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ZEPHIRIN DIABRE : se retrouver aujourd’hui dans le gouvernement « n’a rien d’un sacrilège »

  Invité de RFI de ce 18 janvier 2021, Le ministre de la réconciliation nationale et de la cohésion sociale, Zéphirin Diabré, est revenu sur les raisons qui l’ont poussé à entrer dans le nouveau  gouvernement. Selon lui, cela n’est en rien un sacrilège. Lisez plutôt.

RFI : quel était le sens de votre alliance avec la quasi-totalité des candidats de l’opposition si c’était pour rejoindre le pouvoir au lendemain des élections ?

Zéphirin Diabré : Chaque élection consacre la fin d’un cycle politique et le début d’un autre. Et dans ces circonstances, chaque parti détermine un peu son cheminement futur. C’est sur la base de cela que mon parti,  l’UPC, a souverainement décidé un peu la trajectoire nouvelle dans laquelle il veut se porter.

Mais durant toute la campagne électorale, vous avez eu des mots très durs contre le chef de l’État, ne craignez-vous pas que ce virage à 180° ne nuise à la crédibilité des hommes politiques ?

Le chef d’Etat et ses hommes aussi pendant la campagne n’ont  pas eu de mots très gentils vis-à-vis de moi mais ça c’est le jeu des campagnes électorales. Tout ça c’est déjà fini, les Burkinabè ont décidé et c’est leur liberté que je n’étais plus la personne indiquée pour conduire l’opposition politique, j’en prends acte, mon parti et moi sommes libres maintenant de tracer notre trajectoire. Rappelez-vous qu’en 2015, il y a eu ce qu’on appelle un rendez-vous manqué. Les Burkinabè s’attendaient à ce que nous puissions gouverner ensemble parce que nous avons fait ensemble l’insurrection, donc se retrouver aujourd’hui n’a rien d’un sacrilège ; il n’y a pas de trahison de qui que ce soit. Je crois que c’est ça le plus important.

Est-ce que ce sera possible d’organiser un grand forum de réconciliation au premier semestre de cette année comme l’avait promis le chef de l’Etat ?

 Oui, c’est tout à fait possible. De toutes les façons, dans le cheminement qui sera dessiné et arrêté de manière collective et participative et j’insiste sur cela, il est clair qu’à un moment donné et à une étape, il va bien falloir qu’il y ait un évènement qui rassemble l’ensemble des Burkinabè sur la base d’un travail qui est fait en amont sur le genre d’un forum. Mais je ne peux pas vous dire avec exactitude à  quelle date on va le faire.

L’ancien président Blaise Compaoré pourra-t-il participer à ce forum ?

La manière de poser votre question me surprend, lorsque dans la démarche que  nous avons arrêtée l’idée sera bien raffermie, les participants répertoriés et les calendriers arrêtés, pourquoi voulez-vous qu’il y ait un ostracisme vis-à-vis de telle ou telle personne y compris Blaise Compaoré. Il n’y a aucune raison, donc le moment venu, les participants seront connus. Il a été un acteur important de la vie politique de cette nation et il est clair que dans un exercice comme celui-là, sa participation et sa voix seront importantes et utiles.

Mais l’ancien président est poursuivi par la justice dans le cadre du procès Sankara, comment peut-il rentrer dans de telles conditions ?

 C’est à nous de voir un peu le déroulement de la démarche. Vous savez, parmi toutes ces questions, il y a des questions qui relèvent de la justice, celles qui relèvent de la sécurité personnelle, et celles qui relèvent des questions politiques. C’est pour cela justement qu’on aura un processus pour pouvoir les trancher, et c’est ce sur quoi nous travaillons.

La réconciliation ne risque pas de consacrer l’impunité ?

Il y a des victimes, il y a des victimes, il y a des victimes et je le dis trois fois. Elles sont parties prenantes intégrantes de tout ce que nous ferons et bien entendu leurs intérêts doivent être préservés et fortement sauvegardés. Mais qu’on comprenne bien que ce n’est simplement ramené à la question de réconciliation entre politiciens. Si nous laissons apparaitre le sentiment que c’est une histoire de deals entre politiciens pour que les exilés reviennent, nous ne risquons pas d’avoir l’adhésion de la population et cela est dangereux.

Alors la réconciliation ce n’est pas seulement la question  du  retour de Blaise Compaoré. Votre premier geste en tant que ministre a été de recevoir jeudi dernier les responsables du Collectif contre la stigmatisation des communautés, vous avez évoqué le massacre de Yirgou lors duquel des   Peulhs ont été tués?

Oui tout à fait, nous l’avons évoqué, la procédure judiciaire est en cours  et il faudrait qu’elle puisse aboutir rapidement pour que justement, là aussi, on ne donne un prime à l’impunité. Vous savez, disons les choses très clairement, le collectif que j’ai rencontré et d’autres personnes d’une certaine manière sont animés par des femmes et des hommes qui estiment que certaines communautés dans notre pays ne se sentent plus tout à fait intégrés dans le tissu national et sont même parfois accusés de connivence avec les terroristes. C’est une question très grave qui appelle un effort de réconciliation si nous voulons la  réconciliation et la cohésion nationale.

 Est-ce qu’un grand forum seul peut régler toutes ces questions ?

Toutes ces questions seront régies par une batterie de mesures. Le fait même que le président du Faso ait jugé utile de créer ce poste de ministre d’Etat rattaché directement à lui, qu’il ait pris solennellement cet engagement juste au moment de sa réélection montre bien toute l’attention qu’il veut apporter au sujet. Rien que  cela déjà, c’est un message fort qui devrait rassurer les uns et les autres que les questions seront prises à bras-le-corps.

La question des exactions de l’armée sera-t-elle abordée ?

Il va de soi que la question sécuritaire sera abordée et il va de soi clairement que les populations concernées feront savoir leur manière de voir les choses par rapport aux relations qu’ils entretiennent avec tout le monde, y compris avec les forces de défense et de sécurité dans ce théâtre-là.

Entretien réalisé par RFI et retranscrit par actuburkina.net

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