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arton65370 CONDAMNATION DE GUIRO : Le bouc émissaire d’un système

Le verdict du procès de l’affaire Ousmane Guiro est tombé le samedi 20 juin dernier. L’ancien directeur général des douanes du Burkina a été reconnu coupable de corruption sur la somme de 900 millions de F CFA et de violation de la réglementation des changes. A contrario, la Cour l’a reconnu non coupable d’enrichissement illicite. Par conséquent, Ousmane Guiro a été condamné à 2 ans de prison avec sursis et à payer une amende de 10 millions de F CFA. Le tribunal a également ordonné la confiscation des objets de la corruption d’une valeur de 900 millions de F CFA. Quand on sait que le procureur général avait requis contre lui 10 ans d’emprisonnement ferme, l’on peut estimer que l’ancien directeur général des douanes s’en tire à bons comptes. Ce verdict ne manquera pas d’être commenté par les Burkinabè sous toutes les latitudes. Et cela est normal. Car c’est la première fois, sauf oubli ou omission de notre part, qu’un agent public de ce rang a comparu devant une Cour d’assises criminelles, à l’effet de répondre de crimes économiques d’une telle envergure.

Dans le système Compaoré, la corruption, le détournement de deniers publics, l’enrichissement illicite, avaient été érigées en valeurs

C’est donc une première. Et l’on pourrait s’attendre à ce que son dénouement judiciaire suscite des réactions au sein de l’opinion publique, susceptibles d’être caractérisées par une certaine dualité. En effet, le premier élément de cette dualité pourrait être le point de vue du citoyen lambda, qui consisterait à s’appuyer sur le verdict pour crier à une justice qui fait la part belle aux riches et aux tout- puissants de la cité. Cette vision des choses pourrait tenir la route, puisque l’on a vu dans ce pays déjà, de par le passé, des Burkinabè, pour avoir commis des chapardages, écoper de la part de la justice, de verdicts plus sévères que celui qui a été réservé à Guiro. Ce point de vue est d’autant plus crédible que dans le cas d’espèce, Guiro a été reconnu coupable de corruption sur la somme de 900 millions de F CFA et de violation de la réglementation des changes. Cet argent, dans le contexte du Burkina, peut donner le tournis à bien des gens. De ce fait, la répression pourrait n’avoir pas été à la hauteur de la gravité de l’acte.
L’autre élément de cette dualité à propos du verdict, peut être le point de vue de tous ceux qui savent s’élever au-dessus de la réaction du citoyen lambda pour situer les choses dans un contexte général, celui du système Compaoré. Ce système, on le sait, était marqué par une gouvernance où le laxisme, la corruption, le détournement de deniers publics, l’enrichissement illicite, le favoritisme et l’on en oublie, avaient été érigées en valeurs.
C’est ce qui expliquait que certains Burkinabè ne se faisaient aucun scrupule à s’en donner à cœur joie. Ceux des Burkinabè qui avaient mis un point d’honneur à s’en démarquer étaient perçus comme des personnes qui avaient perdu le Nord. Le système vermoulu avait donc accouché d’hommes et de femmes qui avaient amassé d’immenses fortunes sur le dos du contribuable burkinabè. Ces délinquants au col blanc s’étaient rendus maîtres de la cité. Guiro est un produit de ce système. Seulement, il a eu la malchance de voir éclater son affaire à un moment où le pouvoir avait besoin, pour sa survie, d’une occasion pour taper dans la fourmilière pour donner aux Burkinabè l’illusion qu’il s’était, à partir de l’affaire Guiro, inscrit dans la logique d’une gouvernance plus vertueuse en matière de gestion des ressources publiques. C’est pourquoi, l’on peut dire que Guiro a été le bouc émissaire d’un système. Et dans un tel système, l’on a la latitude, lorsque l’on est à un poste qui génère beaucoup de ressources comme celui de directeur général de la douane, de s’enrichir à la vitesse grand V.

Il va falloir revisiter les textes de la douane

Car, en plus de la permissivité du pouvoir, les avantages légaux liés au poste et certaines pratiques peu orthodoxes connues de tous et qui passaient pour être la règle, en donnent la possibilité. C’est peut être l’une des raisons qui a dû motiver la Cour à être clémente. Blaise Compaoré est certes parti, mais le système qu’il a méthodiquement travaillé à mettre en place pendant 27 ans n’a pas pour autant disparu comme par enchantement. Pour toutes ces raisons, l’on peut percevoir le procès de Guiro comme celui du système Compaoré.
D’où toute la dimension pédagogique que celui-ci devrait avoir, pour peu que l’on ait le souci de la rupture. Et si aujourd’hui, ce souci est réel, il va falloir revisiter les textes de la douane de manière à ne pas exposer les hommes et les femmes qui vont venir après Guiro à la tentation. De la même manière que certains ont vu la nécessité de changer de Constitution ou du moins de supprimer les clauses maléfiques de l’actuelle loi fondamentale pour empêcher l’émergence d’autres Blaise Compaoré, de la même manière l’on doit impérativement refondre les textes de l’administration de la douane si l’on ne veut pas que demain, il y ait à la tête de cette institution, quelqu’un qui pourrait faire pire que Guiro, pour la simple raison que le microbe se développe en terrain favorable.

« Le Pays »

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