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ABBE PAUL DAH, A PROPOS DU CAREME « Le jeûne a pour but de donner soif et faim de Dieu et de sa parole »

Ce mercredi 2 mars 2022, débute le carême chrétien avec la célébration du mercredi des Cendres. Un temps de quarante jours de pénitence et de prières. A ce propos, nous avons rencontré le 28 février dernier à Ouagadougou, l’Abbé Paul Dah, chargé de communication de la Conférence épiscopale Burkina-Niger qui, dans l’interview qu’il nous a accordée, est revenu sur la symbolique du mercredi des Cendres ainsi que les dispositions à prendre pour vivre un bon temps de carême. Lisez plutôt !

 « Le Pays » : La célébration du mercredi des Cendres ouvre le temps de carême chez les catholiques. Quelle est le sens de cette célébration ?

Abbé Paul Dah : A vrai dire, si les cendres apparaissent comme une marque évidente du carême dont elles déterminent le début, il faut signaler que ce symbole s’est imposé tardivement dans la liturgie catholique du premier jour du Carême. Pour en savoir le sens, il faut se référer à la Bible où les cendres sont le signe qui exprime la tristesse de l’homme devant le malheur. Mais pour aller plus loin, disons que la cendre, indissociable de la poussière d’où l’homme a été tiré, symbolise ainsi le néant de l’homme devant l’absolue transcendance du Dieu qui se révèle à Moïse à travers un buisson ardent qui, lui, ne se consume pas. Elle est donc, logiquement, l’état auquel retourne le pécheur qui se détourne de Dieu. Le mouvement contraire de se détourner de Dieu, c’est se tourner vers Dieu. Ce dernier mouvement est appelé conversion. Dans cette dynamique, la célébration des cendres nous offre la possibilité de repartir du Christ, comme cette braise qui, des cendres, jaillit en flammes incandescentes. De la sorte, vous percevez déjà la lumière de Pâques poindre dès le mercredi des Cendres. Ainsi donc, cette célébration du mercredi des Cendres engage chacun et chaque communauté à fournir les efforts nécessaires pour que, des cendres de sa vie passée, surgisse la vie nouvelle en Jésus Christ.

 A la veille des Cendres, il y a le mardi gras. Que représente ce mardi gras ?

Pour caractériser ce mardi gras comme vous dites, de façon amusée, disons que c’est une dernière folie que les gens s’accordaient avant d’entamer les quarante jours d’austérité du carême. En plus, comme pendant le carême, l’Eglise interdisait toutes réjouissances. Il était donc normal de faire la fête juste avant. Mais plus sérieusement, on peut penser à des raisons d’ordre pratique.

Le jeûne que propose l’Eglise catholique à ses fidèles, c’est de se passer d’un repas le mercredi des Cendres et le vendredi saint, et, de s’abstenir de viande les vendredis de carême

Quand on sait, en effet, que les aliments interdits par la discipline rigoureuse ecclésiale étaient précisément ceux qui ne se conservaient pas alors que le système de réfrigération était méconnu jusqu’au XIXe siècle, on peut comprendre pourquoi il fallait manger tout ce qui risquait de se perdre pendant ces six semaines de carême, et d’aider les autres familles à en faire autant dans une ambiance festive.

 Le carême chrétien dure quarante jours d’où son nom Sainte quarantaine. A quoi cela renvoie dans l’histoire du peuple de Dieu ?

Cela renvoie à la symbolique du chiffre quarante, et dans la Bible, et dans l’histoire du peuple de Dieu, pour exprimer la totalité, mais aussi une certaine idée de purification. Ainsi, vous avez par exemple :

– 40 jours et 40 nuits de déluge ;

– 40 ans de marche vers la terre promise ;

– 40 jours de Jésus au désert avant le début de son ministère public ;

et ainsi de suite.

En somme, 40, c’est le temps de purification, de maturation, d’accomplissement dont l’issue est toujours un temps de grâce.

C’est un peu tout cela que renferme le carême ou la sainte quarantaine, contraction du latin quadragesima (dies) – quarantième jour. Le carême est donc une période de jeûne et d’abstinence de quarante jours instituée au IVe  siècle en référence aux 40 jours de jeûne de Jésus entre son baptême et le début de sa vie publique.

En quoi consiste le jeûne selon l’Eglise pendant le temps de carême ? De quoi le jeûneur doit -il s’abstenir ?

D’emblée, disons que le jeûne a pour but de donner soif et faim de Dieu et de sa parole. Partant de ce but, il consiste à nous délester de notre trop plein. Comme tel, il ne s’agit pas seulement d’un geste de pénitence, mais aussi d’un geste de solidarité avec les pauvres et les nécessiteux à partir de ce dont nous nous détachons. Au final, c’est donc une invitation au partage et à l’aumône. C’est une privation volontaire de ce qui nous rassasie : un peu de nourriture peut-être, mais aussi de ces redoutables pièges à désir que sont le tabac, l’alcool, la télévision, l’ordinateur, le téléphone portable… Tout ce qui met notre vie sous la tyrannie de l’habitude et du besoin.

 Selon le Canon de l’Eglise, qui est habilité à jeûner ? Et à qui le jeûne est exempté ?

