Le 31 décembre 2023, 57 employés dont trois délégués du personnel, de SAER emploi Burkina, mis à la disposition de African mining service (AMS) sont licenciés, en “l’absence de prise en charge adéquate de la part des deux entités”. En conférence de presse ce 26 novembre 2024, au siège de l’association Jeunes patriotes pour la paix (JPP), les ex-travailleurs ont dénoncé un “licenciement arbitraire”, et demandé qu’une priorité soit accordée à leur dossier et que justice soit dite dans les meilleurs délais. Ils avaient à leurs côtés l’association JPP.
“ Nous voulons que justice soit dite par rapport à la situation que nous vivons. Si nous avons raison, que le droit soit dit. Si nous n’avons pas raison aussi, que le droit soit dit. Mais il faut que cela se fasse à une période qui peut nous arranger. Il ne faudrait qu’on attende après deux, trois ou quatre ans après, pour qu’on vienne nous dire que nous avons tort ou raison. Parce qu’en ce moment, il y aurait eu assez de dégâts. Ce n’est pas pour tirer sur quelqu’un ou quoi que ce soit. Que ce SAER emploi ou AMS, nous les remercions parce que quoi qu’on dise, ils nous ont un jour permis de nourrir nos familles. Ce n’est pas parce qu’il y a ce conflit entre nous, qu’on va faire quoi que ce soit, non. Nous voulons juste que le droit soit dit. Nous avons travaillé pour eux, ils doivent être reconnaissants. Ils nous ont payés quand on a travaillé pour eux et nous leur sommes reconnaissants. Nous réclamons seulement que le droit soit dit”. Ces propos sont d’un des ex-employés de SAER emploi-AMS, tenus lors de la conférence de presse animée ce 26 novembre 2024. Face à la presse, les ex-employés affirment avoir été licenciés “abusivement” après la signature d’un protocole d’accord faite sous la contrainte. “ En effet, ce protocole d’accord a été signé par les délégués du personnel et SAER pour consentir à mettre fin aux contrats de travail qui lient les cinquante-sept personnes à SAER emploi et cette signature a été une contrainte pour les délégués licenciés puisqu’ils dit que si on refusait de signer le protocole, ils nous licencieraient qu’en même et les mesures d’accompagnement qu’ils accordaient aux travailleurs licenciés n’allaient plus être un acquis et que les gens iront croupir en justice des années durant”, a expliqué Brahima Traoré, un des délégués du personnel licencié. Selon ses propos, la procédure de leur licenciement n’a pas été respectée.
“ AMS est le sous-traitant de SOMISA et SAER emploi est le sous-traitant de AMS. Donc AMS peut dire que pour lui, le licenciement n’est pas pour motif économique, parce qu’il n’est pas notre employeur direct. Mais SAER emploi qui est notre employeur direct, s’il dit qu’il y a une baisse de production, et qu’on doit diminuer le personnel, c’est que cela joue forcément côté finances, donc économique. Mais en réalité, nous avons compris ce jeu de mots. C’est parce que AMS voulait forcément respecter le calendrier que SOMISA avait pris puisque la lettre est venue le 27 octobre 2023 et le 1er janvier 2024, cela devrait entrer en vigueur. Alors que la loi dit que pour licencier des gens pour motif économique, il faut au moins observer trois mois avant de donner le préavis. En principe, c’est à partir du mois de février 2024 qu’ils devaient donner le préavis. Comme ils n’ont pas voulu respecter cela, ils ont dit que ce n’est pas pour motif économique. Mais je vous dis qu’au soir de la signature du protocole, ils sont revenus dire que c’est pour motif économique. Et moi j’ai dit non qu’ils ne peuvent pas venir dire cela maintenant alors que depuis le début, ils ont refusé ce motif. Quand ils ont fait les correspondances pour adresser à l’inspection, celle-ci a refusé d’accorder ces licenciements par rapport à ce motif. Donc actuellement, c’est un licenciement pour motif économique”. Et en la matière, la procédure, selon les ex-employés, n’a pas été respectée
“ C’est nos têtes qu’ils ne veulent pas”
Selon M. Traoré, après le licenciement, les trois délégués du personnel parmi les 57 licenciés, ont alors intenté une action en justice et le 11 avril 2024, le verdict leur donnait raison. Mieux, a-t-il affirmé, le Tribunal de travail de Ouagadougou demandait à l’entreprise de réintégrer les trois délégués du personnel avec le paiement des arriérés de salaires.
“ Chose que l’entreprise a refusé et est allée faire appel de la décision juste pour faire durer les choses”, a-t-il dit. Par ailleurs, au lendemain de ce verdict, l’entreprise a procédé au recrutement de 10 personnes. “ Nous sommes 57 mais il y avait trois ou quatre d’entre nous, qui ne se sont pas joints au groupe pour aller porter plainte parce qu’apparemment, ces derniers se disaient que l’entreprise allait les rappeler au bout d’un certain temps. Effectivement, quand la décision de nous réintégrer le 11 avril a été rendue par le Tribunal du travail, ils ont rappelé ces trois ou quatre personnes. Et il y avait nos différents profils là-bas. Ils ont refusé de nous réintégrer mais ont recruté une dizaine de personnes. C’est pour dire clairement qu’ils ne nous veulent pas de nous sur le site. C’est nos têtes qu’ils ne veulent pas”, a affirmé M. Traoré.
Les ex-employés, à travers cette conférence de presse, lancent donc un cri de cœur à la justice afin qu’elle ouvre l’œil sur leur dossier d’autant plus que les autres ex-travailleurs qui ne sont pas des délégués du personnel, ont “ leur dossier qui attend toujours sa programmation au niveau du Tribunal de travail “.
“Nous demandons instamment à la Cour d’appel de donner une priorité absolue à ce dossier afin que justice soit rendue dans les meilleurs délais. Il ne s’agit pas de rétablir des droits individuels mais de faire respecter la dignité humaine et la justice sociale. Nous appelons donc les autorités judiciaires à traiter cette affaire avec la diligence qu’elle mérite”, a plaidé le juriste représentant l’association Jeunes patriotes pour la paix (JPP), Raymond Nabi, co-animatrice de la conférence de presse.
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