ici, nous avons commencé en mars 2016.

 Quelle a été votre première réaction quand vous avez appris la nouvelle ?

Nous étions choqué.  Nous n’avons jamais eu de problèmes depuis que nous vivons ici, au Burkina Faso.  Si les terroristes se disent musulmans, pourquoi font-ils cela ?  Comme  nous l’avons dit, les terroristes n’ont pas de religion.

Est-ce que vous avez  senti les choses venir ?

Jamais !

Depuis l’attaque du café Capuccino en janvier 2016, avez-vous pris des dispositions utiles pour protéger vos clients ?

Oui. Nous avons toujours deux policiers qui travaillent  depuis l’ouverture jusqu’à la fermeture du restaurant. Quand les choses ont commencé, les policiers étaient les premiers à fuir. S’ils avaient essayé de tirer, le nombre de personnes décédées n’aurait pas été aussi important. Et comme ils ont été les premiers à fuir, les terroristes sont entrés dans le Café sans problème.

Avez-vous perdu des proches dans  cette attaque ?

Oui. Nous avons perdu un ami, un Turc qui  était malade. Il travaillait dans une mine d’or à 200 km de Ouagadougou et était venu à Ouagadougou pour se soigner. Nous avons un ami turc qui est également blessé,  mais Dieu merci, ça va.

Pourquoi n’étiez-vous pas au Café au moment des faits ?

J’étais ici le matin, avec ma famille.  Nous travaillons tous les jours de 6h à minuit.  Vendredi et samedi, nous avons fermé à 1h du matin.  Le dimanche, nous sommes descendus un peu plus tôt, puisque nous étions fatigués.

A combien  évaluez-vous  les pertes matérielles ?

Ça, ce n’est pas important.  Le matériel perdu peut être remplacé. Mais les personnes décédées, non. Mais nous avons commandité une expertise pour  évaluer les pertes.

Quel est le nombre de personnes qui travaillent ici et à combien est estimée la masse salariale mensuelle ?

Nous avons plus  50 employés. Chaque mois, nous déboursons à peu près 3 millions de F CFA pour les salaires des employés.

 Ne trouvez-vous pas  curieux que  jusque-là, l’attaque n’ait pas encore été revendiquée ?

Nous attendons que la police ou la gendarmerie nous donnent des informations.

Comptez-vous rouvrir ?

Oui.  Nous allons faire mieux que cela.  Nous n’avons pas peur des terroristes.  Je vais continuer à le faire avec ma famille.

 Quand est-ce que vous comptez le faire ?

 Cette année, ce ne sera pas possible.

 Quel est votre message à l’endroit des familles des victimes et  aux blessés de cette attaque ?

 Nous sommes tristes pour eux. Nous présentons nos condoléances à ceux qui ont perdu leurs proches, parents et amis  dans cette affaire. Nous aurions souhaité que les choses ne se passent pas ainsi, mais Dieu en a décidé autrement.  Nous sommes désolé et souhaitons que ce soit la dernière fois que ce genre d’évènements arrive au Burkina. Nous voulons que cette énième attaque soit la dernière au Burkina. Nous sommes des Burkinabè et notre souhait le plus ardent est que ce soit la dernière fois.  Je remercie les autorités du Burkina. Elles ont été à nos côtés depuis le premier jour jusqu’ici.

Propos retranscrits par Issa SIGUIRE/Le Pays

 

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