Le jeûne que propose l’Eglise catholique à ses fidèles, c’est de se passer d’un repas le mercredi des Cendres et le vendredi saint, et, de s’abstenir de viande les vendredis de carême. Et puisque vous vous en référez au Code de droit canonique, c’est le Canon 1 252 qui dispose que « sont tenus par la loi de l’abstinence, les fidèles qui ont quatorze ans révolus ; mais sont liés par la loi du jeûne, tous les fidèles majeurs jusqu’à la soixantième année commencée… ». Quoiqu’il en soit, en nous privant du nécessaire, nous nous rappelons que Dieu nous est encore plus nécessaire. Cela signifie que nous souhaitons ne pas être centrés sur nous-mêmes, sur nos désirs, sur nos besoins mais nous ouvrir à Dieu et aux autres par ce moyen. C’est ce à quoi nous aide le jeûne qui, par conséquent, nous stimule dans la prière.

En somme, l’esprit du jeûne chrétien, c’est de nous aider à acquérir la liberté du cœur. C’est pourquoi, selon le Code du droit canonique, la conférence des évêques peut adapter la pratique du jeûne aux particularités de chaque pays.

Au début du carême, les Cendres sont appliquées sur le front des chrétiens comme signe de leur conversion

 Qu’est-ce qui est recommandé par l’Eglise en termes d’exercices spirituels pendant le temps de carême ?

Il ne s’agit pas d’abord et avant tout d’un tas de choses à faire pour réussir son carême. Réussir son carême, c’est avant tout se couper de tout ce qui nous éloigne de Dieu et des autres. Dans cette perspective, et, étant entendu que Dieu ne veut   pas de rites sans signification, les recommandations de l’Eglise telles que la pénitence, la prière, l’aumône ou même les chemins de croix, prennent du sens. De ce point de vue, le texte d’Isaie 58, 5-6 est très éloquent : « Est-ce là ce que tu appelles un jeûne agréable à Dieu ? N’est-ce pas plutôt ceci, le jeûne que je préfère : défaire les chaînes injustes, délier les liens du joug (…) N’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé, héberger chez toi les pauvres sans abri… ». L’Eglise recommande donc, en ce temps favorable, d’intensifier notre vie de prières, de renoncement et de partage, pour suivre le Christ dans une charité agissante.

 Quelle doit être l’attitude du chrétien pendant le temps de carême ?

Une attitude de conversion qui le rend plus proche de Dieu et plus proche du prochain.

 Le carême de cette année se vivra dans un contexte particulier de Covid-19 et d’insécurité dans certaines zones du Burkina. Les pères de l’Eglise du Burkina ont-t-ils pris des dispositions particulières en vue de permettre aux chrétiens de vivre un bon temps de jeûne ?

En fait, le texte du 12 mars 2020 prenant en compte les mesures indiquées par le ministère de la Santé face à cette pandémie, d’une part, et, d’autre part, les règles de conduite spécifiques à l’Eglise catholique, restent de mise, même si, avec le temps, de l’eau a coulé sous les ponts, du point de vue de la mise en pratique et même de la réalité de la pandémie elle-même. D’un diocèse à l’autre, les dispositions varient en fonction de la réalité sur le terrain.

 Comme beaucoup d’autres catégories sociales dans notre pays, les chrétiens font les frais de la crise sécuritaire avec parfois des attaques ciblées. Des églises ont été détruites, des chrétiens enlevés ou tués. Selon vous, comment le chrétien doit-il se comporter dans une situation de ce genre ?

Ce n’est pas simple et ce serait même bien prétentieux de vouloir édicter une règle de conduite générale pour les chrétiens, face aux comportements d’un autre âge que subissent beaucoup de nos concitoyens. Je citerai seulement en exemple ce témoignage édifiant d’un chrétien dont la famille a été massacrée, au nom de je ne sais quoi, par ces djihadistes ou terroristes : « Ils m’ont ôté ma famille, mais ils ne m’ôteront pas ma foi ». Un autre chrétien, dans des circonstances similaires, disait qu’ils n’auront « jamais sa haine » ! Voilà ! L’amour du prochain recommandé par le Christ, va jusque-là. Et si vous tenez toujours à une opinion personnelle de moi, je dirai, à partir de là, que le chrétien doit se comporter en disciple du Christ dans ce genre de situations comme vous dites. Plus que tout, c’est à l’amour des autres que s’identifie tout disciple du Christ, selon Jean 13, 35.

 Comment vivre sa foi dans un contexte où dans certaines zones, il est interdit aux chrétiens de pratiquer leur religion ?

Comme l’ont vécue les premiers chrétiens. Certains ont subi le martyre.

 Quel appel avez-vous à lancer au peuple chrétien pour ce temps de carême ?

L’appel, c’est celui du pape François dans son message de carême auquel chaque chrétien peut se référer avec profit. En outre, chaque évêque peut le faire aussi pour son diocèse à travers ce qu’on appelle le mandement de carême. Dans tous les cas, il s’agit, pour nous, de nous décharger, nous débarrasser de ce qui alourdit, de ce qui ligote. Accepter de faire une pause, de rejoindre quelque désert intérieur, un lieu qui éloignera un peu des bruits immédiats superficiels pour s’enfoncer plus loin, pour écouter plus loin… En somme, faire l’effort de vivre de manière à ce qu’au bout de cette quarantaine, notre vie soit transfigurée, mieux « christifiée ».

 Propos recueillis par Kiswendsida Fidèle KONSIAMBO

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